Image d'archives de migrants à la frontière hongroise. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants à la frontière hongroise. Crédit : Reuters

Dans un rapport publié mardi 18 septembre, le Conseil de l’Europe dénonce les mauvais traitements des migrants qui sont renvoyés manu militari de la Hongrie vers la Serbie. Le gouvernement hongrois estime, lui, que ce document est "davantage de nature politique que professionnel".

Un rapport du Conseil de l’Europe, publié mardi 18 septembre, fait une nouvelle fois état de mauvais traitements subis par les migrants en Hongrie. Des membres du Comité européen de prévention de la torture (CPT), organe spécialisé du Parlement européen, se sont rendus en octobre 2017 en Hongrie dans deux zones de transit où étaient réunis des demandeurs d’asile. Ils sont également allés interroger des étrangers refoulés par la Hongrie et renvoyés en Serbie.

Dans les zones de transit, le comité estime que le pays, dirigé par le conservateur Viktor Orban, fait des efforts pour offrir "des conditions matérielles convenables", même si les conditions y sont "trop carcérales", notamment pour les familles avec enfants.

>> À lire : Hongrie : Orban, le "grand remplacement" et le fantasme migratoire

Il existe deux zones de transit en Hongrie, à Röszke et à Tompa, situés à la frontière serbo-hongroise. Ce sont en fait des centres fermés où sont parqués les demandeurs d’asile, en attendant le traitement de leur dossier d’asile. "Ces zones ressemblent à des prisons : il y a des barreaux aux fenêtres, des clôtures pour empêcher les personnes de s’enfuir et des gardiens qui surveillent les lieux", précise à InfoMigrants Gábor Gyulai, directeur du Programme Asile au sein de l’ONG Comité Helsinki Hongrois.  

 >> À relire : "La Hongrie refuse de nourrir des demandeurs d’asile déboutés"

"Morsures de chiens"

Les auteurs du rapport sont en revanche plus critiques sur les refoulements vers la Serbie, estimant que les migrants sont souvent "violentés" à la frontière. "De nombreux ressortissants étrangers (…) ont affirmé avoir été physiquement maltraités par des policiers hongrois durant leur interpellation et leur expulsion via la clôture frontalière", peut-on lire dans le document.

"Toutes les histoires racontent la même chose : des violences commises par des hommes en uniforme bleu foncé au niveau de la clôture avec la Serbie. On parle notamment de morsures de chiens et de coups de matraques", explique encore Gábor Gyulai. En 2017 déjà, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) avait recueillis une centaine de témoignages allant dans ce sens. Les migrants déclaraient être victimes de jets d’eau glaciale, de confiscation de chaussures et de vêtements et forcés de s’allonger dans la neige pour être piétinés par les garde-frontières.

En plus des violences physiques, les associations rappellent que ces refoulements sont organisés de manière arbitraire, hors de tout cadre administratif : aucune décision de justice ne valide ces renvois, les migrants n’ont pas la possibilité de demander l’asile ni de profiter de l’assistance d’un avocat. De plus, lors de ces renvois forcés, rien n’est documenté : aucune empreintes, ni photos des migrants refoulés ne sont prises.

La Hongrie n’est pas un pays sûr pour les demandeurs d’asile

Chaque migrant qui est interpellé sur le territoire hongrois est ainsi automatiquement envoyé vers la Serbie, sans possibilité de demander l’asile. Même chose pour les migrants qui se présentent spontanément au commissariat pour se déclarer demandeur d’asile. "C’est contraire à la Convention de Genève que la Hongrie a ratifié", qui stipule que toute personne qui fui son pays a le droit de demander l’asile, déplore Gábor Gyulai de l’ONG Comité Helsinki Hongrois.

"Après la destruction totale du système d’accueil et celui de l’aide à l’intégration, la détention automatique et arbitraire de tous les demandeurs d’asile, et la criminalisation du fait de les aider, nous en sommes arrivés à un tel point que même le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) considère que la Hongrie n’est plus un pays sûr pour les demandeurs d’asile", ajoute Gábor Gyulai.

Les autorités hongroises ont de leur côté nié les conclusions du rapport du Conseil de l’Europe. Il "contient un grand nombre de conclusions qui sont contraires aux faits. Ce document est davantage de nature politique que professionnelle (…)", a répondu avec virulence le gouvernement.

La publication de ce rapport intervient alors que le Parlement européen a dénoncé mercredi 12 septembre la menace "systémique" qui pèse en Hongrie sur les valeurs de l’Union européenne et a enclenché une procédure qui peut en théorie mener à des sanctions sans précédent à l’encontre d'un État membre    

 

Et aussi