Image d'archives de la frontière à Calais. Crédit : Mehdi Chebil
Image d'archives de la frontière à Calais. Crédit : Mehdi Chebil

Refoulés par le Home Office après des mois passés à Calais, de nombreux mineurs ont tout de même décidé d’atteindre l’Angleterre de manière illégale. Beaucoup ont disparu dans la nature et sont tombés aux mains des réseaux de trafiquants.

Selon le quotidien britannique The Independent, de nombreux migrants mineurs dont le dossier a été refusé par le Home Office - le ministère anglais de l’intérieur - au moment du démantèlement de la "jungle" de Calais ont traversé la Manche par leurs propres moyens et sont tombés entre les mains de trafiquants au Royaume-Uni.

Lors de la signature de l’amendement Dubs en mars 2016, le Royaume-Uni s’était engagé auprès de la France à accueillir 480 mineurs isolés présents à Calais et désireux de rejoindre l’Angleterre. Mais en octobre 2016, date du démantèlement de la "jungle", des centaines de mineurs non accompagnés ont vu leur demande déboutée par le Home Office.

L’association Social workers without borders - qui avait mené une série d’évaluations sur plusieurs enfants de la "jungle" avant son démantèlement - rappelle que sur les 42 enfants signalés "dans le besoin", aucun d’entre eux n’a eu l’autorisation de rejoindre l’Angleterre.

>> À lire sur InfoMigrants : Au Royaume-Uni, un migrant peut croupir des années en centre de rétention

Bon nombre de migrants refoulés par les autorités britanniques ont donc tenté leur chance par la voie illégale. Beaucoup d’entre eux se sont ainsi retrouvés piégés dans des réseaux de trafiquants.

Selon les dernières données du Centre d’information sur la traite des enfants (CTAC), sur les 293 jeunes arrivés en Angleterre clandestinement depuis mi 2016, seulement 103 personnes ont été localisées. Les autres - les 190 autres restants - ont tout simplement disparu dans la nature. À titre d’exemple, sur les 42 mineurs identifiés par Social workers without borders, neuf ont atteint le Royaume-Uni par leurs propres moyens et 14 sont toujours "introuvables".

"Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogue deviennent des monnaies d’échange"

Selon le quotidien britannique, un adolescent soudanais placé dans une famille d’accueil a disparu quelques mois après son arrivée en Angleterre, en décembre 2016. "Je lui ai envoyé un message mais je n’ai pas eu de réponse", déclare à The Independent Sue Clayton, une universitaire qui lui avait rendu visite. "Il était clair que les choses ne se passaient pas bien pour lui en Angleterre. Il est probable qu’il travaillait pour le compte d’un trafiquant (…). Il m’a dit que sa mère était très malade et que sa famille avait besoin d’argent".

The Independent met également en avant le cas d’un garçon de 16 ans qui a été "pris en otage" par des trafiquants une fois arrivé au Royaume-Uni. Les malfaiteurs le retenaient car son père, installé en Angleterre, n’avait pas les moyens de payer les passeurs de son fils. Le jeune homme a pu être libéré grâce à l’intervention de la police.

>> À lire sur InfoMigrants : Sans papiers, sans toit, sans avenir : une migrante congolaise raconte son désarroi en Angleterre

Swati Pande, membre du CTAC, estime qu’il est fréquent que les enfants ayant traversé la Manche disparaissent ou ne soient jamais retrouvés au Royaume-Uni. "Rien n’est gratuit. Ces jeunes ont fait un si long voyage, ils doivent toujours de l’argent à quelqu’un", explique-t-elle au journal anglais. "Au cours de leurs voyages, nous savons qu’il peut y avoir des abus. Quelle est la monnaie d’échange de ces enfants ? Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogues deviennent des monnaies d’échange", continue-t-elle.

Pour la députée anglaise Sarah Jones cité par The Independent, le gouvernement britannique a "tourné le dos aux enfants réfugiés de la ‘jungle’ et continue de le faire". "Cette année marque le 80ème anniversaire du Kindertransport, quand notre pays a sauvé 10 000 enfants du régime nazi. C’est une honte que le sentiment anti-migrant de notre gouvernement s’étende même aux enfants les plus jeunes et les plus vulnérables", a-t-elle ajouté.

Une critique injustifiée selon un porte-parole du Home Office qui rappelle que "l’an dernier, le Royaume-Uni a assuré la protection de 6 000 enfants et a également délivré 5 218 visas de regroupement familial, dont plus de la moitié était destiné à des enfants". Reste que seuls 220 enfants ont été transférés en Angleterre depuis fin 2016, sur les 480 prévus par l’amendement Dubs.     

 

Et aussi