Image d'archive d'un centre de détention en Libye, en septembre 2017. Crédit : Reuters
Image d'archive d'un centre de détention en Libye, en septembre 2017. Crédit : Reuters

Dans son documentaire "Libye, anatomie d’un crime", la documentariste Cécile Allegra révèle que des viols sont commis de manière quasi-systématique sur les personnes détenues dans les prisons clandestines ou les centres de détention du pays.

Vous avez recueilli dans votre documentaire des témoignages de Libyens qui ont été victimes de viols. Les migrants en sont-ils également victimes ? Où ces crimes surviennent-ils ?

Les migrants sont depuis toujours victimes de viols en Libye aussi bien dans les centres de détention officiels que clandestins. Ce qui a changé aujourd’hui c’est que nous le savons, alors qu’il y a cinq ans, les gens n’étaient pas prêts à entendre des récits de viol. Ils n’avaient pas compris le degré de violence que les gens subissaient dans les centres de détention libyens.

Le territoire libyen est partagé entre des centaines de milices qui se livrent une guerre pour des portions de territoire mais aussi pour la gestion des filières de migrations. Toutes les milices ont des centres de détention clandestins dans lesquels des hommes armés détiennent des migrants et leur font subir des sévices, dont des violences sexuelles.

Même s’il est difficile d’en parler, il est important que les migrants abordent la question du viol lors de leur entretien pour leur demande d’asile, notamment s’il y a eu répétions. Pour documenter au mieux ce qu’il est arrivé à une personne en Libye, il faut essayer de savoir où la personne a été détenue, par qui (quelle milice) et pendant combien de temps.

Vous avez découvert que le viol commis sur les hommes était devenu une pratique systématique en Libye. Comment expliquez-vous l’utilisation de ces méthodes ? Quel est le but recherché par les bourreaux ?

En les violant, les agresseurs cherchent à réduire leurs victimes au silence et à les isoler du reste de la société. Une personne qui a été violée sera soumise pendant longtemps. Dans les centres de détention libyens, ces personnes feront moins de vagues, elles oseront moins se rebeller et garderont même peut-être le silence sur les sévices qu’elles ont subis au cours de leur trajet d’exil lorsqu’elles seront libérées.

Il n’y a pas que les femmes qui sont victimes de viol en Libye, les hommes le sont tout autant. Et les hommes, comme les femmes, doivent oser parler de ce qui leur est arrivé. Et les hommes ne doivent pas juger les femmes qui ont été victimes de viol. La seule chose de positive dans cette horreur c’est que cela peut contribuer à changer les mentalités : une femme violée n’est pas une femme légère et un homme violé n’est pas un sous-homme.

Que faut-il faire si l’on a été violé(e) en Libye ?

Il faut dès que possible se rendre aux urgences du pays dans lequel on arrive après avoir quitté la Libye et demander à se faire examiner. Les hommes peuvent demander à voir un andrologue [un andrologue est un médecin spécialiste de l’appareil génital masculin. Il est pour les hommes ce qu'un gynécologue est pour une femmee NDLR].

C’est un moment très difficile car l’examen médical peut être vécu comme humiliant et rappeler à la victime son traumatisme. Mais il faut se dire que le médecin qui va vous recevoir est là pour réparer ce qui a été détruit.

Les personnes qui ont été victimes de viols peuvent également envoyer un mail à l’association LIMBO qui pourra les réorienter vers des structures adaptées. Il est aussi possible d’envoyer un mail à l’association We are not weapons of war qui documente les cas de viols commis en Libye. C’est important car il faut des témoignages pour faire condamner les responsables.

Contacts :
Association LIMBO : limbo.association@gmail.com
Association We are not weapons of war : contact@notaweaponofwar.org

Le documentaire de Cécile Allegra "Libye, anatomie d'un crime" est visible sur le site de Arte jusqu'au 21 décembre 2018.

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Quelles sont les conséquences physiques après un viol ?

Un viol peut provoquer des blessures qui doivent être soignées correctement. Les victimes de viol peuvent souffrir d’une fistule traumatique. Il s’agit de la formation anormale d’une connexion entre deux organes internes. Les hommes victimes de viol souffrent souvent de fistules anales, les femmes plutôt de fistules recto-vaginales. Une fistule peut se guérir soit par des médicaments, soit par une intervention chirurgicale.

Les victimes de viol peuvent aussi souffrir de fissures anales. Il s’agit d’une déchirure de la muqueuse anale et cela peut provoquer des saignements. Si elle est traitée rapidement, une fissure anale peut être prise en charge grâce à des médicaments, sinon cela nécessitera une intervention chirurgicale.

La fistule et la fissure sont des pathologies graves. Il est très important de se rendre à l’hôpital dès que possible pour se faire soigner correctement.

Un homme ou une femme qui a été violé(e) peut avoir été contaminé(e) par une maladie sexuellement transmissible (MST) comme le SIDA (VIH). Pour cette raison également il est important de se rendre dès que possible dans un hôpital pour se faire dépister et, si nécessaire, débuter un traitement adapté.


 

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