Selon l'Institut allemand des droits de l'Homme, les travailleurs étrangers en Allemagne sont victimes d'une "grave exploitation" dans leur travail. Crédit : picture-alliance/dpa/S. Hoppe
Selon l'Institut allemand des droits de l'Homme, les travailleurs étrangers en Allemagne sont victimes d'une "grave exploitation" dans leur travail. Crédit : picture-alliance/dpa/S. Hoppe

Sous-payés, employés sans contrat de travail, non rémunérés pour leurs heures effectuées : les travailleurs étrangers sont victimes d’une "grave exploitation" dans leur travail, selon l'Institut allemand des droits de l'Homme.

Dans son rapport annuel rendu public mercredi 5 décembre, l’Institut allemand des droits de l’Homme révèle qu’en Allemagne, les étrangers en situation régulière sont "exploités" par leurs employeurs.

Ces derniers n’hésitent pas à verser aux étrangers - parmi lesquels des Syriens et Irakiens accueillis en 2015, mais aussi des Roumains, Bulgares ou des Latino-américains – des salaires bien inférieurs au salaire minimum, qui est actuellement de 8,84 euros brut de l’heure.

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Certains travailleurs étrangers sont également contraints de faire des heures supplémentaires non rémunérées ou sont hébergés par leurs employeurs dans des logements indignes, selon l’Institut, qui a mené des entretiens avec plusieurs dizaines de travailleurs étrangers.

Selon les auteurs du rapport, ces situations sont fréquentes dans les secteurs du bâtiment, des "entreprises de transformation de la viande", mais aussi dans le domaine sanitaire, le nettoyage ou la restauration.  

"Ces personnes n’ont pratiquement aucune possibilité de faire valoir leurs revendications salariales devant les tribunaux"

Le rapport pointe aussi l’absence fréquente de contrats de travail ou de fiches de paie, ce qui rend difficile pour les travailleurs immigrés d’intenter ensuite d’éventuelles actions en justice. Leurs employeurs ne paient pas non plus de cotisations sociales.

"En fait, ces personnes n’ont pratiquement aucune possibilité de faire valoir leurs revendications salariales devant les tribunaux", a déploré la directrice de l’Institut, Beate Rudolf, lors de la présentation du rapport mercredi 5 décembre devant le Parlement allemand.

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Le manque de connaissances linguistiques et juridiques, la dépendance à l’égard de l’employeur ou la difficulté d’accès à des avocats "entraînent une infériorité structurelle des personnes concernées par rapport à leur employeur", met en garde l’Institut. Pour remédier à cette situation, il préconise notamment la possibilité de mener des actions en groupe.

En 2015, au plus fort de la crise migratoire, l’Allemagne a accueilli environ 1 million de migrants, en provenance le plus souvent d’Irak et de Syrie. Cette décision de la chancelière allemande, Angela Merkel, a depuis été critiquée, dans un contexte de poussée de l’extrême droite, jusque dans son propre camp mais a été soutenue par le patronat.

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Berlin a depuis adopté des lois sur l’asile plus restrictives qui contribuent à faire diminuer drastiquement le nombre de nouvelles demandes d’asile. De janvier à fin octobre 2018, l’Allemagne a enregistré 158 000 demandes d’asile, très loin du pic d'un million en 2015.

La coalition au pouvoir envisage de promulguer une loi destinée à attirer les travailleurs étrangers qualifiés pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs.

 

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