Une distribution de repas pour les mineurs migrants aux Midis du Mie. Crédit : InfoMigrants
Une distribution de repas pour les mineurs migrants aux Midis du Mie. Crédit : InfoMigrants

Les migrants mineurs isolés sont parfois la cible de pédophiles. Les associations d’aide aux jeunes migrants rapportent plusieurs cas de violences sexuelles subies. Comment éviter de tomber sur des personnes malveillantes lorsque l’on dort dehors ?

Ils sont plus de 90 jeunes migrants à dormir à la rue à Paris en ce moment, d’après les signalements des collectifs des Midis du Mie et de Paris d’Exil. Ces deux associations d’aide aux migrants mineurs isolés, ainsi que les collectifs Timmy et Utopia 56 ont alerté plusieurs fois sur les risques encourus par ces adolescents, dont les plus vulnérables sont des cibles pour les prédateurs sexuels.

"Les risques sont réels, des pédophiles sont déjà venus sur les camps de migrants, sans complexe, pour discuter avec les jeunes" a constaté Espérance de l'association Timmy, qui héberge actuellement plus de 80 mineurs dans des familles. La bénévole qui a fait des signalements à la police, n’est pas la seule à tenir ces propos. Agathe Nadimi, la fondatrice des Midis du Mie, a dû repousser un homme qui rôdait autour d’une distribution alimentaire il y a deux mois. Son visage correspondait à un profil Facebook signalé par d’autres associations.

La cible parfaite : les jeunes primo-arrivants. "Ceux qui viennent d’arriver n’ont pas leurs repères, ne connaissent pas les associations. Ils sont tellement perdus qu’ils sont susceptibles d’accepter l’aide de la première personne qui leur tend la main" affirme Anjela, qui effectue des maraudes la nuit pour Utopia 56. Elle a fait un signalement très récemment à la police pour des voitures suspectes, garées en double-file près d’un camp avec des Afghans et des Tchadiens le long du canal Saint-Denis. "La plupart des jeunes ont peur de passer la porte d’un commissariat pour porter plainte" raconte la bénévole.

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Comment se protéger ?

Dans ces conditions, comment les jeunes migrants à la rue peuvent-ils se protéger ? 

Tout d’abord, les associations au contact des mineurs martèlent sans cesse que "toute personne qui leur donne quelque chose ne doit rien leur demander en échange". Plusieurs bénévoles interrogés par InfoMigrants ont en effet rapporté des récits accablants d’adolescents à qui des hommes, mais aussi des femmes, ont proposé des douches, des repas chauds, des sacs de couchages en échange de faveurs sexuelles ou de travaux ménagers.

Unanimement, les associations insistent sur le fait que l’hébergement chez un particuliers doit rester encadré par un collectif ou une association. "Il faut qu’ils demandent systématiquement si la personne proposant un hébergement agit au nom d’un collectif ou d’une association", recommande Agathe Nadimi. "Il vaut mieux se référer à une association ou un collectif plutôt qu’à une personne seule", confirme Espérance, "et ne jamais dormir seul chez un inconnu mais plutôt à plusieurs", ajoute-t-elle.

Lorsque les jeunes ne sont pas encore allés se présenter auprès du dispositif d'évaluation des mineurs étrangers (Demie), géré par la Croix-Rouge - le seul établissement habilité à prendre en charge et à reconnaître le statut de mineur de ces jeunes -, ils peuvent se présenter dans les commissariats, où des agents de police leur trouvent parfois une nuit d’hôtel. "Il vaut mieux passer la nuit assis à attendre dans un commissariat ou un hôpital, que d’accepter de suivre une personne qu’on ne connait pas" conseille Espérance.

Se rapprocher des associations

"Les jeunes n’en parlent pas trop, c’est une honte, un sujet tabou", explique Anjela d'Utopia 56. Il y a une semaine encore, l’un des mineurs présent lors d’une distribution de déjeuners et qui dormait à la rue depuis un moment a fini par lâcher le morceau à Agathe Nadimi. "Je sentais qu’il avait des réticences à se faire héberger, explique-t-elle. Il m’a dit qu’un homme rencontré à la porte de la Chapelle, lui avait proposé de dormir au chaud, chez lui, et a essayé d’abuser de lui. C’est pour cela que ce jeune n’osait plus demander de l’aide. Il préférait dormir dehors plutôt que de revivre ça".

C’est l’une des raisons pour laquelle, Delphine Dufriche de Paris d’Exil conseille "d’avoir plusieurs interlocuteurs, ce qui est le cas dans les collectifs. Au cas où les jeunes rencontrent un problème, ils pourront en parler à un deuxième adulte et ne se sentiront pas piégés".

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La vigilance des associations et des collectifs

De leur côté, les bénévoles des collectifs tentent de s’assurer de la fiabilité du foyer qui héberge les mineurs qu’ils croisent. "J’appelle systématiquement pour savoir qui est hébergeur, si c’est une association que nous connaissons qui a encadré l’hébergement. Et quand ça n’est pas le cas, l’hébergeur inconnu saura ainsi que le jeune n’est pas seul, qu’il y a des gens derrière en cas de problème car c’est aussi l’isolement qui rend ces adolescents très vulnérables", raconte Agathe Nadimi.

Les associations possèdent aussi leurs propres dispositifs de vérification pour s’assurer des bonnes intentions des personnes qui se portent bénévoles dans leur réseau d’hébergement solidaire pour les mineurs. "Grâce à un suivi régulier et de très nombreuses rencontres et visites, jusqu’à maintenant nous n’avons jamais eu de problème. Au moindre soupçon, nous nous séparons de la personne. Et les jeunes que nous hébergeons savent qu’ils peuvent et doivent nous parler de tout", détaille Espérance.

Prendre le temps de rencontrer les nouveaux venus, communiquer via des groupes fermés, ne pas rendre public tous les rendez-vous... Chaque association a mis en place des techniques pour protéger les migrants mineurs de la pédophilie.

Pour rappel, en France et en Europe, les agressions sexuelles sont des crimes graves, punis sévèrement par la loi.

Où trouver de l’aide ?

Police secours : en cas d’urgence, appelez le 17 ou le 112 (numéro européen)

Les Midis du Mie -  les lundis de 12h à 16h, à partir de midis à côté du Demie-Croix Rouge, au 5 rue du Moulin Joly, 75011 Paris - Métro : Couronnes (ligne 2), ou directement au Centre socio-culturel Jules Romains, 17 Rue Jules Romains. Métro : Belleville (ligne 11 et 2).
Les jeudis et vendredis à 12h, et le samedi, dimanche à 12h30 au Jardin de la rue Pali-Kao, 75020 Paris. Métro : Couronnes (ligne 2)

Paris d’Exil est présent à la bibliothèque de Couronnes les jeudis et vendredis de 10h à 12h au 66 rue de Couronnes, 75020 Paris. Métro : Couronnes (ligne 2)

La Timmy peut être joint par les autres associations ou par mail : spminart@yahoo.fr

Utopia 56 peut être joint au 07 84 09 00 89

Centre d’accueil de jour de MSF - du lundi au vendredi (sauf le mercredi), de préférence le matin au 101 bis avenue Jean Lolive, 93500 Pantin. Métro : Église de Pantin / Hoche (ligne 5)

Le Demie 75
(dispositif d'évaluation des mineurs étrangers -Croix-Rouge) est ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h, le mercredi à partir de 11h, au 5 rue du Moulin Joly, 75011 Paris. Métro : Couronnes (ligne 2)

Liste des commissariats de Paris

Liste des hôpitaux de Paris


 

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