Les demandeurs d'asile retenus dans les zones de transit aéroportuaire peuvent se faire conseiller. Crédit : Reuters
Les demandeurs d'asile retenus dans les zones de transit aéroportuaire peuvent se faire conseiller. Crédit : Reuters

Les demandeurs d'asile envoyés dans les centres de rétention des aéroports internationaux allemands sont dans une situation extrêmement stressante : ils savent que leur demande d'asile a de grandes chances d’être rejetée. L'assistante sociale Jessica Gürtler, qui travaille dans un centre de rétention à l'aéroport de Munich, raconte son quotidien auprès de cette population en détresse.

Quand des demandeurs d'asile provenant de pays d'origine dits "sûrs" entrent en Allemagne en avion, ils sont emmenés dans des centres de rétention situés dans les zones de transit de l'aéroport où ils passeront par une procédure d'asile accélérée - c'est-à-dire qui ne dure que quelques jours. C'est ce qu'on appelle la "procédure d’asile aux aéroports". Les demandeurs d'asile qui ne peuvent pas fournir une pièce d'identité à leur arrivée passent également par cette procédure.

Jessica Gürtler est assitante sociale. Elle apporte conseil et soutien aux demandeurs d'asile à l'aéroport de Munich depuis 2017.

Combien y a-t-il de procédures en cours à l'aéroport de Munich ?

J. Gürtler : Depuis le début de l'année, il y a beaucoup de procédures en cours dans la zone de transit. Nous avons déjà vu des gens qui venaient de Cuba, du Togo, d’Égypte, de Chine, du Sri Lanka, de Guinée, du Congo ainsi que de Turquie. 

Dans un délai de deux jours, toutes ces personnes sont auditionnées par les employés de l'Office fédéral allemand pour les migrations et les réfugiés (BAMF). Ils peuvent également obtenir des conseils juridiques. Après cet entretien, certains demandeurs d'asile seront autorisés à entrer en Allemagne et transférés dans un centre d'accueil à Munich. D'autres sont emmenés dans un centre de rétention à Erding avant leur expulsion, tandis que certains restent quelques semaines dans la zone de transit de l'aéroport de Munich avant d'être renvoyés.

Quel est le but des conseils dans le cadre de la procédure ?

J. Gürtler : Nous expliquons clairement à ces personnes que nous ne sommes ni de la police, ni de l'Office des migrations, et qu'ils n'ont pas à nous expliquer quoi que ce soit. Quand nous venons ici, nous sommes simplement là pour les aider. Parfois, nous avons simplement une conversation avec les migrants, nous partageons une cigarette. On peut aussi intervenir en cas de crise après le rejet de leur demande d'asile ou les aider à appeler un proche dans leur pays d'origine.

La plupart de ces personnes n'ont qu'une valise avec le strict nécessaire. Nous leur fournissons des vêtements, des produits d'hygiène ou des médicaments, quand les diabétiques ont besoin d'insuline par exemple. Aider les migrants, en particulier les femmes qui ont voyagé seules, est une tâche importante. Ce n'est pas parce que ces migrants sont arrivés en Allemagne par avion qu'ils ont moins subi moins de traumatismes que les autres.         

Comment se déroule l'audience d'asile dans le cadre de la procédure aux aéroports?

J. Gürtler : Nous expliquons aux gens leurs droits et leurs devoirs lors de leur audition et leur disons de quoi il s'agit. S'ils veulent contester un refus, nous sommes les intermédiaires entre le demandeur d'asile et l'avocat, et nous leur trouvons également des interprètes. Si les raisons pour lesquelles le demandeur d'asile fuit son pays ne sont pas considérées comme suffisantes, nous lui faisons part des options qui s'offrent à lui dans son pays d'origine. Si le demandeur d'asile est emmené au centre d'expulsion d'Erding, son cas est alors expliqué aux fonctionnaires qui s'y trouvent.

La communication entre la police fédérale, les avocats et le centre est assez bonne, le seul défi est la brièveté des délais de la procédure aéroportuaire. Lorsque quelqu'un arrive un vendredi et que l'audience est fixée au lundi matin, nous n'avons pas le temps de lui donner des conseils. C'est un désavantage pour les demandeurs d'asile : parce qu’ils ont honte, peur ou qu’ils ne sont pas sûrs d’eux, de nombreux demandeurs d'asile ne parviennent pas à expliquer correctement les raisons pour lesquelles ils ont dû fuir leur pays d'origine, et ils sont alors rapidement expulsés.

Cette interview a été publiée à l'origine en allemand par l'agence de presse epd.

 

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