Image d'archives de Briançon, lieu de passage de nombreux migrants venus d'Italie. Crédit : InfoMigrants
Image d'archives de Briançon, lieu de passage de nombreux migrants venus d'Italie. Crédit : InfoMigrants

Treize ONG, parmi lesquelles Médecins sans frontières ou encore Amnesty, dénoncent "des pratiques illégales et des violences commises" contre les migrants à la frontière franco-italienne. Elles demandent au gouvernement français de cesser "ces violations de toute urgence et [de protéger] ces personnes tel que l’exige le droit".

Refoulement des migrants en Italie, contrôles discriminatoires, courses-poursuites dans la montagne, propos menaçants… Treize associations dont Amnesty International, Médecins du Monde (MdM) ou encore Médecins sans frontières (MSF) dénoncent "des pratiques illégales et des violences commises contre les personnes exilées" de la part des forces de l’ordre à la frontière franco-italienne.

Les 12 et 13 octobre, lors d’une mission d’observation à la frontière entre la France et l’Italie, ces ONG ont constaté "de multiples violations des droits" des migrants, peut-on lire dans un communiqué. Elles ont également recueillies de nombreux témoignages de migrants.

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Pendant ces deux jours, 26 personnes ont été refoulées depuis le poste de la police aux frontières de Montgenèvre (côté français) vers Clavière (côté italien) sans examen individuel de leur situation, ni possibilité de demander l’asile.

De plus, huit migrants se déclarant mineurs ont également été renvoyés en Italie, les forces de l’ordre n’ayant pas pris en compte leur déclaration de minorité. Or, toute personne de moins de 18 ans arrivant en France doit être prise en charge par le département dans lequel il se trouve et ainsi bénéficier du dispositif de protection de l’enfance.

"Vous n’êtes pas près de devenir français"

Cité dans le communiqué des associations, Ibrahim, un mineur isolé ivoirien déclare avoir été refoulé par les policiers qui n’ont pas cru à sa minorité. "La plupart des personnes mentent sur leur date de naissance, pourquoi je te croirais ?", lui ont-ils affirmé. "Vous n’êtes pas Français, vous ne pouvez pas vivre en France sans être Français et vous n’êtes pas près de devenir français", ont ajouté les policiers.

D’autres témoignages recueillis vont dans ce sens, comme celui de Simon qui a raconté son entrevue avec la police française auprès de militants fin avril 2018. "J’ai dit que j’étais mineur, ils ont éclaté de rire (…). J’ai présenté mes papiers guinéens et un homme [un policier] (…) a dit que ces papiers étaient des faux, il les a déchirés", explique-t-il.

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Plusieurs migrants ont également fait état de courses-poursuites avec la gendarmerie et de propos violents. Moussa, originaire de Côte d’Ivoire a été refoulé vendredi 12 octobre vers l’Italie. Il dit avoir été poursuivi dans un sentier par les gendarmes qui lui ont lancé : "Arrête-toi, on va tirer". Paniqué, le jeune homme a glissé et s’est blessé au genou. Emmené au poste de police, il a réclamé une visite médicale mais sa demande a été refusée.

Bakary lui aussi relate les paroles menaçantes qu’il a entendues lors de son arrestation en juin 2018. "La prochaine fois que vous essayez de traverser, on vous renvoie direct en Libye", lui ont affirmé les policiers.

"Ces témoignages confortent ceux recueillis depuis plusieurs mois par les acteurs locaux qui soutiennent au quotidien les personnes refoulées à la frontière", écrivent les associations. Elles estiment que ces pratiques "sont inacceptables dans un État de droit" et exigent que le gouvernement français cesse "ces violations de toute urgence et [protège] ces personnes tel que l’exige le droit."    

 

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