Des mineurs migrants pendant la distribution des repas servis par les bénévoles des Midis du Mie au jardin de la rue Pali-Kao. Crédits : Bahar Makooi / InfoMigrants
Des mineurs migrants pendant la distribution des repas servis par les bénévoles des Midis du Mie au jardin de la rue Pali-Kao. Crédits : Bahar Makooi / InfoMigrants

Depuis deux ans, des bénévoles des Midis du Mie vont à la rencontre des mineurs isolés qui se sont vus refuser l’accès au dispositif de protection de l’enfance en raison des doutes émis sur leur minorité. Repas, aide administrative, recherche d'hébergement... Ils tentent, chaque jour, de répondre au mieux aux besoins d'un public particulièrement vulnérable.

Il est 10h30 et comme tous les jours, plusieurs bénévoles du collectif des Midis du Mie se sont donné rendez-vous à deux pas du Demie 75, le dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers, géré par la Croix-Rouge et situé au 5 rue du Moulin Joly, dans le 11ème arrondissement de Paris. C'est là que leur situation est évaluée - notamment leur âge - avant que leur dossier ne soit transmis, ou non, à l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE). Souvent, de jeunes mineurs sont refoulés car jugés majeurs. 

Ce matin, Agathe, la fondatrice du collectif, mène la maraude. L'idée étant de repérer les adolescents désorientés qui auraient besoin d'une aide de première nécessité. Une demi-heure auparavant, le téléphone d'Agathe a sonné. À l'autre bout du fil, Yama, un Afghan de 17 ans qui dort à la porte de la Chapelle avec son frère Sharif, âgé de 15 ans. Les garçons ont été signalés par un bénévole qui les a repérés par hasard dans la rue et leur a donné le numéro d'Agathe. Elle leur a donné rendez-vous ici.

Tous deux ont été reçus par le Demie le 20 septembre pour un second entretien d'évaluation de leur minorité - qui n'a pas été concluant. "Ils nous ont posé beaucoup de questions sur notre parcours depuis l'Afghanistan jusqu'à la France", se souvient Yama. "C'était un jeudi. Ils nous ont dit de partir", résume le jeune homme qui semble ne pas avoir retenu grand chose d'autre de cet échange. Il tend un papier à Agathe et lui explique que le tribunal pour enfants a réclamé l'original. Il s'agit de la photocopie de sa carte d'identité afghane. Après le refus de prise en charge par le Demie et l'aide sociale à l'enfance (ASE), Yama et Sharif voudraient faire – comme la loi les y autorise - un recours en justice. "Il te faut une adresse à Paris pour recevoir l'original", lui explique la bénévole. Elle lui donne l'adresse du centre d'accueil de jour de MSF de Pantin, qui a l'habitude d'accompagner des migrants afghans. 

Prs de 150 jeunes migrants sont venus trouver un repas chaud au jardin vendredi 28 septembre 2018 Crdits  InfoMigrants
"Ces jeunes sont perdus. Bien souvent je me rends compte qu'ils ne comprennent rien aux lettres que les administrations leur remettent, aux papiers qu'ils ont entre les mains. Il ne faut pas oublier que ce sont des adolescents. J'interviens pour les aider à comprendre. Je leur expose les différentes solutions qui s'offrent à eux, je les réoriente vers des dispositifs adaptés quand cela existe", explique Agathe qui connaît les procédures administratives par cœur à force de chercher des solutions pour ces jeunes. Au passage, elle ne manque pas de photographier la photocopie des cartes d'identité de Yama et de son frère. " On ne sait jamais", dit-elle, "s'ils se font voler leurs affaires ou s'ils perdent leurs papiers. Je veux qu'ils sachent qu'ils pourront toujours les retrouver quelque part".

Des déjeuners chauds les jeudis et vendredis

À quelques mètres de là, Abdul, un jeune ivoirien de 16 ans n'ose pas rejoindre la queue qui s'est formée devant la porte du Demie. Il semble avoir froid. Il tire sur les manches de son pull, poings serrés et bras croisés au plus près du corps. Agathe l'aborde. "J'ai faim", lui dit-il. "Tu vas venir manger avec nous", lui répond-elle. "J'ai dormi dehors à Denfert-Rochereau", ajoute le jeune qui retient un sanglot. "Viens manger avec nous, tu seras plus en forme pour être reçu après", lui répète Agathe. Le collectif prépare des déjeuners chauds pour les jeunes migrants tous les jeudis et vendredis au jardin de la rue Pali-Kao, situé à 700 mètres du Demie. "On est là pour vous aider, tu n'es pas seul. Ça va aller. Ne t'inquiète pas", dit-elle encore pour rassurer Abdul visiblement angoissé. 

Un peu plus loin dans le quartier, place de la Fontaine au Roi, sont postés une autre quinzaine de jeunes hommes. Eux aussi ont été refoulés par le Demie, ils ont le droit à une nuit d'hôtel puis ils devront se débrouiller. Ils patientent avant d'être hébergés à partir de 16 heures dans un hôtel des alentours. "Vous n'allez pas attendre 16h comme ça. Venez manger avec nous, c'est bien que vous connaissiez le jardin", lance Agathe. Ce deuxième groupe se greffe alors au premier et les deux bénévoles emmènent les jeunes jusqu'au jardin de la rue Pali-Kao.

