Le navire Lifeline attend depuis le 21 juin de savoir quel port pourra l'accueillir. Il devrait finalement arriver à Malte le 27 juin, dans la soirée. Crédit : Hermine Poschmann/Misson-Lifeline/Handout via REUTERS
Le navire Lifeline attend depuis le 21 juin de savoir quel port pourra l'accueillir. Il devrait finalement arriver à Malte le 27 juin, dans la soirée. Crédit : Hermine Poschmann/Misson-Lifeline/Handout via REUTERS

Emmanuel Macron a accusé l’ONG allemande Mission lifeline de s’être placée "en contravention de toutes les règles" en refusant de remettre aux garde-côtes libyens les migrants que l’équipage du navire avait secourus. Le capitaine du Lifeline, Claus Peter Reisch, a expliqué à InfoMigrants les conditions du sauvetage.

Après six jours en mer à attendre de se voir affecter un port sûr où débarquer les 234 migrants qui se trouvent à son bord, le Lifeline doit arriver mercredi 27 juin, dans la soirée, à Malte. Si Paris a accepté – avec l’Espagne, Malte, l’Italie et le Portugal – de recevoir des migrants de ce navire, Emmanuel Macron a rejoint mardi certaines critiques exprimées par le gouvernement italien sur le rôle des ONG en Méditerranée.

L’ONG Mission Lifeline serait "intervenue en contravention de toutes les règles", en refusant d'accepter de remettre aux garde-côtes libyens les migrants secourus, a estimé le président français, ajoutant que, à la fin, "on [les ONG] fait le jeu des passeurs [...]. C'est d'un cynisme terrible."

Contacté par InfoMigrants, le capitaine du Lifeline, Claus Peter Reisch s’est expliqué. Selon lui, le soir du sauvetage, le Lifeline s’est approché dans les eaux internationales de deux embarcations qu’il voyait sur son radar sans pouvoir définir exactement de quel type de bateau il s’agissait. "Arrivés sur place nous avons constaté que deux bateaux gonflables étaient en très mauvais état et que les personnes à bord risquaient de se noyer", raconte-t-il.

"Notre devoir était avant toute chose de sauver ces personnes"

Le capitaine admet avoir sauvé les migrants en difficulté avant de contacter le MRCC (Centre de coordination des secours maritime) de Rome. "Dans une situation comme celle-ci notre devoir était avant toute chose de sauver ces personnes, puis de prévenir le MRCC", souligne Claus Peter Reisch.

Selon lui, les garde-côtes libyens ont mis près de deux heures à arriver sur la zone dans laquelle se trouvaient les deux petites embarcations secourues. "Les migrants nous ont dit qu’il y avait un troisième bateau en mer. J’ai proposé mon aide aux Libyens pour que nous le cherchions ensemble mais ils m’ont répondu qu’ils n’en avaient pas besoin. En fait, ils n’ont même pas essayé de le trouver".

Claus Peter Reisch affirme avoir invité des garde-côtes libyens à monter à bord du Lifeline afin de parler plus facilement. "Les garde-côtes nous ont alors dit qu’il fallait qu’ils repartent avec les migrants que nous avions à bord. J’ai refusé", affirme le capitaine. "En entendant notre conversation, un homme originaire du Bangladesh s’est mis à genoux, a agrippé ma jambe et m’a supplié en pleurant de ne pas le renvoyer en Libye. Il m’a dit que si nous le renvoyions en Libye, il sauterait par-dessus bord, qu’il préférait mourir."

"La situation est très différente lorsque l’on est en mer"

Claus-Peter Reisch se défend d’avoir agi avant d’avoir reçu l’accord du MRCC en soulignant que le Lifeline était le premier navire à être arrivé sur la zone et en invoquant le devoir de sauver des vies : "La situation est très différente lorsque l’on est en mer et que l’on voit devant soi des personnes qui vont se noyer, par rapport à quand on prend des décisions depuis un bureau. Je l’ai déjà dit, j’invite messieurs Macron et Salvini [le ministre italien de l’Intérieur NDLR] à venir constater la situation depuis notre bateau".

Attendu à Malte vers 18 heures mercredi, le Lifeline sera placé sous séquestre a indiqué le Premier ministre maltais Joseph Muscat. Claus-Peter Reisch sera également interrogé et devra expliquer les raisons pour lesquelles il a refusé de remettre les rescapés aux garde-côtes libyens.

Les migrants qui se trouvent à bord du navire humanitaire seront, eux, pris en charge pour un examen médical obligatoire afin que les procédures d’identification et de demande d’asile, ainsi que la répartition dans les pays européens, débutent le plus rapidement possible.

 

Et aussi