Des migrants afghans attendent d'entrer en cours d'anglais à Oinofyta en Grèce. Crédit : Unesco
Des migrants afghans attendent d'entrer en cours d'anglais à Oinofyta en Grèce. Crédit : Unesco

Centre de détention, écoles parallèles, ségrégation géographique… Dans un rapport, l’Unesco s’inquiète du manque d’accès à une éducation de qualité pour les enfants migrants et réfugiés dans les pays d’accueil.

Le nombre d'enfants migrants et réfugiés en âge d'aller à l'école dans le monde a augmenté de 26% depuis 2000, indique l’Unesco dans un rapport publié le 20 novembre. S’ils étaient tous scolarisés, ils remplieraient aujourd’hui un demi-million de salles de classe.

Malheureusement ça n’est pas le cas. Dans de nombreux pays d’arrivée, ils restent exclus du système éducatif national, a constaté l’Unesco. Au cours des deux années passées, les enfants migrants ont ainsi manqué 1,5 milliard de jours d'école.

En Europe, le rapport cite l’Italie où près de 73 % des 86 000 mineurs arrivés entre 2011 et 2016 n’étaient pas accompagnés. "Ils ne sont qu’une minorité à fréquenter régulièrement l’école", constate l’Unesco. Le rapport pointe plus particulièrement l’Autriche et la Hongrie comme les mauvais élèves, s’inquiétant de la situation des enfants demandeurs d'asile en détention, "qui ont un accès limité à l'éducation, lorsqu’ils n’en sont pas carrément privés d’accès".

Aux côtés de la Bulgarie, la Pologne, la République tchèque et la Croatie, l’Autriche et la Hongrie font partie des six pays européens, à ne pas vouloir signer le pacte mondial "Global compact for migration", une initiative de l'Onu visant à améliorer l’éducation des enfants migrants et réfugiés.

Des enfants migrants séparés des autochtones

Autre motif d’inquiétude, le recours à un système éducatif parallèle pour les réfugiés, séparés physiquement des élèves du pays d’hôte. Face à une crise qui s’accompagne d’un afflux de migrants, ce réflexe est "naturel" mais "inacceptable", dénonce le rapport. L’Unesco préférerait voir assis les enfants migrants sur les mêmes bancs que leurs camarades des pays d’arrivée.

"Dans certains systèmes éducatifs, les immigrants et les réfugiés sont considérés comme des populations temporaires ou en transit, distinctes des autochtones. Un tel traitement n’est pas acceptable car il compromet les progrès scolaires, la socialisation et les chances d’avenir des immigrants et des réfugiés tout en freinant l’édification de sociétés diversifiées et homogènes", explique le rapport, qui cite le cas des nombreux afghans au Pakistan. Ces derniers ne peuvent recevoir une éducation que dans des écoles séparées, communautaires, non formelles et non certifiées.

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Au Liban et en Jordanie, deux pays qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés au regard du nombre d’habitants, l’Unesco déplore le manque de ressources nécessaires pour construire davantage d’écoles. Résultat, des solutions avec les moyens du bord : une journée d’école dédoublée, les enfants libanais allant à l’école le matin et les enfants réfugiés l’après-midi, ce qui limite l'interaction entre les deux groupes. "Les pays à faibles et moyens revenus accueillent 89% des réfugiés mais manquent de fonds pour faire face à la situation", déplore l’Unesco.

Parmi les progrès salués, la Turquie qui accueille 3,5 millions de réfugiés, a commencé par donner aux écoles privées un statut d’écoles provisoires. Ainsi d’ici à 2020, tous les enfants syriens devraient pouvoir être scolarisés dans des établissements publics.

Un accès restreint aux bonnes écoles

En Europe, l’Unesco décrit une réalité qu’elle qualifie de "ségrégation résidentielle" des enfants migrants, réfugiés et immigrés qui a conduit à "une ségrégation scolaire". En effet, ces mineurs sont souvent scolarisés dans les banlieues et les écoles moins exigeantes et moins performantes. Quand, dans une certaine mesure, les élèves autochtones rejoignent eux les quartiers plus riches, accentuant ainsi la ségrégation.

Ainsi à Berlin, une analyse portant sur 108 circonscriptions d’écoles primaires situées dans quatre districts montre que, dans une école sur cinq, il y a deux fois plus d’élèves issus de l’immigration que d’élèves habitants dans le district concerné. En Italie, une circulaire de 2010 fixe un taux plafond de 30 % d’immigrants de première génération par classe. Dans la réalité, 17 % de classes de primaires dépassent ce plafond. Quant à la France, les enfants nés de parents immigrés non européens sont cinq fois plus nombreux dans les écoles des quartiers défavorisés.

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Des documents à fournir empêchent les inscriptions

Autre frein d’accès à la scolarisation pour les migrants, les "politiques d’immigration restrictives, les législations contradictoires et les règles très strictes imposées par les pays d’accueil en matière de documents à produire" empêchent parfois l’inscription des enfants à l’école. Ainsi, à Chypre et en Slovaquie, les établissements scolaires sont tenus de signaler aux services de l’immigration les familles qui ne possèdent pas de documents valides. Mais même lorsque la loi autorise l’inscription des enfants migrants, des pratiques discriminatoires au niveau régional ou local ont pu être observées a constaté l’Unesco.

Enfin parmi les défis qui se posent aux pays d’accueil des migrants, la formation des enseignants en particulier d’enseignants qualifiés, devient urgente. La pénurie se fait sentir en Turquie, où il faudra 80 000 enseignants supplémentaires pour pouvoir accueillir tous les élèves syriens à l’école. L’Allemagne a besoin de 18 000 éducateurs et 24 000 enseignants supplémentaires. Au Liban, la moitié des enseignants et du personnel ont reçu une formation spécialisée pour répondre aux besoins des apprenants déplacés au cours des deux dernières années.

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