53% des migants africains se déplacent à l’intérieur du continent. Crédit: picture-alliance/AA/Z. Gunes
53% des migants africains se déplacent à l’intérieur du continent. Crédit: picture-alliance/AA/Z. Gunes

Les mouvements de population à l’intérieur et vers l’extérieur de l’Afrique ont des effets positifs sur le développement du continent. C’est ce qui ressort d’un rapport publié récemment par la CNUCED, la conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. Un rapport qui balaie de nombreuses idées reçues.

Le rapport 2018 de la CNUCED sur le développement de l’Afrique est formel : " Les mouvements de population hors des frontières offrent souvent aux individus la possibilité d’une vie meilleure, et présentent des avantages sociaux et économiques pour les pays d’origine comme pour les pays de destination, ainsi que pour les générations futures ", comme l’a souligné le Secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi. Contrairement à certaines idées reçues, l’Afrique est le continent qui accueille le plus grand nombre de réfugiés et de déplacés à l’échelle mondiale. En ce qui concerne les migrants africains, 53% d’entre eux se déplacent à l’intérieur du continent. Or comme le précise l’une des auteurs, Milasoa Cherel-Robson, " le migrant africain est pluriel : ce n’est pas le migrant médian que l’on trouve dans les statistiques, à savoir un homme jeune de 31 ans avec des compétences limitées ".

Mamadou, Ramatoulaye et Afwerki

Afin d’illustrer cette diversité, les auteurs du rapport de la CNUCED ont choisi trois personnages fictifs : Mamadou, Ramatoulaye et Afwerki. Ramatoulaye est universitaire, elle a un diplôme d’histoire, mais elle travaille comme commerçante, alors qu’elle pourrait exercer son métier de professeur dans un autre pays. C’est l’exemple de la migrante à très hautes compétences, qui a choisi de rester en Afrique et qui " pourrait contribuer encore davantage au développement du continent, si les politiques nationales et régionales lui permettaient de circuler encore plus librement ", explique Milasoa Cherel-Robson. Le mari de Ramatoulaye, Mamadou, est soudeur, et il est obligé de voyager à travers le continent à la recherche de meilleures opportunités. Pour l’économiste, cette forme de migration, le déplacement de personnes à faible niveau de qualification, est elle aussi un plus pour les économies des pays de destination. " Ces migrants remplacent une certaine main d’œuvre nationale qui n’est pas suffisante dans les pays à faible population, ou qui a évolué et s’est spécialisée dans d’autres secteurs. "

Enfin Afwerki représente un jeune Ethiopien qui a pu faire des études grâce aux transferts financiers de son oncle, émigré aux Etats-Unis et qui évolue dans le secteur de la haute technologie.

Les transferts de la diaspora

Le rapport de la CNUCED insiste sur les effets positifs de ce genre de transferts financiers, dont le montant total sur les trois dernières années est de 65 milliards de dollars, contre 38,4 milliards de dollars pour la période 2005-2007. D’après Milasoa Cherel-Robson, " ces transferts sont dépensés d’une part dans des biens de consommation, donc dans la vie quotidienne des familles restées au pays, mais d’autre part, elles servent à financer l’éducation et la santé". Et de citer les nombreuses écoles privées financées par ceux qui sont partis, pour pallier les insuffisances du secteur public.

Milasoa Cherel-Robson conomiste au sein de la section Afrique de la CNUCEDLe rapport évoque également les transferts de connaissances, lorsque les migrants reviennent dans leur pays d’origine, ne serait-ce que temporairement.

Enfin, la diaspora investit dans des projets à long terme, des infrastructures notamment, grâce à des incitations de la part des gouvernements : une absence de taxes, ou encore une diminution des impôts. Selon Milasoa Cherel-Robson, " c’est un pied de nez à tous ceux qui affirment sans données, sans analyse solide, que la fuite des cerveaux est un drame pour l’Afrique. Au contraire, ces personnes contribuent de manières diverses au développement du continent".

Les migrations et le commerce

Le rapport met en évidence " la corrélation intime qui existe entre les deux faces d’une même pièce, à savoir : les migrations et le commerce ", comme l’a indiqué un autre auteur du rapport Junior Roy Davis. La demande des produits alimentaires des migrants intra-africains a ainsi fait augmenter les importations de denrées alimentaires en provenance des pays d’origine. Et les populations de la diaspora peuvent faire la promotion du commerce de leur pays d’origine, et permettre aux produits d’accéder à des marchés plus larges.

 Accompagner la libéralisation du continent

Le 21 mars 2018, 44 pays africains ont signé la création de la Zone continentale africaine de libre-échange, et 30 d’entre eux en ont signé le Protocole sur la libre circulation des personnes. Ce qui vient s’ajouter au lancement du marché unique du transport aérien africain en janvier 2018. Pour Milasoa Cherel-Robson, ces engagements doivent être déclinés en politiques nationales et régionales. Il faut également " que les partenaires de développement de l’Afrique, sous pression des franges populistes dans leur pays, comprennent la nécessité d’accompagner le continent dans cette libéralisation ". Enfin, les auteurs du rapport souhaitent que lors de la signature du pacte mondial sur les migrations, qui doit avoir lieu à Marrakech en décembre prochain, la voie de l’Afrique soit entendue.

 

 


 

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