Dans le centre d'hébergement Pausa de Bayonne, les matelas sont interdits pour garantir la sécurité en cas d'incendie. Les migrants dorment sur des tapis de sol. Crédit : Rémi Carlier pour InfoMigrants
Dans le centre d'hébergement Pausa de Bayonne, les matelas sont interdits pour garantir la sécurité en cas d'incendie. Les migrants dorment sur des tapis de sol. Crédit : Rémi Carlier pour InfoMigrants

Bayonne, plus grande ville du Pays basque français à 30 km de la frontière espagnole, voit arriver depuis le mois de juin un nombre croissant de migrants originaires d'Afrique subsaharienne. Une association s'est formée pour leur venir en aide, et a ouvert, avec l'aide de la mairie, un centre d'hébergement qui accueille plus d'une centaine de migrants chaque jour.

Pour un début d'hiver, rarement le quai de Lesseps avait été aussi animé. Ce mercredi 28 novembre, les va-et-vient sont incessants sur les bords de l'Adour à l'occasion du déménagement du centre d'hébergement Pausa, à Bayonne. Chaises empilées sur la tête ou à quatre pour porter un frigo, des dizaines de jeunes Guinéens, Camerounais et Maliens et des bénévoles bayonnais se relaient pour transférer tout l'équipement vers le nouveau local, plus grand et conforme aux normes de sécurité, à une cinquantaine de mètres plus loin.

Derrière un grand portail en métal, le nouveau centre, une ancienne caserne désaffectée, a été fournie et rénovée par la mairie. Dans la grande cour ensoleillée, certains jeunes ont déjà sorti un ballon de foot, un autre gratte quelques notes sur sa guitare. Ils sont 130 à investir le bâtiment, géré par les associations Atherbea ("Abri" en langue basque) et Diakité. 

La première, solidement implantée dans le Pays Basque depuis 1954, a un long historique d’assistance et d'hébergement des personnes en difficulté et sans logement, et a fourni sept salariés à temps plein, dont le coordinateur du centre. La seconde, créée à la fin de l'été par un groupe d'étudiants en droit pour venir en aide aux centaines de migrants qui dormaient dans la rue, peut compter sur plus de 320 bénévoles, et a permis l'ouverture du centre d'hébergement, en octobre, avec le soutien de la mairie de Bayonne.

Des jeunes migrants aident les bénévoles des associations Atherbea et Diakité à aménager le nouveau centre d'hébergement Pausa de Bayonne. Crédit : Rémi Carlier pour InfoMigrantsDeux ailes distinctes pour les hommes et les femmes

Le premier centre Pausa, avec ses grandes fenêtres donnant sur les quais de l'Adour, a dû fermer le 28 novembre, notamment à cause de fuites d'eau et des risques d'incendie. Le nouveau est aux normes. "Ici, on a un super système d'alarme incendie, et on a pu créer deux ailes distinctes pour séparer les hommes et les femmes, avec des sanitaires spécialement dédiés", explique Cédric Pédouant, coordinateur d'Atherbea. Sur la centaine de migrants hébergés chaque jour, une quinzaine sont des femmes. "Il y a très peu d'enfants, et quelques femmes enceintes. Pour ces dernières, on est très vigilants. Notre pôle santé avec plusieurs infirmières et médecins bénévoles présents tous les jours, est en grande partie dédié à elles", continue-t-il.

Les personnes hébergées dorment sur des tapis de sol, que certains utilisent aussi pour faire leurs prières, les matelas étant interdits à cause des risques d'incendie. Le centre offre, grâce aux dons et à la Banque alimentaire, trois repas par jour, dès 7h30 le matin, à 12h30 et à 19h. Une permanence pour les conseil et l'assistance et les conseils juridiques est assurée le lundi après-midi et le jeudi. Un local dédié aux vêtements, donnés en abondance par les habitants, permet à ceux qui en ont besoin de récupérer des habits propres à leur arrivée au centre. Les bénévoles déplorent néanmoins le manque de pantalons pour les jeunes de 16 ans, et l'insuffisance de manteaux, de sous-vêtements et de sacs à dos.

Hervé, 17 ans, a quitté le Cameroun il y a 18 mois pour trouver une vie meilleure en Europe après la mort de ses parents. Il aime la petite ville basque, l'accueil chaleureux des habitants, le calme qui y règne après son long voyage. "Je n'ose pas sortir du centre, mon dossier est en cours de traitement à la Cimade, pour prouver que je suis mineur. Je voudrais rester ici, étudier, apprendre à jouer au rugby", lance le jeune homme, qui s'intéressait déjà à ce sport quand il vivait au Cameroun - bien qu'il confesse n'en avoir pas encore bien compris les règles.

Hébergement limité à trois jour

Hervé redoute de devoir partir. Il sait que les migrants restent rarement plus de trois jours à Pausa. Le centre ne peut proposer un hébergement de longue durée. En arrivant à Bayonne depuis la frontière espagnole, les hommes et femmes, souvent adolescents, sont dirigés vers le centre par le bouche à oreille ou par des bénévoles en maraude. Ils peuvent s'y reposer mais doivent ensuite reprendre rapidement la route.

Certains iront vers les grandes villes comme Bordeaux, Paris ou Toulouse, où ils pourront faire une demande d'asile. En l’absence de Plateforme d’accueil pour les demandeurs d’asile (PADA), la seule structure habilitée à enregistrer une demande d'asile, ils ne peuvent déposer un dossier à Bayonne. "On leur offre du confort mais ça reste un lieu de transit. On doit pouvoir accueillir ceux qui arrivent [plusieurs dizaines chaque jour, selon les associations]." Surtout, les migrants accueillis ne peuvent pas rester à Bayonne sans possibilité de régulariser leur situation, "ça serait les conforter dans la clandestinité", déplore Cédric Pédouant.

Chaque nouvel arrivant doit remplir une feuille dans laquelle il indique son nom, son âge, et ses besoins. Il se voit remettre un bracelet, qui l'identifie s'il sort du centre. Les policiers, dont la présence a été renforcée depuis l'été, savent alors qu'ils sont pris en charge par Diakité et l'Atherbea et, jusqu'à maintenant, les arrestations sont rares. "On fait circuler l'information sur les horaires où il vaut mieux ne pas sortir. Il n'y a pas de couvre-feu mais à 19 heures, pour le souper, tout le monde est là et ils ne sortent plus après", confie le coordinateur.

Même si de nombreux migrants semblent souvent perdus et ne savent pas de quoi demain sera fait, la majorité d’entre eux est sûre d’une chose : ils veulent rallier une grande ville, pour faire une demande d’asile ou pour marquer une étape avant de reprendre la route.

A la demande de la mairie, par souci de commodité pour les migrants, les bus qui relient Bayonne à Paris, Bordeaux ou Toulouse s'arrêtent désormais devant le centre Pausa. Des bénévoles de Diakité y aident les migrants à acheter leurs billets en ligne, grâce à des cartes de transport achetées en liquide dans les bureaux de tabac, ou à la carte de crédit de proches restés au pays. A heures fixes le jour ou la nuit, une dizaine de migrants est toujours présent à l'arrêt du bus.

Un sachet déjeuner en main, après quelques accolades, ils "continuent la route", comme l'explique un jeune malien, qui avoue ne pas avoir la moindre idée de ce qui l'attend à son arrivée à Paris.

 

Et aussi