Sept passeurs d'origine albanaise et britannique ont été condamnés à de la prison ferme pour trafic d'êtres humains. Crédit : National crime agency
Sept passeurs d'origine albanaise et britannique ont été condamnés à de la prison ferme pour trafic d'êtres humains. Crédit : National crime agency

Un tribunal de Londres, au Royaume-Uni, a condamné vendredi 21 septembre sept personnes à six à neuf ans de prison pour trafic d’êtres humains. Ces hommes d’origine britannique et albanaise faisaient traverser la Manche à des migrants à bord d’embarcations de fortune, pour 7 000 euros par personne.

Les migrants coincés à Calais sont prêts à prendre tous les risques pour rejoindre le Royaume-Uni. Les passeurs l’ont bien compris et n’hésitent pas à utiliser des embarcations précaires pour les faire traverser la Manche, à des prix extrêmement élevés.

C’est le cas de sept personnes d’origine britannique et albanaise qui ont été condamnées vendredi 21 septembre par le tribunal de Old Bailey (à Londres), en Angleterre, à six à neuf ans de prison, 48 ans au total, pour trafic d’êtres humains.

L’enquête a montré que Leonard Powell, un père de famille anglais du Kent (région du sud-est de l’Angleterre), s’est improvisé passeur avec l’aide de deux de ses fils, Georges et Alfie, et deux Albanais, Saba Dulaj et Artur Nutaj.

Entre avril et août 2016, ils ont effectué plusieurs traversées désastreuses, entre la France et l’Angleterre, à bord de petits bateaux pneumatiques qu’ils avaient eux-mêmes achetés. La traversée était facturée environ 7 000 euros pour chaque migrant. Le profit estimé par le juge s’élève à 110 000 euros.

"Les Albanais recrutaient [à Calais, ndlr] des migrants de la même nationalité, ils étaient en quelque sorte agents de voyages", explique Mark McCormack, l’un des enquêteurs de la National crime agency (NCA), cité par le quotidien Le Parisien. "Les Britanniques, des gens du voyage, agissaient plutôt comme la compagnie de ferries qui les faisait traverser", raconte-t-il encore.

Série d’erreurs et amateurisme

Tout commence le 11 mai 2016 quand les enquêteurs britanniques découvrent sur la plage de Dymchurch - dans le sud de l’Angleterre à quelques dizaines de kilomètres de Calais - un bateau pneumatique vide et contenant des gilets de sauvetage. Le système de navigation révèle que l’embarcation vient de traverser la Manche. L’enquête montrera que le navire avait été acheté quelques jours plus tôt par Leonard Powell.

Les policiers français, alertés par leurs collègues anglais, surveillent les passeurs le long des côtes calaisiennes. Ces derniers multiplient les erreurs et font preuve d’une grande méconnaissance de la navigation.

Le 26 mai 2016, les policiers français repèrent un navire qui s’approche de la plage d’Escalles, à quelques kilomètres de Calais, alors que 17 personnes attendent sur la rive de pouvoir embarquer. Le capitaine du bateau, Albert Letchford, est alerté et parvient à faire demi-tour. Il avait acheté l’embarcation quelques jours plus tôt avec Georges Powell.

Deux jours plus tard, le 28 mai, le même Georges Powell tente de faire traverser 18 personnes à bord d’un autre bateau dont il est propriétaire, le White scanner. Mais le mauvais temps et l’amateurisme de l’équipage compliquent la navigation et l’embarcation finit par être secourue par les garde-côtes britanniques. "Ils ont manqué d’essence en mer", signale l’enquêteur Mark McCormack. "Les migrants nous ont appelés pour dire qu’ils coulaient. Les deux passeurs chargés de la traversée portaient des gilets, mais pas les passagers". L’embarcation, prévue pour supporter six personnes, comptait en fait près de 20 migrants.

Le 26 juillet, un autre navire appartenant aux passeurs circule à contresens de la route maritime. Le bateau tombe à court d’essence et est remorqué. "Personne n’avait les qualifications pour naviguer et le bateau tournait en rond dans l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde", précise encore Mark McCormack.

La bande a été arrêtée début août par les enquêteurs britanniques alors qu’elle s’apprêtait à acheter un jet-ski pour faire traverser des migrants. "J’en ai vu des vertes et des pas mûres", déclare un policier français. "Des radeaux construits en bidons d’essence pour atteindre l’Angleterre…etc. Mais ça, jamais".

 

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