Cet homme et d’autres réfugiés accusent la police croate de les avoir maltraités. Crédit: DW/A.Kamber (archives InfoMigrants, août 2018).
Cet homme et d’autres réfugiés accusent la police croate de les avoir maltraités. Crédit: DW/A.Kamber (archives InfoMigrants, août 2018).

Le Commissariat aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe a appelé la Croatie à ouvrir rapidement des enquêtes sur les allégations de violences policières et de vol à l'encontre de "demandeurs d'asile et autres migrants", ainsi que sur les cas d'expulsions collectives.

Dans un courrier publié vendredi 5 octobre et adressé au Premier ministre croate Andrej Plenkovic, la commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic, a déclaré être "préoccupée" par les informations "cohérentes et corroborées" fournies par plusieurs organisations attestant "d'un grand nombre d'expulsions collectives de la Croatie vers la Serbie et vers la Bosnie-Herzégovine de migrants en situation irrégulière, dont de potentiels demandeurs d'asile". 

Elle s'inquiète particulièrement du "recours systématique à la violence des forces de l'ordre croates à l'encontre de ces personnes", y compris les "femmes enceintes et les enfants". La responsable s'appuie sur les chiffres du Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés (UNHCR), selon lesquels sur 2 500 migrants expulsés par la Croatie, 700 ont accusé la police de violences et de vols. 

"Consciente des défis auxquels la Croatie est confrontée dans le domaine des migrations", Dunja Mijatovic souligne cependant que les "efforts pour gérer les migrations" doivent respecter les principes du droit international. "Il s'agit notamment de l'interdiction absolue de la torture et des peines ou traitements inhumains prévue à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et l'interdiction des expulsions collectives", qui s'appliquent "aux demandeurs d'asile comme aux migrants en situation irrégulière", écrit-elle. 

Une "violence systématique" selon les associations

Pour la commissaire, Zagreb doit "entamer et mener rapidement à leur terme des enquêtes rapides, efficaces et indépendantes sur les cas connus d'expulsions collectives et sur les allégations de violence contre les migrants". Elle somme également le gouvernement croate de "prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à ces pratiques et éviter qu'elles ne se reproduisent". 

"Aucun cas de mauvais de traitement policier à l'encontre de migrants (...) ni aucun vol n'ont été établis", s'est défendu le ministre croate de l'Intérieur Davor Bozinovic dans une lettre de réponse au Conseil de l'Europe.

Pourtant, dans un rapport intitulé "Games of violence", l'organisation Médecins sans frontières MSF alertait déjà en octobre 2017 sur les violences perpétrées par les polices croates, hongroises et bulgares envers les enfants et les jeunes migrants. 

>>  À relire sur InfoMigrants : MSF accuse des forces de police européennes de violences envers des migrants mineurs 

Sur sa page Facebook, l'association No Name Kitchen a également rappelé qu'elle documentait les cas de violences aux frontières croates depuis 2017 sur le site Border violence.

En août dernier, cette association qui aide les réfugiés à Sid en Serbie et dans le nord-ouest de la Bosnie expliquait à InfoMigrants que la violence était "systématique" pour les migrants expulsés de Croatie. "Il y a un ou deux nouveaux cas chaque jour. Nous n'avons pas la capacité de tous les documenter", déclarait Marc Pratllus de No Name Kitchen.

 

Et aussi