Qosay, jeune étudiant syrien, vit en Allemagne depuis 2013. Aujourd'hui il est même engagé en politique. Crédit : Emmanuelle Chaze
Qosay, jeune étudiant syrien, vit en Allemagne depuis 2013. Aujourd'hui il est même engagé en politique. Crédit : Emmanuelle Chaze

A 26 ans, Qosay est étudiant en architecture. Originaire d’As-Sweyda en Syrie, il vit à Berlin depuis 2013. Cinq ans après son arrivée en Allemagne, il raconte sa vie en exil pour InfoMigrants.

C’est dans le quartier cosmopolite de Neukölln, dans le sud-est de Berlin, que Qosay a donné rendez-vous à une journaliste d’InfoMigrants. Comme beaucoup de Berlinois, il arrive à vélo devant ce café branché, où plusieurs étudiants et freelancers sont penchés sur leurs ordinateurs. Le jeune Syrien ne dénote pas dans ce cadre, et c’est autour d’un café qu’il commence à parler de ses deux vies, celle d’avant la guerre, et sa nouvelle vie commencée en Allemagne.

Il y a quelques mois, Qosay a décidé de s’engager en politique. Sa maîtrise de l’allemand a facilité les démarches, et après un stage au Parlement chez les Verts, il est devenu membre d’une section de quartier offrant une plateforme aux jeunes issus de la migration. Toutes les semaines, ils se réunissent dans un local pour discuter d’initiatives diverses. Ce choix n’est pas anodin pour Qosay : "La plupart des gens qui viennent d’un pays en guerre sont politisés, de façon positive ou négative, puisque ça fait partie de leur vie. Je ne suis pas un expert sur la Syrie mais on n’arrête pas de me poser des questions sur le conflit, donc j’ai l’impression de parler politique tout le temps ! Comme je n’ai pas eu la possibilité de m’impliquer réellement là-bas, j’ai commencé à le faire ici à Berlin".

Sur sa vie d’avant, Qosay s'attarde peu : "J’ai dû interrompre mes études d’architecture lorsque la guerre a éclaté. En Syrie, j’ai pris part à des manifestations pacifiques qui ont conduit à mon arrestation. Je défilais simplement dans la rue, mais j’ai passé un mois en prison". Suite à cette épreuve, Qosay décide de postuler pour des bourses universitaires dans plusieurs pays. C’est l’Allemagne qui lui en offrira une, de plusieurs années. "Je n’avais pas vraiment prévu cette aventure, mais je mesurais ma chance de pouvoir recommencer une vie ici, parce que j’étais en danger en Syrie", se souvient le jeune homme.

"Quand les réfugiés syriens sont arrivés, je devais faire quelque chose"

Pour arriver à s’intégrer, Qosay apprend l’allemand avec assiduité, dès son arrivée. Pendant un an, il assiste à des cours quotidiens. Parallèlement, il lui faut quelques mois avant de trouver une colocation durable. Autant de changements qu’il a fallu aborder et surmonter : "N’importe qui, arrivant à Berlin, ressent un choc culturel. Je l’ai eu mais j’étais ouvert à tout ce qui était nouveau. Ce qui m’a surpris, c’est que les gens soient libres, libres de leurs mouvements, d’agir comme bon leur semble sans être surveillés, et j’étais impatient de découvrir ce style de vie".

À l’université, Qosay devient un étudiant presque comme les autres. "La chose la plus difficile au début était la barrière de la langue, j’ai dû travailler dur pour obtenir mon diplôme, mais j’ai trouvé de l’aide auprès de nombreuses personnes", confie-t-il.

A l'arrivée de la vague de réfugiés syriens en Allemagne, Qosay se dévoue à leur service pendant de longs mois. Crédit : Emmanuelle Chaze.Un an plus tard, alors que plus d’un million de réfugiés rejoignent l’Allemagne, Qosay devient bénévole. Il contribue à la mise en place de centres d’accueil, aide des dizaines de familles qui le contactent et lui demandent des conseils. Jamais il n’aurait pensé revivre les scènes par trop familières qui lui ont fait quitter la Syrie. "J’étais choqué, j’avais vu tout cela auparavant, en Syrie et au Liban, mais pas ici. Les mêmes visages, les mêmes histoires, ça m’a rendu vraiment triste et en colère, et évidemment je devais faire quelque chose, ne serait-ce que parce que je parle l’arabe", explique-t-il. 

Ses journées se partagent alors entre les cours à l’université et ses activités bénévoles auprès des Syriens qu’il rencontre : il tente de leur trouver des logements, les aide dans la prise de rendez-vous administratifs. Un jour, il se rend même au poste de police pour dénoncer les agissements de mafias peu scrupuleuses se faisant de l’argent sur le dos des réfugiés.

Aujourd’hui, même s’il continue son travail auprès des réfugiés, Qosay se concentre sur son master en architecture. Y a-t-il encore une place pour la Syrie dans sa vie ? "J’ai envie de rentrer, mais je ne sais pas quand cela sera possible. Ce ne sera ni au même endroit, ni dans le même état d'esprit car je veux contribuer au changement de mon pays et faire une différence. Pour le moment, j’essaie de profiter de chaque opportunité ici, afin de gagner en expérience. Pour le reste, je ne sais pas comment ma vie sera dans dix ans".

 

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