Des personnes patientent devant la PASS de l'Hôtel-Dieu, à Paris, le 27 juillet 2018. Crédit : InfoMigrants
Des personnes patientent devant la PASS de l'Hôtel-Dieu, à Paris, le 27 juillet 2018. Crédit : InfoMigrants

À Paris et partout en France, il existe des centres de santé, appelés PASS (permanences d'accès aux soins de santé) situés dans les hôpitaux publics, et destinés aux personnes sans aucune couverture de santé. Les bénéficiaires de ces centres sont des Français ou des étrangers. Les migrants en situation irrégulière y ont donc accès.

La file d’attente est déjà longue devant l’entrée de la PASS (Permanence d’accès aux soins de santé) de l’hôpital Hôtel-Dieu, AP-HP, au cœur de la très chic île de la Cité, en plein centre de Paris. Il est 7h30 et déjà une vingtaine de personnes patientent devant la porte du centre - encore fermé. Il fait déjà très chaud. Ce matin-là, de nombreux Ivoiriens sont présents. Quand les portes s’ouvrent vers 8h30, Mory prend machinalement un ticket et va s'asseoir dans la salle d’attente – où l’air est encore plus irrespirable. Cet Ivoirien d’une vingtaine d’années, vient dans la PASS de l’Hôtel-Dieu pour la deuxième fois. "J’ai un problème aux yeux, ils me grattent beaucoup", explique-t-il. "Je vis en France depuis 4 ans, je viens ici pour me faire soigner, parce qu’un ami m’a conseillé de le faire".

Les PASS sont des centres de soins (rattachées aux hôpitaux publics) pour les personnes sans aucune couverture de santé, ou en situation précaire. Dans la salle d’attente, se trouvent donc des migrants en situation irrégulière, des demandeurs d'asile, des SDF, des travailleurs pauvres… "Ici, nous délivrons des soins comme partout ailleurs. Mais notre cadre est différent. Nous sommes confrontés à des personnes davantage préoccupés par le fait de trouver à manger et par l’endroit où ils vont dormir le soir, plutôt que par leur santé", résume le médecin Hélène de Champs-Léger, coordinatrice de la PASS. "L’approche médecin-patient est donc différente, plus complexe".

Comme chaque matin avant de commencer les consultations, le docteur de Champs-Léger fait un point avec ses équipes sur les patients reçus la veille. Autour d’elle, dans son bureau – qui fait office de salle de réunion et de consultation – se pressent des internes, des externes et un autre médecin "senior", expérimenté. "Est-ce que je demande un ‘titre de séjour pour soins’ pour mon patient ?", demande un interne. "Il faut qu’on parle aussi de la patiente enceinte de plus de trois mois. Elle dort chez une amie, mais elle va être bientôt de retour à la rue, je pense", dit encore un autre.

Le docteur Hlne de Champs-Lger coordinatrice de la PASS de lHtel-Dieu Crdit  InfoMigrantsCe matin-là, pendant une petite heure, l’équipe médicale passe en revue les cas de nombreux migrants. "Mais nous recevons également des personnes qui ont une couverture santé, comme l’AME ou la CMU. Ces personnes, pour diverses raisons, ont du mal à accéder au système de santé plus classique, comme aller voir un médecin généraliste près de leur domicile", précise le médecin Hélène de Champs-Léger.

90% des consultations se font sans rendez-vous

La PASS de l’Hôtel-Dieu, AP-HP, accueille chaque jour une cinquantaine de patients. 90% des consultations se font sans rendez-vous. "Beaucoup de nos patients ont du mal à se repérer dans le temps. Donner une date est quelque chose de très abstrait. D’ailleurs, de manière générale, un rendez-vous sur deux n’est pas honoré ici", précise-t-elle. Dans les PASS, les médecins ne traitent pas d'"urgences" mais des pathologies moins lourdes "comme quand on se rend chez un médecin généraliste". On y soigne des problèmes dermatologiques (gales, démangeaisons, piqûres...), des problèmes infectieux (angines, grippes, tuberculoses...), des problèmes osseux aussi. "Beaucoup de patients se présentent avec d'anciennes fractures contractées lors de leur exil", précise le médecin de Champs-Léger. Grâce à la PASS, ils ont accès à un plateau technique (radiologie, scanner...) et à la pharmacie de l'hôpital. 

