Une jeune syrienne pose devant une tente dans le camp de réfugiés de Zahrani, au sud du Liban, le 13 juin 2018. Crédit : REUTERS.
Une jeune syrienne pose devant une tente dans le camp de réfugiés de Zahrani, au sud du Liban, le 13 juin 2018. Crédit : REUTERS.

Le ministère de l’Intérieur portugais a annoncé mercredi 20 juin qu’il enverrait dès juillet des équipes en Égypte et en Turquie pour sélectionner des candidats à l’asile dans le cadre du programme européen de réinstallation des réfugiés.

Le Portugal veut accueillir 1 010 réfugiés d’ici à l’année prochaine. Pour ce faire, dès la mi-juillet, une équipe du Service des étrangers et des frontières (SEF) se rendra pour la première fois en Égypte pour interviewer les premiers candidats, a annoncé le gouvernement portugais le 20 juin dans un communiqué, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.

L’initiative du Portugal, qui dit "participer activement et de manière constructive à l’effort européen d’accueil des réfugiés", s’inscrit dans le cadre d’un programme volontaire de réinstallation des réfugiés en Europe proposé en septembre 2017 par la Commission européenne et visant à accueillir dans l’Union, d’ici deux ans, au moins 50 000 réfugiés venant des pays d’Afrique, du Moyen-Orient et de la Turquie.

"Le Portugal participera à ce programme de réinstallation volontaire pour accueillir 1 010 personnes en 2018 et 2019", indique le communiqué. Des "missions de sélection" seront organisées en Égypte et en Turquie, sous la houlette du SEF avec l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Elles sont, selon le gouvernement portugais, actuellement "en cours de préparation avec le Haut-Commissariat aux migrations du Portugal et la société civile". Les premiers voyages devraient avoir lieu à partir de la première quinzaine de juillet.

Toujours selon la note du ministère de l’Intérieur portugais, un précédent programme européen de "relocalisation", courant de 2015 à 2017, avait permis au Portugal de recevoir 1 552 réfugiés. 

Un programme différent de celui de "relocalisation"

Mais ce nouveau projet de "réinstallation" est différent du programme de "relocalisation" qui a pris fin à la rentrée 2017 : il consiste à aller chercher les réfugiés directement dans des pays en dehors de l’Europe avant qu’ils n’entreprennent la traversée mortelle de la mer Méditerranée. Lors de son lancement, la Commission avait insisté sur la réinstallation de personnes depuis "la Libye, l’Égypte, le Niger, le Soudan, le Tchad et l’Ethiopie", tout en encourageant les pays à poursuivre les réinstallations depuis la Turquie et le Moyen-Orient.

"L'accent doit davantage porter sur la réinstallation des personnes vulnérables en provenance de l'Afrique du Nord et de la Corne de l'Afrique", pouvait-on lire dans le communiqué européen. Par ailleurs, contrairement aux quotas de "relocalisations" qui avaient été décidés par un vote majoritaire des pays de l’Union européenne, les "réinstallations" relèvent du choix discrétionnaire de chaque État membre.

En clair, Bruxelles ne peut contraindre les pays européens à accueillir des réfugiés, mais simplement les encourager à offrir des places d’accueil.

Quelles conditions ?

Contacté par InfoMigrants, la communication du ministère de l'Intérieur portugais n'a pour l'heure pas précisé les conditions qui seront retenues pour la sélection des réfugiés. Mais elles devraient très certainement suivre les sept critères détaillés par le HCR, à savoir : les survivants de violences ou de tortures, les femmes, enfants et adolescents en situation de vulnérabilité, l’absence de perspective d’intégration locale, le besoin de protection légale ou physique, les besoins médicaux, la réunification familiale.  

Lisbonne ne clarifie pas non plus le choix d’envoyer ses missions précisément en Égypte et en Turquie, si ce n’est que ces deux pays étaient mentionnés dans les recommandations européennes en lien avec la réinstallation.

L’Égypte se félicite de la coopération avec l’Union européenne

De son côté, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères égyptien, Ahmed Abou Zeid, s’est félicité des relations entre son pays et l’Union européenne, qui ont débouché en décembre 2017, lors d’une réunion tenue au Caire entre les deux parties, sur un programme de coopération. Il a également signalé que la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas menaient déjà des entretiens pour sélectionner des réfugiés sur le sol égyptien.

L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a néanmoins mis en garde lundi 25 juin contre le fossé grandissant entre le nombre de réfugiés nécessitant une réinstallation et les places mises à disposition par les gouvernements du monde entier. Dans son dernier rapport annuel sur les projections de besoin de réinstallation mondiale, le HCR souligne que le nombre de réfugiés ayant besoin d'une solution auprès de pays tiers devrait être de 1,4 million en 2019, alors que le nombre de places de réinstallation en 2017 s’élevait seulement à 75 000. À ce rythme, il faudrait 18 ans pour que les réfugiés les plus vulnérables du monde soient tous réinstallés.

 

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