Nadia Murad, à l'ONU, à New York, en décembre 2016
Nadia Murad, à l'ONU, à New York, en décembre 2016

Elle a 25 ans et a survécu aux pires horreurs de l’organisation de l’État islamique. Nadia Murad, issue de la communauté yazidie, aujourd'hui réfugiée en Allemagne, a reçu conjointement le prix Nobel de la paix avec Denis Mukwege, gynécologue congolais, pour leur combat contre les violences sexuelles. Portrait.

"Partout où je vais, je raconte", disait-elle à l’antenne de France 24, en 2016. "Partout où je vais, je redis ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu". Vendredi 5 octobre, Nadia Murad, ex-esclave de Daech, militante des droits de l’homme, a été entendue. La jeune femme de 25 ans a reçu le prix Nobel de la paix pour son combat contre les violences sexuelles en tant qu’armes de guerre.

Dès l'annonce du comité Nobel, les félicitations ont afflué. Le patron de l'Otan, Jens Stoltenberg, a salué des "efforts inlassables pour faire la lumière et mettre fin aux crimes les plus sombres". Les Nations unies y voient un prix "fantastique". Via son porte-parole, la chancelière allemande Angela Merkel a rendu hommage à un "cri d'humanité au milieu d'horreurs inimaginables" tandis que le président irakien y voyait un "honneur pour tous les Irakiens".

Nadia Murad a fait de sa cause, la lutte contre les violences sexuelles, un sacerdoce - enchaînant les prises de parole au Conseil de sécurité de l’ONU, devant les chefs d’État du monde entier, devant le parlement européen. "Mon avenir personnel, je ne peux pas y penser. Mon avenir est bouché", racontait-elle encore à France 24. "Ce qui est important, c’est de lutter ensemble, c’est d’alerter le monde".

La jeune fille, qui vivait dans une zone montagneuse aux confins de l’Irak et de la Syrie, ne s’attendait certainement pas à cet avenir fait d’horreurs puis de notoriété. Enlevée à l'été 2014 par les terroristes jihadistes de l’EI dans son village irakien de Kocho, elle deviendra l’esclave sexuelle des membres de l’organisation terroriste.

Car pour les combattants de l'EI et leur interprétation ultra-rigoriste de l'islam, les Yazidis sont des hérétiques. "Quand Daech m’a enlevée avec d’autres filles, ils nous ont photographiées, nous ont emmenées au tribunal islamique à Mossoul, ont accroché nos photos et nous ont vendues ou échangées avec d’autres filles".

Aujourd'hui encore, Nadia Murad - comme son amie Lamia Haji Bachar, avec laquelle elle obtenait en 2016 le prix Sakharov du Parlement européen - n'a de cesse de répéter que plus de 3 000 Yazidies sont toujours portées disparues, probablement encore captives.

Nadia Murad deviendra l’esclave d’un homme avant d’être revendue. Le quotidien est fait de viols collectifs, de tortures, d’humiliations. Elle tentera de s’enfuir une première fois, en vain. La seconde tentative est la bonne.

Avec de faux papiers d'identité, elle gagne le Kurdistan irakien, à quelques dizaines de km à l'est de Mossoul, où elle rejoint les cohortes de déplacés entassés dans des camps.

Après avoir appris la mort de six de ses frères et de sa mère, elle prend contact avec une organisation d'aide aux Yazidis qui l'aide à retrouver sa sœur en Allemagne.

C’est dans ce pays qu’elle s’installe et qu’elle obtient le statut de réfugié. Son militantisme s’éveille et elle devient la porte-voix de son peuple. Depuis son pays d’accueil, elle se bat pour un but précis : faire reconnaître les persécutions yazidies commises en 2014 comme un génocide. En juin 2016, l'ONU utilise le terme "génocide" pour qualifier les massacre de l'EI contre les Yazidis. 

En 2016, elle devient ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains. A la tribune son discours est poignant. "Si les décapitations, si l’esclavage des femmes et les viol des enfants ne vous font pas bouger, quand le ferez-vous ? Vos familles ne sont pas les seules à mériter la vie, nous méritons aussi de vivre". 

Son combat lui réserve aussi d’agréables surprises. Elle rencontre un autre militant des droits de l’homme et défenseur de la cause yazidie, Abid Shamdeen, dont elle tombe amoureuse. Le 20 août, la jeune femme a annoncé sur Twitter ses fiançailles.

"Le combat pour notre peuple nous a rassemblés et nous poursuivrons ce chemin ensemble", écrivait-elle. En dessous, une photo montrait le jeune homme, un bras sur les épaules de Nadia Murad, dont le visage toujours encadré par ses longs cheveux bruns était barré, cette fois, d'un grand sourire.


 

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