La plupart des patients sont orientés vers les PASS d’Île de France par les associations - lors de maraudes notamment. "Environ 30% viennent grâce au bouche-à-oreille", ajoute le docteur de Champs-Léger. Daouda, assis non loin de Mory dans la salle d'attente, a connu la PASS par Médecins sans Frontières (MSF). Le jeune garçon ivoirien, qui dit être mineur, est venu aujourd'hui pour des douleurs intestinales. "Quand tu viens ici, tu dois te dire que tu es là pour la journée. Il faut patienter des heures ! C’est lent !", râle-t-il.

Chaque consultation prend du temps, en effet. "En moyenne, ici, je vois 5 patients le matin. Ailleurs, je vois 5 patients en une heure", précise le docteur de Champs-Léger. Contrairement à un tête-à- tête classique avec un médecin, les consultations de la PASS mêlent diagnostic médical et entretien social. Les médecins cherchent à savoir quel est le parcours migratoire du patient, son hébergement, son alimentation…"Pour poser un diagnostic juste, nous devons connaître un maximum de choses", ajoute le médecin. "Nous lui demandons s'il se rappelle d'éventuelles vaccinations, par exemple, de prises de sang..."

Souvent, la barrière de la langue rallonge la durée des consultations. Certains patients ne parlent parfois pas un mot de français. "On fait avec les moyens que l’on a, on peut essayer de communiquer en utilisant Google traduction sur mon ordinateur, on demande si quelqu’un dans la salle d’attente peut servir d’interprète, avec l’accord du patient. On peut aussi faire appel à un interprète payant contacté par téléphone quand nous n’avons pas d’autres solutions", explique le médecin De Champs-Léger. En moyenne, dans 60% des cas, les consultations se font sans souci.

Daouda un migrant ivoirien patiente avec son dossier mdical dans la salle dattente de la PASS de lHtel-Dieu Crdit  InfoMigrantsLa PASS, passerelle vers un dispositif de droit commun

La PASS permet également aux patients de se réinsérer dans un parcours de soins "classique". "Quand un patient vient ici, sans aucun papier, aucun document, nous ne le relâchons pas dans la nature après un rendez-vous, nous le redirigeons vers une assistante sociale. La PASS est aussi une passerelle vers un dispositif de droit commun", rappelle de son côté Barbara Bertini, coordinatrice des PASS en Ile de France. 

Beaucoup ne réclament pas les droits auxquels ils peuvent prétendre parce qu'ils ne les connaissent pas. "Les demandeurs d’asile peuvent bénéficier de la PUMA, par exemple, les personnes en situation irrégulière de l’AME... L’idée est de laisser la place dans les PASS à des personnes très marginalisées", continue Barbara Bertini.

Claire* fait partie des patients que la PASS aide dans des démarches administratives. Cette Ivoirienne de 32 ans est arrivée en mars 2018. Depuis plus de 4 mois, elle dort dans la rue avec son compagnon. Ses rendez-vous à la PASS - pour des problèmes de maux de ventre - l'aident aussi à mieux comprendre ses droits. "L'assistante sociale de l'hôpital m'a parlé du processus pour demander un hébergement. Mais je dois reprendre rendez-vous avec elle pour en parler, ça prend du temps", explique-t-elle, très timidement. Claire veut également demander l'asile. Là encore, la PASS sera d'un soutien précieux. 

*Le prénom a été modifié

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Informations pratiques

Vous pouvez accéder à une PASS sans rendez-vous, du lundi au vendredi, à partir de 9h.

Les consultations se déroulent selon l'ordre d'inscription. Elles sont ouvertes à tous. 

Il existe de nombreuses PASS à Paris, en banlieue parisienne et en France. En voici quelques-unes

-PASS de l'Hôtel-Dieu AP-HP

1, place du Parvis Notre-Dame – Paris 4e

-PASS des Hôpitaux Lariboisière et Fernand-Widal AP-HP
Consultation Arc-en-ciel
2, rue Ambroise-Paré – Paris 10e

-PASS de l'hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP
83, boulevard Pitié-Salpêtrière - Paris 13e

-PASS de l'hôpital Corentin-Celton AP-HP
4, parvis Corentin-Celton - Issy-les-Moulineaux (92)

-PASS de l'hôpital Saint-Antoine AP-HP
184, rue du Faubourg Saint-Antoine – Paris 12e (Consultations PASS pour patients à partir de 16 ans)

Pour les enfants, les mineurs

-PASS de l'hôpital Ambroise-Paré AP-HP
9, avenue Charles-de-Gaulle – Boulogne-Billancourt 92

-PASS de l’hôpital Jean-Verdier AP-HP
Avenue du 14 Juillet – Bondy 93

 

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