JEFF PACHOUD / AFP | Le nombre de mineurs placés en rétention a augmenté de 70% en 2017.
JEFF PACHOUD / AFP | Le nombre de mineurs placés en rétention a augmenté de 70% en 2017.

Près de 47 000 personnes ont été placées en rétention en France en 2017, soit plus que l'année précédente, selon un rapport annuel publié ce mardi par six organisations. Elles dénoncent aussi la rétention des mineurs qui a augmenté de 70 % pour atteindre le niveau record de 304 enfants enfermés en métropole.

"La rétention des enfants accompagnants dans certains CRA (centres de rétention administrative, ndlr) atteint encore cette année un chiffre record, alors que cet enfermement pourrait être facilement évité", soulignent dans leur rapport annuel publié ce mardi les associations autorisées à intervenir en CRA.

En 2017, 304 mineurs ont été enfermés, avec 147 familles, en métropole. L'année précédente, ils étaient 179, avec 88 familles. Mathias Venet, de l'Ordre de Malte, déplore une pratique banalisée et de plus en plus fréquente pour des raisons de "confort". La plupart, explique-t-il, sont envoyés en centres de rétention la veille de leur reconduite dans leur pays d'origine ou, le plus souvent, dans un autre État membre de l'Union européenne : "Cela permet à l'administration d'avoir tout le monde sous la main au moment du départ."

À Mayotte, en proie à une forte immigration en provenance des Comores, le nombre d'enfants et adolescents enfermés a baissé de 70 %, mais il demeure considérable : ils ont été 2 493 à avoir été placés en rétention l'année dernière. "Les enfants sont la plupart du temps interpellés sur des barques, les kwasa-kwasa. La tradition fait que les parents ne voyagent pas avec les enfants. Ils sont accompagnés la plupart du temps par une connaissance du village, un grand frère ou une grande sœur. Cela provoque un nombre très important d'enfants en rétention et reconduits aux Comores", observe Méline Moroni de Solidarité Mayotte.

Or, les CRA sont "des lieux inadaptés et très traumatisants pour les enfants", estiment les associations, qui rappellent "les nombreuses décisions condamnant cette pratique". La rétention des mineurs a créé des tensions jusque dans les rangs de la majorité LREM lors de l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi controversé asile-immigration, qui vise notamment à doubler à 90 jours la durée maximale théorique de la rétention et doit être adopté cet été. Dans un avis publié le mois dernier, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) recommandait que l'enfermement des mineurs en CRA soit interdit.

Au total, plus de 46 800 personnes ont été placées en rétention en 2017, contre 45 900 l'année précédente. Cela fait de la France "l'État membre de l'Union européenne qui enferme le plus".

On constate une politique menée par le gouvernement et conduite dans ses orientations par le chef de l'État qui consiste à enfermer de plus en plus de personnes étrangères dans les centres de rétention, à le faire de plus en plus abusivement.


Texte initialement publié sur : RFI

 

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