En Autriche, à Vienne, l'équipe de foot de réfugiés syriens Amouda s'entraîne trois fois par semaine sur un terrain prêté par la municipalité. Crédit : InfoMigrants
En Autriche, à Vienne, l'équipe de foot de réfugiés syriens Amouda s'entraîne trois fois par semaine sur un terrain prêté par la municipalité. Crédit : InfoMigrants

À Vienne, en Autriche, une toute jeune équipe de réfugiés syriens apprend à s’intégrer par le football et affiche des résultats en compétition décoiffants. InfoMigrants est allé à leur rencontre.

Rires, tapes sur l’épaule, regards complices… Un entraînement du FC Amouda c’est avant tout une réunion de copains, heureux de partager une passion commune : le football. Trois fois par semaine, cette équipe composée de réfugiés syriens s’entraîne dans la bonne humeur, sur un terrain de football du quartier modeste de Landstasse dans le sud-est de Vienne, en Autriche.

"On a lancé cette équipe en 2015. Au début on se retrouvait dans un petit parc public à côté d’un camp de migrants pour jouer et s’entraîner", raconte Kamil Hember, manager et cofondateur du club. "Aujourd’hui on évolue localement au 3e niveau (sur 6) et on participe régulièrement à des compétitions. Sur nos sept derniers matches, on n’en a perdu qu’un seul !”, précise-t-il fièrement.

“Le Kylian Mbappé d’Amouda FC”

L’idée de ce club lui est venue avec deux autres amis originaires eux aussi de la petite ville d’Amouda à la frontière turco-syrienne. “Je suis en Autriche depuis 12 ans, je vois et j’ai vu beaucoup de jeunes arriver, et je connais le genre de problèmes auxquels ils peuvent être confrontés s’ils n’ont pas une bonne raison de se lever le matin", explique Kamil Hember. "C’est facile de tomber dans l’alcool ou la marijuana à cet âge-là", reconnaît-il. Avec cette équipe de foot, ce sont "toutes les valeurs du sport" que les trois comparses veulent transmettre : le partage, la solidarité, l’entraide, le fair play et savoir prendre soin de soi, de son corps.

Rauan Zlfo attaquant et buteur star de lquipe Crdit  InfoMigrantsAu-delà des valeurs sportives, le foot agit aussi comme un véritable pont pour ces jeunes qui repartent à zéro. “Entre la langue, la culture et les difficultés administratives, les premiers temps ont été très difficiles, mais avec le foot, j’ai pu progresser rapidement”, explique Rauan Zlfo. À 21 ans, le jeune attaquant arrivé à Vienne en 2014 fait la fierté de son équipe qui le surnomme affectueusement “la star, le Kylian Mbappé d’Amouda FC”. Il joue d’ailleurs à un niveau supérieur avec un autre club autrichien, l’AS Koma Elektra. “Je fais du foot depuis toujours, c’est toute ma vie ! C’était naturel pour moi de continuer même après avoir quitté la Syrie et c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour m’intégrer et communiquer avec les gens ici”, confie-t-il. Et d’ajouter dans un éclat de rire : “Le foot, c’est une langue internationale !”

S’il rêve de devenir footballeur professionnel, Rauan Zlfo veut aussi garder les pieds sur terre et envisage de poursuivre des études de médecine à l’université, un domaine auquel il se prédestinait lorsqu’il vivait encore en Syrie. "Mais pour l’instant, je ressens encore trop la barrière de la langue pour reprendre des études supérieures".

La seule équipe de Syriens mélangeant Kurdes et Arabes

Pour Abu Aras aussi, l’intégration passe par le foot. Ancien marchand à Amouda, au nord-est de la Syrie, il est aussi l’un des cofondateurs du club, arrivé en Autriche par rapprochement familial il y a quatre ans. “Je ne peux pas encore travailler car je ne parle pas assez bien l’allemand. Le foot était une vieille passion, maintenant c’est toute ma vie”, explique-t-il.

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Très impliqué, il est particulièrement fier de son club : “Dans cette équipe on parle à la fois kurde et arabe, tout le monde est ouvert d’esprit. On ne mélange pas la politique, les pro ou les anti régime. Tout le monde est là pour jouer ensemble”, dit-il, soulignant que le FC Amouda est la seule équipe de Syriens en Autriche où Kurdes et Arabes partagent le même maillot.

Après avoir remporté son championnat en 2017, le club est passé en niveau 3 et se classe actuellement en 3e position. Mais les managers confient vouloir ralentir la cadence, de peur de ne pas pouvoir suivre financièrement. “C’est nous, les fondateurs, qui payons avec nos fonds personnels le droit d’entrée dans les championnats. En ce moment ça nous coûte 1 000€ par an, mais si on monte au niveau 2, ça sera plus cher. On ne pourra pas se le permettre”, regrette Kamil Hember. Il espère réussir à décrocher des sponsors ou des financements privés dans les prochains mois pour continuer de faire vivre leur rêve de football.

Les jeunes réfugiés syriens de l'équipe de foot Amouda, à Vienne en Autriche. Crédit : InfoMigrants

 

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