Nora Azzaoui (g.) et Vera Günther (d.) veulent changer la perception des réfugiés et des migrants | Crédit : Mimycri
Nora Azzaoui (g.) et Vera Günther (d.) veulent changer la perception des réfugiés et des migrants | Crédit : Mimycri

Deux entrepreneuses berlinoises ont crée Mimycri, une entreprise ayant pour but de recycler les restes des canots en plastique qui s'échouent sur les plages grecques, en les transformant... en sacs. Une initiative écologique et créatrice d'emplois.

Ces dernières années, des dizaines de milliers de réfugiés ont entrepris des voyages extrêmement dangereux dans l'espoir d'atteindre l'Europe. Si beaucoup ont réussi à atteindre les côtes de la Grèce et l'Italie, de nombreux autres ont perdu la vie en essayant de naviguer dans les eaux périlleuses de la Méditerranée à bord de bateaux inadaptés.

Ces images de canots pneumatiques surpeuplés en mer font régulièrement la Une des journaux. Dans l'imaginaire collectif, ils s'assimilent à des cercueils flottants. L'année dernière, plus de 3 000 migrants sont morts en tentant la traversée.

Des sacs en canots pneumatiques

Deux militantes basées à Berlin, Nora Azzaoui, 31 ans, et Vera Günther, 31 ans, ont fondé "Mimycri", une association à but non lucratif qui fabrique des sacs à main et des sacs à dos en caoutchouc à partir des reste de bateaux utilisés par les migrants pour venir en Europe. "Nous voulons transformer les déchets plastiques qui se trouvent sur les plages de Grèce en quelque chose de nouveau", explique Vera Günther. "Sur les plages de [l'île grecque de] Chios, les restes des canots pneumatiques sont là, par terre". 

Nora Azzaoui se souvient, elle, que lorsqu'elle a vu tous les restes des bateaux en caoutchouc sur l'île de Chios, elle a commencé à réfléchir à la manière dont elle pourrait utiliser ce matériel."Et la chose la plus naturelle qui me soit venue à l'esprit était d'utiliser ce matériau pour en faire des sacs pérennes. Ce matériau porte en soi une histoire pleine d'espoir et de tragédie à la fois, mais nous sommes persuadées que si on laisse les déchets tels quels, cela n’aidera personne".

Les sacs Mimycri ne sont pas seulement à la mode, ils sont aussi très écologiques | crédit : MimycriTransformer les déchets en trésor

Fabriquer des sacs à partir de matériaux qui finiraient à la poubelle est une initiative - évidemment - écologique, mais aussi économique. Mimycri a créé des emplois. L'entreprise embauche des migrants dans son atelier pour fabriquer les produits. "Nous voulons créer de nouvelles opportunités pour les personnes qui viennent d'arriver et qui ont beaucoup de talent ", souligne Vera Günther. 

L'un des salariés se prénomme Abid, il est Pakistanais, et chargé de coudre les sacs à l'aide d’une machine industrielle. Le jeune homme de 35 ans connaît très bien le matériel qui passe entre ses mains chaque jour : non seulement il a été contraint de monter lui-même sur un canot pneumatique dans le cadre de son voyage vers l'Europe en 2015, mais il a également été chargé de diriger le bateau en direction des îles grecques avec près de 50 personnes à l'intérieur. Le bateau a failli chavirer.

"Parfois, j'y repense quand je tiens ce matériel dans ma main. Mais c'est du passé. Ce travail me permet désormais de vivre ", a expliqué Abid lors d'un entretien avec l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR.

Abid coud des sacs à partir de déchets de bateaux - un peu comme celui sur lequel il était quand il est venu en Europe | crédit : MimycriPeut-être qu’un jour le caoutchouc qu'il coud proviendra du bateau sur lequel il se trouvait, reliant son ancienne vie à la nouvelle. Abid aime son travail : "Je fais beaucoup de choses, de belles choses et les gens s'en servent ".

Outre Abid, on trouve chez Mimycri un chef de produit iranien, un tailleur syrien, un designer turc et d'autres ressortissants de divers pays de l'UE.

Pour que l'entreprise se pérennise, l'équipe de Mimycri sait qu'il lui reste un défi : convaincre la population que l'idée de base n'est pas morbide. "Ce qui est important, c'est de pouvoir changer l'opinion des gens", avait déclaré Nora Azzaoui à la Deutsche Welle dans une précédente interview.

Les bateaux de migrants sont souvent surpeuplés et peu sûrs, ce qui entraîne des milliers de décès chaque année.

 

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