Le nouveau centre d'hébergement Pausa de Bayonne est ouvert sur les quais de l'Adour. Crédit : InfoMigrants
Le nouveau centre d'hébergement Pausa de Bayonne est ouvert sur les quais de l'Adour. Crédit : InfoMigrants

En 2018, près de 16 000 migrants ont été interpellés à la frontière des Pyrénées-Atlantiques, entre la France et l’Espagne, contre 7 500 l’année dernière. Alors que les autorités des deux pays cherchent une solution pour empêcher les entrées illégales, le dense réseau d’associations du Pays basque s’est mobilisé pour venir en aide aux migrants.

À l'arrêt du bus Bayonne-Paris, en fin de matinée ce jeudi 29 novembre, 13 jeunes migrants s'alignent en rang, billets à la main. Sur les bords de l'Adour, des dizaines d'autres Guinéens, Maliens ou Camerounais les observent, curieux. "Tout le monde a un panier repas ?", demande une bénévole de l'association locale Diakité, qui vient en aide aux sans-papiers.

Chaque jour, des dizaines de migrants grimpent dans des bus, qui prennent la direction de la capitale. Et chaque jour, jusque tard dans la soirée, les militants associatifs, comme ceux de Diakité, accompagnent ces voyageurs aux arrêts, leur prodiguent un dernier conseil et leur donnent un peu de nourriture. La station de bus a d’ailleurs été installée - à la demande de la mairie - devant un centre d’hébergement où transitent près de 130 migrants quotidiennement.

Treize migrants originaires de Guine du Mali et du Cameroun embarquent  bord dun bus pour Paris aux abords du centre dhbergment Pausa de Bayonne le 29 novembre 2018 Crdit  InfoMigrantsDepuis le début de l'année, l'arrivée de migrants depuis l'Espagne a considérablement augmenté. En cause, un changement de route migratoire. Les migrants - en grande majorité originaires de Guinée Conakry, du Mali, du Cameroun et de Côte d’Ivoire – ne souhaitent plus emprunter la route libyenne, trop dangereuse. Ils se rabattent sur un passage via le Maroc et l’Espagne.

Selon Christophe Castaner, le ministre français de l'Intérieur, les entrées irrégulières en Espagne "sont en augmentation de 155 %" depuis 2018, avec 48 000 personnes recensées de janvier à octobre.

Réouverture d'un centre de rétention

À Hendaye, ville française frontalière avec l’Espagne, la police aux frontières (PAF) dit avoir arrêté et raccompagné environ 16 000 personnes depuis le début de l'année, contre 7 500 en 2017. Pour tenter de tarir ce flux, Christophe Castaner a récemment rencontré ses homologues marocain et espagnol, renforcé le dispositif d'interception des sans-papiers et promis de désigner un coordinateur pour pouvoir permettre un dialogue plus efficace avec les forces de l'ordre espagnoles. Le centre de rétention d'Hendaye, fermé en 2017, a rouvert et doit pouvoir atteindre 400 places l'année prochaine.

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Les réseaux ferroviaires sont contrôlés mais beaucoup arrivent à passer, grâce à des passeurs, et à atteindre Bayonne. "Ils savent que de là-bas, ils peuvent prendre un car à moindre coût, et direct jusqu'aux grandes villes", explique Amaia Fontan, porte-parole du collectif d'associations Etorkinekin ("avec les migrants" en langue basque), qui regroupe notamment Diakité et ses 325 adhérents. "Une minorité veut rejoindre des proches à Paris, en Belgique ou ailleurs, mais les autres ne savent pas où aller, ils ne connaissent pas la France."

Un jeune migrant se repose prs du bureau daccueil du centre dhbergement Pausa de Bayonne o flotte le drapeau basque Crdit  InfoMigrantsC'est le cas de Mamadou Sadia, Guinéen de 16 ans, en France depuis 24 heures. "Je voudrais faire des études ici, dans mon pays c'est impossible pour un orphelin comme moi. Mais je ne peux pas rester à Bayonne, et maintenant que je suis là, je ne sais plus où aller", souffle-t-il, le regard dans le vide. En l’absence de Plateforme d’accueil pour les demandeurs d’asile (PADA), la seule structure habilitée à enregistrer une demande d'asile, ils ne peuvent déposer un dossier à Bayonne et donc espérer une régularisation.

"L'initiative du maire ne plaît pas du tout au préfet"

De l'avis de l'ensemble des associations, le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray, qui n'a pas donné suite aux sollicitations d'InfoMigrants, s'est personnellement impliqué dans l’accueil des migrants. Fin octobre, il a fourni les locaux pour le centre d'hébergement, et ainsi offert un toit aux migrants qui, jusque-là, dormaient dehors. "Sans la volonté du maire, on n'en serait pas là", confie Maite Etcheverry, présidente de l'association Diakité. "Mais son initiative ne plaît pas du tout au préfet...".

Des jeunes migrants aident les bénévoles des associations Atherbea et Diakité à aménager le nouveau centre d'hébergement Pausa de Bayonne. Crédit : InfoMigrantsLa préfecture des Pyrénées-Atlantiques n'a pas, elle non plus, voulu donner suite aux demandes d'interviews d’InfoMigrants. Pour l’heure, les interpellations sont très rares dans la ville, et les policiers, dont les effectifs ont été renforcés dans la région depuis cet été, sont peu visibles. "Le préfet ne fait rien à Bayonne car il y a un mouvement de solidarité très fort envers les migrants dans la ville. Par contre, il y a quand même des actions policières menées contre les migrants", affirme Annick Sabarots, présidente du groupe bayonnais d'Etorkinekin.

"La frontière ne signifie pas grand-chose pour nous"

Dimanche 11 novembre, deux jeunes Ivoiriens, hébergés depuis plusieurs mois dans le village d’Hasparren, à 20 km de Bayonne, ont été placés en garde à vue. Une cinquantaine d'habitants se sont mobilisés devant la gendarmerie pour les faire sortir. Les deux jeunes, en situation irrégulière, ont depuis quitté le territoire, mais l'affaire a fait beaucoup de bruit dans la région, accentuant la mobilisation civile. Une centaine de migrants, dont 48 mineurs, sont hébergés par des habitants du Pays basque français, "et cette solidarité augmente", ajoute Annick Sabarots, elle-même hôte d'un mineur guinéen depuis sept mois.

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Selon la présidente de l’association Diakité, les dons dépassent les besoins. "La solidarité est énorme, on reçoit tellement de vêtements qu'on doit en refuser. Beaucoup de personnes viennent nous aider spontanément, sans adhérer à une association", détaille Maite Etcheverry. "Il faut dire que notre territoire a l'habitude de se mobiliser. Au Pays basque, on a l'habitude de se débrouiller, de pallier aux défaillances de l’État. La migration a toujours été une réalité chez nous [à l’époque du franquisme, des milliers d’Espagnols ont franchi la frontière pour se réfugier en France, ndlr]. La frontière ne signifie pas grand-chose pour nous. Tout le monde a de la famille des deux côtés !"

 

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