Le réfugié afghan Nasir Safi (gauche), son coach sportif Mohamed Barhoumi (droite) et plusieurs résidents du centre d'hébergement de la Rochefoucauld à Paris. Crédits photo : Anne-Diandra Louarn/InfoMigrants
Le réfugié afghan Nasir Safi (gauche), son coach sportif Mohamed Barhoumi (droite) et plusieurs résidents du centre d'hébergement de la Rochefoucauld à Paris. Crédits photo : Anne-Diandra Louarn/InfoMigrants

Un coach sportif professionnel se déplace deux fois par semaine dans le centre d’hébergement de la Rochefoucauld à Paris pour animer des séances de sport, véritable outil thérapeutique pour les jeunes réfugiés du centre.

“Cette semaine l’échauffement, c’est les escaliers”, lance Nasir Safi, plaisantant au sujet de l'ascenseur - en panne. Comme une dizaine d’autres résidents du centre d’hébergement de la Rochefoucauld dans le 14e arrondissement de Paris, cet Afghan de 25 ans vient chaque semaine s’entraîner au 8e et dernier étage du grand bâtiment où logent, comme lui, 75 réfugiés statutaires.

Les installations sportives sont spartiates, à peine quelques cônes et autres plots d’athlétisme disséminés sur un sol en moquette. Mais la bonne humeur règne à chaque fois. Rires, tapes sur l’épaule et encouragements… Nul besoin de parler un français parfait pour suivre les instructions du coach qui s’applique à répéter les consignes autant de fois que nécessaire et à exécuter lui-même les exercices aux côtés des jeunes quelque peu essoufflés, mais tout à fait concentrés.

Les jeunes sportifs stirent  la fin de leur sance de sport avec le coach et prparateur physique Mohamed Barhoumi Crdits photo  Anne-Diandra LouarnInfoMigrants"Le sport me donne l’énergie pour continuer"

Renforcement musculaire, gainage, endurance, coordination : Mohamed Barhoumi, préparateur physique depuis plus de 20 ans, orchestre chaque séance avec soin. “Je leur propose des exercices qui sont adaptés à leur condition physique, mais qui leur permettent aussi de mieux maîtriser leurs émotions, que ce soit dans la réussite ou dans l’échec”, explique-t-il à InfoMigrants. Et sur ce dernier point, les débuts n’ont pas été faciles : “Ils sont fougueux, souvent dispersés et pas toujours très disciplinés. Au début ils n'écoutaient rien, il n’y avait pas de respect entre eux. J’ai dû les réunir pour leur parler sérieusement, pour leur montrer qui dirige ici et pour leur expliquer que le sport c’est aussi le vivre-ensemble, le partage et l’entraide”, se souvient le coach de 49 ans qui a entraîné des professionnels de la boxe pendant plusieurs années.

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Après une longue semaine de travail dans la restauration, Nasir Safi n’aurait manqué sa séance de sport pour rien au monde “car c’est bon pour la santé, ça m’entretient”, affirme-t-il dans un très bon français. Le jeune Afghan confie également que ces séances d'entraînement agissent comme un véritable booster, surtout dans les moments de découragement face à l’avalanche de démarches administratives inhérentes à sa nouvelle vie de réfugié en France. “Quand on s’entraîne, on oublie tout le reste pendant une heure. Le sport me donne de l'énergie pour continuer même quand on se sent seul. Et on a la chance d’avoir un professionnel juste pour nous, il est gentil et exigent”, raconte le jeune réfugié en lançant un regard complice à son coach. 

"Arrêter de penser à la guerre et à la loi du plus fort"

Trois mois plus tard, les résultats sont là. “On sent que les résidents sont plus reposés, plus apaisés aussi”, note Sam Al-Khaled, travailleur social de l’association Aurore qui gère le centre de la Rochefoucauld. “Le sport, c’est une culture, des valeurs. On peut dire que ça aide vraiment à créer une bonne ambiance. Et ce bon esprit a des répercussions sur les cas individuels”. C’est aussi ce qu’a constaté Mohamed Barhoumi : “Je les trouve plus solidaires, plus soudés, plus sociables. On sent qu’ils veulent vraiment s’intégrer dans la société française. C’est une vraie victoire pour moi de voir leur évolution.”

Les jeunes sportifs stirent  la fin de leur sance de sport avec le coach et prparateur physique Mohamed Barhoumi Crdits photo  Anne-Diandra LouarnInfoMigrantsCertains reviennent pourtant de loin. "Vous voyez celui-là ?", reprend Sam Al-Khaled pointant du doigt un des jeunes sportifs du groupe. "Quand il est arrivé, il était ultra agressif. Il a vécu longtemps dans la rue à Stalingrad, il s’est beaucoup battu, il a des traces de coups de couteaux sur tout le corps. Mais les séances de sport l’ont aidé à canaliser ses émotions. Aujourd’hui il est adorable et très motivé", se réjouit-il.

Pour le coach Mohamed Barhoumi, le sport est un outil cathartique qui aide certains réfugiés à panser leurs plaies et à franchir discrètement d’immenses obstacles psychologiques. “Beaucoup de mes élèves sont traumatisés, ils ont fui la guerre, les bombes et n’ont personne à qui en parler. Je leur apprends à maîtriser leur corps et leur esprit, à tout évacuer par le sport pour que petit à petit, ils arrêtent de penser ‘guerre, domination et loi du plus fort’”, poursuit Mohamed Barhoumi. “Cela prend du temps et requiert de la patience, je répète beaucoup les mêmes discours, comme un papa ferait avec ses enfants”, s’amuse-t-il. Et ses conseils infusent dans tous les pans de la vie des résidents. Selon Nasir Safi, désormais les jeunes sportifs du centre dorment mieux, mangent mieux et travaillent, ensemble, vers un but commun : celui de “réussir en France”.

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