Les bénévoles des Midis du Mie et des associations amies s'organisent pour préparer des repas chauds tous les jeudis et vendredis. Crédits : InfoMigrantsAgathe a lancé le collectif "Les Midis du Mie" il y a deux ans. Avant cela, elle venait seule, pour essayer d'apporter son aide comme elle pouvait : "Je passais mon temps à faire des allers-retours avec la boulangerie du coin qui offrait généreusement ses invendus". La jeune femme qui partage son temps entre son bénévolat auprès des migrants et un poste d’enseignante a fini par lancer un appel sur Facebook, où elle a rapidement été rejoint par des amis et des habitants du quartier. Aujourd'hui les Midis du Mie comptent plus de 300 membres, mais la solidarité tient vraiment sur l'engagement d'une trentaine de personnes très actives.

L'occasion de faire le point et de se confier

Paul est l'un d'entre eux. Ce retraité du quartier est présent au jardin tous les jeudis et les vendredis midi depuis un an et demi. Il apporte à chaque fois 8 à 10 kilos de bananes qu'il dispose avec soin sur une table de ping-pong. Les Midis du Mie se sont entendus avec le gardien du jardin public pour y servir leurs repas, à condition de laisser les lieux propres après leur départ. Ce vendredi, deux grandes marmites de lentilles et de riz fumant attendent les jeunes, du lassi, des canettes de jus de fruits, du pain et des viennoiseries.

Les adolescents qui ont suivi Agathe depuis le Demie sont rejoints par une soixantaine d'autres qui sortent d'un cours de français dispensé par des bénévoles de l'association Paris d'Exil à la bibliothèque Couronnes tous les jeudis et les vendredis matin. Il y a aussi des jeunes migrants majeurs, qui ont connu les déjeuners au jardin étant mineurs, et dont la situation ne s'est pas améliorée. Ils continuent de venir profiter du repas chaud et du réconfort. Pendant que les bénévoles préparent la distribution, les jeunes se retrouvent, discutent, jouent au foot.

Les déjeuners sont aussi l'occasion de faire le point ou tout simplement de se confier. Agathe est très sollicitée. Ici un adolescent lui demande un peu de crédit Lycamobile pour appeler ses parents en Guinée pour quelques minutes. Là, c'est un autre qui lui montre la bretelle de son sac à dos. Plusieurs fois recousue, celle-ci a fini par céder sous le poids des affaires qu'il transporte au quotidien.

Chaque vendredi Paul un retrait du quartier apporte 8  10 kilos de bananes pour le dessert des adolescents Crdits  InfoMigrants Des bénévoles mobilisés pour éviter aux adolescents de dormir dehors

Le collectif a aussi réussi à faire loger certains mineurs, qui ont vu leur minorité contestée et donc leur prise en charge au titre de la protection de l'enfance refusée. "C'est de l'hébergement solidaire", explique Agathe. Aujourd'hui, le cas d'Abdul la préoccupe particulièrement. Il paraît très fragile à l'approche de son entretien au Demie. Le jeune Ivoirien patiente comme les autres pour profiter du repas chaud. Certains adolescents sont allés chercher leurs copains qui dorment à la rue. Il est bientôt 12h30 et ils sont près de 150 à faire la queue dans le jardin.

Le repas du jour a été préparé par une association amie. Ce n'est pas toujours le cas. Souvent, les bénévoles se débrouillent comme ils peuvent pour la nourriture. Grâce à un planning précis, d'autres bénévoles, qui ne sont pas présents aujourd'hui, sont chargés de récolter des vêtements chauds pour l'hiver qui approche, ou des produits d'hygiène pour les jeunes sans domicile.

Le repas touche à sa fin. Agathe donne un téléphone et une carte SIM française à Abdul pour qu'il puisse les tenir au courant de l'issue de son entretien et rester en contact en cas de besoin. Dans l'après-midi le jeune garçon appelle les bénévoles. Le Demie de Paris ne l'a finalement pas reçu parce qu'il est déjà enregistré dans les fichiers du dispositif d'évaluation des mineurs isolés et étrangers dans un autre département, le Val-de-Marne. 

L'adolescent avait voulu tenter sa chance à Paris. Sans hébergement dans la capitale, il est paniqué. Une bénévole des Midis du Mie, habitant le quartier lui propose de prendre une douche chaude et lui donne quelques vêtements. Dans la soirée Agathe, finira par lui trouver un lit pour quelques jours chez une autre famille... en attendant la suite.

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Les adresses :

Les Petits déjeuner du Mie – du lundi au mercredi de 10h à 12h rue du Moulin Joly, à côté de la Croix-Rouge, 75011 Paris.. Métro : Couronnes (ligne 2)

Les Déjeuners du Mie – jeudi et vendredi à 12h et le samedi, dimanche à 12h30 au Jardin de la rue Pali-Kao, 75020 Paris. Métro : Couronnes (ligne 2)

Les cours de Français de Paris d'Exil – jeudi et vendredi de 10h à 12h à la Bibliothèque Couronnes, 66 rue Couronnes. Métro : Couronnes (ligne 2)

Le centre d’accueil de jour de MSF - du lundi au vendredi (sauf le mercredi) 101 bis avenue Jean Lolive, 93500 Pantin. Métro : Église de Pantin / Hoche (ligne 5)

Le Demie 75 (Croix-Rouge) est ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h, le mercredi à partir de 11h, au 5 rue du Moulin Joly, 75011 Paris. Métro : Couronnes (ligne 2)

La permanence juridique de l'antenne des mineurs de l'Ordre des avocats de Paris, dédiée au mineurs migrants isolés - le jeudi de 14h à 17h au Tribunal de grande instance de Paris, parvis du tribunal, 75017 Paris. métro : Porte de Clichy (13)

La permanence juridique en français de l'Adjie (accompagnement et défense des jeunes isolés étrangers) - le lundi de 18h à 21h et le samedi de 9h à 13h au 49 ter avenue de Flandres. Métro : Stalingrad (ligne 2, 5 et 7) / Riquet (ligne 7)




 

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