Image d'illustration montrant des enfants à Lampedusa, en Italie. Crédit : Ansa / Ettore Ferrari
Image d'illustration montrant des enfants à Lampedusa, en Italie. Crédit : Ansa / Ettore Ferrari

La maire de Lodi, une petite ville de Lombardie en Italie, a pris des mesures pour séparer les enfants italiens des enfants étrangers à la cantine et dans les bus scolaires. La décision a provoqué un tollé.

Sara Casanova, la maire de Lodi, petite ville de Lombardie, a récemment fait adopter une résolution ciblant les familles étrangères. L'édile, membre de la Ligue, parti d'extrême droite auquel appartient également le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, exige des familles étrangères, récemment installées en Italie, qu'elles déclarent les biens qu’elles possèdent dans leur pays d’origine afin de redéfinir les tarifs scolaires de leurs enfants (cantines, bus scolaires...). Autrement dit, ces familles doivent prouver qu’elles ne possèdent rien pour bénéficier des prix les plus bas. Or, produire un tel justificatif n'est pas toujours chose aisé, notamment pour des réfugiés dont le lien avec les autorités du pays d'origine est rompu.

En cas de refus – ou dans l’attente du traitement de leur dossier -, ces mêmes familles doivent payer le tarif le plus élevé à la cantine pour leurs enfants.

Celles qui sont incapables de s’acquitter d'un tel montant verront leurs enfants interdits de cantine. Leurs progénitures devront apporter eux-mêmes leur déjeuner et rester dans une salle séparée des autres élèves (en raison des règles d’hygiène italiennes, il est interdit de mélanger des aliments apportés de l'extérieur avec ceux prévus pour les repas de l'école).

Au total, presque 320 enfants sont concernés.

La mesure concerne aussi les ramassages en bus scolaire – dont les enfants étrangers seraient exclus, le tarif passant pour les familles ciblées de 90 euros à 210 euros le trimestre. Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien, a apporté son soutien à la maire de Lodi : "Le fait que certaines familles qui pourraient payer pensent qu'ils n'ont pas à le faire est une insulte aux parents, italiens et étrangers, qui paient, eux, ce qu'ils doivent", a-t-il déclaré. 

"Honte nationale"

Les démarches administratives pour "être en règle" avec la nouvelle réglementation de Lodi peuvent être longues et compliquées : les parents étrangers doivent contacter le consulat, les préfectures,les ambassades, trouver des traducteurs assermentés… Conclusion : peu de dossiers ont été traités.

Les directeurs des écoles de Lodi refusent aussi d’appliquer stricto sensu la loi. "Même si les parents sont d’accord avec le fait que la Ville mette en place de nouvelles réglementations, la majorité ne veut pas que les enfants soient séparés des autres à l’école. Ce n’est pas correct", a expliqué un journaliste d’un quotidien local. Même l’ancien Premier ministre italien Matteo Renzi a commenté la décision : "Voir des enfants discriminés dans les cantines scolaires pour des raisons économiques me fait mal au cœur. Ce qu’il se passe à Lodi est une honte nationale".

Des associations de protection de l'enfance ont appelé à une collecte de dons pour aider les familles concernées. Un succès : 60 000 euros ont été récoltés en quelques jours. 

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes, de tous pays européens, ont dénoncé une "ségrégation", une " politique d'apartheid", des méthodes "fascistes" ou encore une "loi discriminatoire qui nous ramène à l'horreur des lois raciales."

"Impensable de forcer des enfants à manger seuls, séparés de leurs camarades"

Le cas de Lodi a ainsi rapidement pris une ampleur nationale. L'autorité italienne garante des droits des enfants s’est offusquée dimanche de cette pratique. Elle a appelé la municipalité de Lodi à remettre en cause cette mesure. "Tous les enfants doivent être réadmis à la cantine immédiatement. Il est impensable de forcer de jeunes enfants à manger seuls, séparés de leurs camarades de classe parce que leurs parents ne peuvent pas payer", a déclaré Filomena Albano, à la tête de l'autorité, au quotidien La Repubblica.

"C’est un coup dur pour les familles nombreuses. Les plus touchées renoncent à la cantine et aux transports, font manger leurs enfants à la maison, les accompagnent et les ramènent à l'école au moins quatre fois par jour à pied ou à vélo", écrit de son côté, le journal italien Corriere della Sera.  

 

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