Plus de 28 000 demandes de regroupement familial ont déjà été déposées en Allemagne.
Crédit: picture-alliance/dpa/B. Thissen
Plus de 28 000 demandes de regroupement familial ont déjà été déposées en Allemagne. Crédit: picture-alliance/dpa/B. Thissen

Un nombre important de membres de femmes, épouses, sœurs, filles de réfugiés ayant obtenu la protection subsidiaire est attendu en Allemagne alors que les regroupements familiaux sont sur le point de recommencer. Mais les lois régissant le regroupement familial tiennent-elles compte des besoins propres à chaque sexe ? Une étude réalisée en Allemagne se penche de plus près sur la question.

Suite à l'afflux de réfugiés et de migrants en Europe au cours des dernières années, l'Allemagne a temporairement suspendu le regroupement familial pour les personnes placées sous protection subsidiaire afin de gérer les besoins de ceux qui se trouvaient déjà dans le pays. Cette suspension du regroupement familial expire au 1er août 2018, ce qui permet aux demandeurs d'asile dont la demande a été acceptée de commencer à faire venir en Allemagne les membres les plus proches de leur famille.

Le gouvernement allemand a imposé certaines limites au regroupement familial – en particulier, en introduisant un quota maximum de 1 000 regroupements par mois. Toutefois, plus de 28 000 demandes ont déjà été déposées. En vertu de la législation actuelle, près de deux ans et demi vont être nécessaires pour les traiter.

Les familles pourraient encore devoir attendre des années avant d'être réunies, car des dizaines de milliers de demandes de regroupement familial ont été déposées.

Un certain nombre d'organisations de défense des droits de l'homme et de fondations politiques ont critiqué ces limites ainsi que d'autres erreurs dans les modifications apportées à la législation allemande en matière d'asile, soulignant que les femmes en particulier en seraient affectées négativement.

Des besoins spécifiques

Un rapport de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES), une fondation pour l'éducation politique affiliée au parti social-démocrate, critique également la série de lacunes juridiques concernant la situation des femmes qui seront affectées par les réunifications familiales à venir. Il souligne notamment que 65 % des réfugiés et des migrants venus en Allemagne ces dernières années étaient des hommes. Des dispositions spéciales auraient donc dû être prises pour répondre aux besoins et aux exigences des épouses, des filles et des mères qui devraient venir dans les mois à venir.

Les auteurs du document relèvent qu'avant tout, les établissements pour réfugiés devraient répondre aux besoins particuliers des femmes et des filles. Ils insistent sur le fait qu'il n'existe pas de lois contraignantes exigeant la création d'un espace privé suffisant pour les femmes dans les centres d'accueil et les résidences pour demandeurs d'asile. Au vu des reportages sur les violences contre les femmes et les viols dans ces établissements ces dernières années, ils expriment leur préoccupation quant au bien-être des nouvelles arrivantes qui devraient commencer à arriver bientôt en Allemagne, étant donné que de nombreux membres masculins de leur famille déjà en Allemagne résident encore dans de telles installations communautaires.

"Certains établissements pour réfugiés disposent de suffisamment d'installations pour les femmes, tandis que d'autres, en particulier ceux des petites communautés, sont moins bien équipés. Là-bas, les femmes doivent dormir par terre à côté des hommes célibataires. Il y a un besoin énorme de parler de ces différences et de garantir la sécurité des femmes ", a commenté Birgit Naujoks, du Conseil des réfugiés (Flüchtlingsrat) de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Le document de la FES attire également l’attention sur le fait que la violence domestique est une autre menace qui semble avoir été ignorée lorsque la loi régissant le regroupement familial a été adoptée. Ces femmes vont retrouver leur mari après plusieurs années de séparation, et les auteurs de l'article prévoient que les problèmes domestiques pourraient dans certains cas facilement dégénérer en violence.

Violence domestique

Le document indique également que l'on s'attend souvent à ce que les femmes originaires de pays musulmans soient chargées de gérer les affaires quotidiennes de la famille. Les auteurs déplorent le fait que les épouses et les mères qui arriveront dans les mois à venir dans le cadre des réunifications familiales seront probablement mal préparées pour remplir ce rôle. Comme la plupart des réfugiés viennent de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan, cette question devient de plus en plus préoccupante.

La grande majorité des réfugiés arrive avec peu ou pas de connaissances en langues étrangères. Or ces mères vont devoir inscrire leurs enfants à l'école, trouver des loisirs pour les occuper et également aider leurs enfants à apprendre l'allemand alors qu'elles-mêmes ne parlent pas la langue.

Santé mentale

Les auteurs du texte s'inquiètent aussi de la santé mentale de ces femmes qui seront exposées tout à coup à tant de pression, surtout après avoir déjà vécu le traumatisme de la guerre et des conflits dans leur pays d'origine.

Le traumatisme des persécutions que de nombreuses femmes dans les régions en conflit ont déjà dû subir est un autre problème mis en évidence par le rapport. Avec près de 3% de toutes les demandes d'asile acceptées en Allemagne qui reposent uniquement sur les persécutions et les violences sexistes et 7,8 % qui font des violences sexistes l'un des principaux facteurs déterminants, plus d'une femme sur dix qui est arrivée en Allemagne jusqu'à présent a déjà subi de telles violences.

Les femmes originaires de pays où le taux d'immigration vers l'Europe est élevé ont tendance à subir des abus sociaux et culturels ainsi que des cas de violence.

Un pourcentage similaire parmi les femmes qui devraient venir en Allemagne dans les mois et les années dans le cadre d'un regroupement familial est donc susceptible d'avoir subi un tel sort dans le passé - ce qui suscite d'autres préoccupations en ce qui concerne les problèmes de santé mentale.

Le traumatisme de la migration

Le document souligne également que de nombreuses femmes migrantes qui sont venues en Europe par la mer souffrent encore d'expériences traumatisantes qui risquent de les marquer à vie. Les auteurs demandent à ce que ces femmes soient protégées.

Selon l'UNICEF, les femmes originaires de pays d'Afrique subsaharienne seraient particulièrement exposées à des taux élevés de violence, en particulier les agressions sexuelles. L'organe de l'ONU affirme que les trois quarts de tous les enfants et environ la moitié des femmes qui migrent à travers l'Afrique dans l'espoir d'atteindre l'Europe subissent des violences sexuelles.

Le texte souligne que le viol, les mariages forcés, les avortements forcés, les mutilations génitales féminines et d'autres formes de violence extrême et d’abus continuent à pousser de nombreuses femmes dans le monde entier à émigrer – des femmes qui doivent faire face aux mêmes formes de violence dans le cadre de leur migration.

Le rapport indique que de nombreuses femmes africaines se lancent dans la migration dans le but d'échapper à la violence - pour en être souvent témoins à nouveau au cours de ces voyages.





 

Et aussi