Mesut Özil a claqué avec fracas la porte de la sélection nationale allemande, dénonçant le racisme dont il a été victime. REUTERS/Edgar Su
Mesut Özil a claqué avec fracas la porte de la sélection nationale allemande, dénonçant le racisme dont il a été victime. REUTERS/Edgar Su

Après le départ de la sélection d’Allemagne du joueur de foot de Mesut Özil, en raison du racisme dont il se dit victime depuis l'élimination de la sélection allemande dès le premier tour du Mondial-2018 de football, des milliers d’Allemands issus de l’immigration se sont emparés des réseaux sociaux pour témoigner à leur tour des discriminations qu’ils subissent au quotidien.

Mesut Özil, star du club d’Arsenal, a claqué la porte de l’équipe nationale allemande après le Mondial, s’estimant victime de racisme après l’élimination humiliante de la Mannschaft dès le premier tour du Mondial-2018 de football.

"C’est avec une cœur lourd et après beaucoup de réflexion que, à cause des événements récents, je ne jouerai plus pour l’Allemagne de matches internationaux aussi longtemps que je ressens du racisme et du manque de respect à mon égard", avait écrit dimanche 22 juillet le joueur d’origine turque sur son compte Twitter.

Le sportif de 29 ans avait également été vivement critiqué pour une photo prise avec le président turc Tayyip Erdogan avant le Mondial russe, un geste qui n’avait cependant "aucune intention politique" selon lui.

"Comme beaucoup de gens, mes racines ancestrales recouvrent plus qu’un seul pays. J’ai certes grandi en Allemagne, mais mon histoire familiale a ses racines solidement basées en Turquie. J’ai deux cœurs, un allemand et un turc", avait-il encore détaillé dans son communiqué.

#MeTwo pour les "deux cœurs" 

Si la Fédération allemande de football (DFB) a rejeté les accusations de racisme, rappelant que pendant des années elle avait aidé à l'intégration de joueurs d'origine étrangère, ces propos ont néanmoins inspiré plusieurs Allemands, immigrés de première ou deuxième génération. Avec le hashtag #MeTwo, en référence au mouvement #Metoo mais surtout aux "deux cœurs", "un allemand et un turc", que l'ex-joueur de la sélection nationale a revendiqué, ils ont été des milliers à partager sur Twitter leurs expériences du racisme au quotidien.

Lancé mercredi 25 juillet par Ali Can, un jeune militant antiracisme de 25 ans arrivé en Allemagne en 1995, #MeTwo s’est hissé en tête des tendances Twitter en Allemagne en seulement 48 heures avec des témoignages portant pour beaucoup sur les discriminations subies à l'école, au travail, ou lors de la recherche d'un logement. 

Die neue Großaktion #MeTwo ist gestartet! Zeigen wir jetzt mit einem Post, dass wir gegen Rassismus sind! „Ich bin nicht nur deutsch, weil mich an die Regeln halte oder Erfolg habe, ich bin es immer und auch das andere“ Deswegen #MeTwo! Macht mit! https://t.co/kWxKgmmECP

" La nouvelle grande action #MeTwo est lancée ! Montrons au travers d'un message que nous sommes contre le racisme !"

"Quand tu recherches des appartements et que personne ne te répond, mais que ta copine allemande obtient des réponses immédiates sur les mêmes offres. Après le mariage et le changement de nom, elle n’a plus eu de réponses non plus."

"Je suis né en Allemagne et j’ai dû passer un oral à l’université d’Essen. Mon professeur d’allemand me demande au début : ‘Comment allez-vous ? Vous aimez vraiment l’Allemagne ? Quand allez-vous rentrer chez vous, dans votre pays ?’ Ma réponse a été : ‘Je suis né ici il y a 25 ans et c’est ici chez moi’."

"Régulièrement, dans un contexte professionnel comme dans d'autres: ‘Tu es d'où?' - 'Allemagne (ou Berlin)' - Pause. Expression du visage qui indique 'Non mais tu vois ce que je veux dire avec cette question, pourquoi tu ne réponds pas?' - Pas de réponse - 'Non mais t'es d'où VRAIMENT?'"

L'affaire Özil est d'autant plus sensible que l'Allemagne connaît un essor sans précédent de l'extrême droite et que le pays est en proie à un vif débat sur la question migratoire après l'arrivée de quelque 1,6 million de migrants depuis le milieu de l'année 2014, comme l'indique l'agence Reuters. Comme pour éteindre la polémique, un porte-parole de la chancelière Angela Merkel avait précisé au lendemain de l'annonce de départ du joueur de foot que la majeure partie des quelque trois millions de Turcs qui vivent en Allemagne sont bien intégrés. 

Toujours selon Reuters, une enquête menée en juin par le Centre des sciences sociales WZB de Berlin montrait pourtant que les personnes d'origine turque, comme tous les autres groupes de migrants, souffraient de discrimination à l'embauche. 

Susciter "un débat constructif" 

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas avait dans un premier temps refusé de prendre au sérieux les justifications du joueur de football. "Je ne pense pas que le cas d’un multimillionnaire qui vit et travaille en Angleterre nous renseigne sur la situation de l’intégration en Allemagne", avait-il déclaré, selon des propos rapportés par le journal Le Monde

Mais devant le nombre de messages publiés sur les réseaux sociaux avec le hashtag #MeTwo, il a finalement réajusté son discours: "À ceux qui pensent que le racisme n’est plus un problème en Allemagne, je recommande la lecture de l’ensemble des tweets publiés sous le hashtag #MeTwo. Il est impressionnant et douloureux de constater combien de gens ont ici décidé d’élever la voix. Mêlons-y la nôtre : contre le racisme, tout le temps et partout", a-t-il souligné sur Twitter le 27 juillet.

Au magazine allemand Der Spiegel, Ali Can, instigateur de #MeTwo, a de son côté présenté le hashtag comme un moyen d'initier un "débat constructif" dans la société allemande sur les questions de racisme et d'intégration.

 

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