Un réfugié en Bosnie montre les blessures sur son bras. Crédit: DW/A.Kamber
Un réfugié en Bosnie montre les blessures sur son bras. Crédit: DW/A.Kamber

Selon plusieurs associations et ONG à la frontière serbo-croate, les forces de l'ordre croates auraient recours à des actes de violence pour repousser les migrants vers la Bosnie, pays voisin. Les autorités croates nient ces accusations.

Un homme d'âge moyen sort d'une file de réfugiés qui patientent pour obtenir de la nourriture dans le camp de fortune au nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, dans la ville de Velika Kledusha. L'homme, de nationalité algérienne, enlève son tee-shirt, il porte des marques de coups et du sang séché sur son dos. L'image est familière, semblable à de nombreuses autres diffusées sur les réseaux sociaux il y a quelques jours. Il accuse les policiers croates de l'avoir frappé lors de sa tentative de traversée de la frontière.

Les réfugiés de Velika Kladusa essaient régulièrement d'atteindre la Croatie voisine, membre de l'Union européenne (UE). La frontière n'est pas loin, à peine 5 km. Sur les dix réfugiés qui se sont entretenus avec des journalistes, neuf ont signalé des abus de la part de la police croate : des coups, des insultes, des vols d'argent et des destructions de téléphones portables. Leurs efforts pour demander l'asile ont également été contrecarrés, expliquent-ils. Ils ont été contraints de retourner en Bosnie à pied à travers des forêts touffues.

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"Montrez à l'Europe ce qui se passe ici", supplient des réfugiés, en dévoilant leurs blessures.

Cet homme et dautres rfugis accusent la police croate de les avoir maltraitsCampagne de "violence systématique"

Les photos de cet Algérien tabassé ont d'abord été partagées sur les réseaux sociaux par No Name Kitchen. L'association aide les réfugiés à Sid en Serbie et dans le nord-ouest de la Bosnie. En plus de l'aide alimentaire et vestimentaire, elle fait partie d'un réseau plus vaste de signalement des violences policières le long de la Route des Balkans, que de nombreux réfugiés empruntent pour atteindre l'UE. Depuis le début de l'année 2017, plus de 200 cas de violences perpétrées dans cette zone ont été enregistrés sur le site Border violence.

"Il y a un ou deux nouveaux cas chaque jour. Nous n'avons pas la capacité de tous les documenter", a déclaré Marc Pratllus de No Name Kitchen à la Deutsche Welle. "Il est évident qu’au quotidien, la violence est systématique. Il suffit de visiter un camp de réfugiés et de leur poser la question. Hier, nous étions dans une gare routière où dormaient 25 personnes renvoyées de Croatie. Quatorze avaient été battues, et quelques-uns avaient des côtes cassées."

"En les renvoyant, la police croate rend impossible la demande d'asile"

Les migrants chassés ont tous signalé l'extrême brutalité de la police croate. Sur le site de Border violence, une Irakienne de 47 ans parle de blessures au visage, aux bras et aux jambes subies lors des passages à tabac de la police. Son fils de 14 ans a également été battu. Ils ont aussi pris son argent, un téléphone et un ordinateur portable.

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Les ONG de la région s'inquiètent aussi pour les plus jeunes. "Nous avons documenté le retour forcé de 17 femmes de Slovénie et de Croatie au cours des deux dernières semaines. Plus de la moitié des cas [de violences] concernaient des mineures", a rapporté l'organisation Are You Syrious.

"En les renvoyant, la police croate rend impossible toute demande d'asile, ce qui constitue une violation de la constitution croate et du droit international", explique Emina Buzinkic de l'association Dobrodosli ("Bienvenue"), un groupe d'aide aux réfugiés qui regroupe plus de 60 organisations de la société civile croate.

“Pas de moyens de coercition” selon le gouvernement croate

Dobrodosli a déposé deux plaintes auprès du ministère de l'Intérieur croate l'année dernière, chacune avec de nombreuses preuves d’expulsion systématique et violente de réfugiés. "Nous attendons toujours une réponse", souligne Emina Buzinkic.

La Croatie, de son côté, nie. "Aucun moyen de coercition n'a été utilisé dans les affaires de lésions corporelles ou de saisie de biens par la police à l'encontre de migrants", a déclaré le gouvernement à la Deutsche Welle dans un courriel. En Croatie, les droits fondamentaux et la dignité des migrants sont respectés, peut-on y lire.

"La République de Croatie a un accord de retour actif et fructueux avec la Bosnie-Herzégovine qui réglemente le retour de ceux qui sont entrés illégalement", précise encore le texte.

De nombreux migrants se plaignent davoir subi des violences de la part de la policeSelon les statistiques du gouvernement croate, l'an dernier, 4 808 personnes ont été arrêtées après avoir franchi illégalement la frontière. Au cours des sept premiers mois de 2018, ce nombre s'élevait à 3 172. Les statistiques officielles de Bosnie montrent qu'au cours de la même période, seules 300 personnes ont été renvoyées sur la base de l'accord bilatéral.

"En réalité, l'accord bilatéral de retour ne fonctionne pas du tout", a déclaré le ministre de la sécurité de Bosnie-Herzégovine, Dragan Mektic.

Selon Peter Van der Auweraert, le coordinateur pour les Balkans de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), il est impossible de corroborer les rapports de réfugiés sur les retours forcés. "Je connais aussi des cas de violence parmi les migrants, a-t-il déclaré. "Et sans une enquête appropriée, il est parfois difficile de savoir d'où viennent les blessures."

 

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