L'un des camps de migrants de Calais en janvier 2018. Crédit : Mehdi Chebil.
L'un des camps de migrants de Calais en janvier 2018. Crédit : Mehdi Chebil.

Depuis le début de la semaine la situation à Calais se tend un peu plus. Le nombre de traversées de migrants vers l’Angleterre augmente tandis que leurs conditions de vie se dégradent à Calais et à Grande-Synthe avec l’arrivée du froid.

Plus de soixante migrants ont atteint l’Angleterre depuis la frontière française la semaine dernière, dont une quarantaine par traversée de la Manche, a indiqué le Guardian dimanche 18 novembre.

Si le nombre de passages réussis est connu, le nombre de décès, lui, reste difficile à chiffrer. Le corps d’un migrant coincé sous un camion a été découvert dimanche dans le terminal de l’Eurotunnel à Folkestone. Le 2 octobre, c’est le corps d’un autre migrant disparu depuis le 23 septembre, qui a été repêché dans le canal de Calais.

Les dangers de la traversée par la Manche

Fait nouveau, 17 personnes, dont trois mineurs, sont parvenues à traverser la Manche la semaine dernière sur un bateau de pêche volé avant d'être interceptés près de Douvres, un mode opératoire inédit contrairement aux embarcations de fortune. "Les passages par la route sont surveillés donc les migrants se replient sur la mer", indique l'Auberge des migrants à Calais. Reste que la plupart des traversées par la mer se font toujours à l’aide des bateaux pneumatiques.

"Ces traversées sont incroyablement dangereuses" rappelait l’Auberge des migrants au mois d’août. "Le trafic maritime est en effet très dense dans la zone. On pourrait penser que franchir les 29 km qui séparent la France de l’Angleterre est facile mais c’est un parcours semé de pièges. Il faut faire face à la densité du trafic, aux courants terribles, aux vents violents, aux hauts fonds […] Il y a 600 cargos qui traversent la Manche chaque jour, la plupart sont des mastodontes, des porte-containers, c’est de la folie de s'y aventurer dans de petits canots, pendant la nuit" précisait l’association.

>> À lire sur InfoMigrants : La traversée de la Manche, "un piège avec des courants terribles et des vents violents"

"Les personnes que nous aidons sont à bout"

Côté français, à Calais et à Grande-Synthe, les conditions de vie sont toujours aussi rudes pour les migrants désireux de rejoindre l'Angleterre. Les associations estiment que près de 500 personnes dorment à la rue à Calais, et 300 à 400 personnes à Grande-Synthe.

L’évacuation, le 13 novembre, du site municipal dit de la ferme des jésuites de Grande-Synthe, près de la zone du Puythouck où migrants installent régulièrement leurs campements, a permis d’orienter quelques 450 migrants vers une vingtaine de centres d'accueil dans les Hauts-de-France en fonction de leur situation. Toutefois l’Auberge des migrants regrette que toutes les familles présentes n’aient pas pu bénéficier de solutions de logements. Il s'agit de la septième opération de ce type en six mois à Grande-Synthe, qui enregistre des arrivées régulières de migrants.

À Grande-Synthe, l’Auberge des migrants redistribue des vêtements chauds, tentes et duvets à des migrants dont les affaires sont détruites une fois par semaine. "La police détruit tout ce qui leur permet de se protéger des intempérie" regrette Christian Salomé, président de l’Auberge des Migrants.

"Avec l’arrivée du froid, l’absence de solution de mise à l’abri et la présence policière insistante, les personnes que nous aidons sont à bout", a constaté l’association Utopia 56 présente à Calais, où se trouvent plutôt des hommes seuls. "Depuis six mois, la police les déloge avec leurs affaires personnelles [tentes, sacs et duvets] au moins un matin sur deux, parfois avec du gaz lacrymogène" précise Utopia 56.

>> À lire sur InfoMigrants : Où trouver des vêtements chauds à Paris et Calais ?

Le plan Grand froid à l’étude

Du côté de la mairie de Calais, la municipalité a fait condamner l’accès au hall d’une salle polyvalente de la ville, où des migrants s’abritaient de la pluie. Pour Philippe Mignonet, adjoint à la sécurité à la mairie de Calais, il s’agit d’éviter l’établissement d’"un squat en zone urbaine". Selon lui, "le nombre de migrants s’accroît depuis plusieurs semaines à cet endroit. Des canapés ont même été installés. À plusieurs reprises, la municipalité a reçu des plaintes de riverains" a-t-il déclaré à la Voix du Nord.

Le vice-président de l’Auberge des migrants, François Guennoc, a estimé qu’il s’agit ici d’une "décision scandaleuse". "Je ne vois pas en quoi cela gênerait les riverains. Ces migrants s’abritent pour éviter la pluie" a-t-il déclaré. La salle en question avait servi un temps d’abris aux migrants pendant le plan Grand froid.

Alors que de la neige est prévue cette semaine dans plusieurs régions françaises, la sous-préfecture de Calais doit présenter un protocole de plan Grand froid aux associations lundi 19 novembre. Celles-ci espèrent cette année que le dispositif sera ouvert tout l’hiver et pas seulement en cas de températures extrêmes, en journée également et pas seulement le soir, avec un nombre de places suffisantes pour s’adapter aux situations diverses (familles, célibataires, femmes avec enfants).

En attendant les solutions d’hébergements d’urgence, l’association va relancer sa distribution de thé lors de maraudes matinales dans les campements, pour tenter d’éviter l’hypothermie à ceux qui dorment dehors.

 

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