Image d'archive d'un campement de migrants à Grande-Synthe. Crédits photo : Mehdi Chebil/InfoMigrants
Image d'archive d'un campement de migrants à Grande-Synthe. Crédits photo : Mehdi Chebil/InfoMigrants

Pour la sixième fois en cinq mois, le campement de migrants de Grande-Synthe dans le nord de la France a été évacué, et ses occupants redirigés vers plusieurs centres d’accueil, indiquent les autorités françaises. Les associations déplorent un manque de communication envers les migrants et l’absence de solution d’hébergement pérenne.

Du campement du Puythouck à Grande-Synthe, près de Dunkerque dans le nord de la France, il ne reste que des tentes vides et des vêtements qui jonchent le sol. Mardi 23 octobre, dès 7h30 du matin, la police a procédé à l’évacuation de plus de 1800 migrants - en grande majorité des Kurdes irakiens- qui s’étaient installés dans cette zone où s’étendent plusieurs lacs et des petits bois.

Des centaines de policiers et de gendarmes ont été mobilisés pour ce démantèlement d’envergure, le sixième du genre en cinq mois. “Cette opération à caractère humanitaire va permettre de conduire vers des structures adaptées ces personnes dont les plus vulnérables en famille”, indique la préfecture du Nord dans un communiqué de presse, précisant que les personnes “mises à l’abri” vont être réparties dans l’ensemble de la région des Hauts-de-France et des régions périphériques.

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“Rapidement, les migrants reviennent dans la rue”

Mais pour les associations de défense des migrants, ce genre d’intervention policière ne fait que déplacer le problème. “Depuis 20 ans c’est la même chose : ces opérations n’offrent pas de solution d’hébergement pérenne. D’ici 24h-48h les migrants vont commencer à arriver à Calais ou à Cherbourg. Certains vont peut-être pouvoir prendre une douche, se retaper un peu la santé, mais rapidement ils reviennent dans la rue”, affirme Jean-Claude Lenoir président de l’association Salam, joint par InfoMigrants.

Selon le maire écologiste de Grande-Synthe, Damien Carême, "seules 10 à 20% des personnes placées en centre d'accueil reviennent". Reste que "c'est à l'État" de gérer le flux des nouvelles arrivées, ajoute-t-il.

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Également sur place, l’association l’Auberge des Migrants, fait, quant à elle, état de familles séparées, les hommes étant mis à l’écart. “Les familles peuvent récupérer leurs vêtements uniquement. Les hommes seuls doivent encore patienter”, indique l’association sur son compte Twitter. Et d'ajouter en interpellant le préfet : "Les réfugiés [sont] encore transportés sans explications, sans savoir où ils iront... Quelle communication !"

“Il doit y avoir 600 ou 700 policiers. Ils sont tellement nombreux que l’opération se passe évidemment dans le calme. D’autant plus que le campement était constitué de beaucoup de familles”, poursuit Jean-Claude Lenoir, déplorant “la répression systématique, plutôt que la prévention”.

Devant cette situation, le maire Damien Carême s'est dit prêt à rouvrir le camp de la Linière, détruit par un incendie en 2017 et qui accueillait 1 500 personnes. "J'alerte encore l'État, j'ai envoyé un courrier au président de la République, au Premier ministre, je demande un rendez-vous au ministre de l'Intérieur. Il faut qu'on trouve des solutions", a martelé l’élu, lundi sur France 3.

Le nouveau ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, est attendu sur place en fin de journée.

“Enrayer les trafics d’êtres humains dans ces campements”

Outre le placement des migrants évacués dans des structures d’hébergement, cette opération a pour objectif  “d’enrayer les trafics d’êtres humains dans ces campements où les filières de passeurs sont actives”, explique la préfecture du Nord.

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Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, Christophe Castaner a pour sa part promis qu'il "mettrait fin à cette situation, quitte à ordonner des évacuations, en lien avec les collectivités locales", reconnaissant que "des passeurs tiennent 1 500 personnes dans des conditions de vie scandaleuses" à Grande-Synthe.

La dernière évacuation similaire a eu lieu 28 septembre et a concerné environ 400 à 500 personnes ayant été transférées dans plusieurs centres d'accueil des Hauts-de-France. Avant cela, le 6 septembre, les autorités ont également "mis à l'abri" 539 personnes installées dans un campement insalubre près de la gare de triage.

 

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