Une centaine de militants était présent devant le tribunal pour soutenir les accusés. Crédit : la Cimade
Une centaine de militants était présent devant le tribunal pour soutenir les accusés. Crédit : la Cimade

La justice a estimé que les sept militants de Briançon avaient facilité l'entrée en France de plusieurs migrants lors d'une manifestation au printemps dernier. Ils ont été condamnés à des peines allant jusqu'à quatre mois de prison ferme. Plusieurs associations, dont la Cimade, s'insurge d'un tel jugement et dénonce "la répression des personnes solidaires".

C’est un verdict contesté par les associations d’aide aux migrants. Le tribunal correctionnel de Gap, dans les Hautes-Alpes, a déclaré coupables jeudi 13 décembre sept militants de Briançon d’aide à l’entrée sur le territoire de personnes en situation irrégulière.

Le parquet leur reprochait d’avoir facilité, le 22 avril, l’entrée en France d’une vingtaine de migrants qui s'étaient mêlés à des manifestants qui forçaient un barrage dressé par les forces de l’ordre à la frontière franco-italienne. Partie de Clavière, la dernière ville italienne avant la France, la manifestation s’était achevée à Briançon.

Deux Français déjà condamnés par le passé et également poursuivis dans ce dossier pour rébellion, ont écopé de la peine la plus lourde, à savoir douze mois de prison dont quatre ferme. Les cinq autres, deux Français, une Italienne, un Suisse et une Belgo-Suisse aux casiers judiciaires vierges ont eux été condamnés à six mois de prison avec sursis. Tous ont indiqué qu’ils feraient appel de ce jugement.

Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur de Gap Raphaël Balland, qui lors du procès le 8 novembre avait toutefois abandonné la circonstance aggravante de "bande organisée".

"Je suis un peu abasourdi face à une décision d’une telle sévérité"

"C’est aussi un message clair à tous les gens qui leur sont solidaires dans la vallée de Briançon", a déclaré Mathieu Burellier, 35 ans, condamné à quatre mois de prison ferme. "Le tribunal avait deux choix possibles : le camp de la solidarité, ou la mort. Il a choisi la mort pour les exilés."

Les associations et les avocats de la défense se disent sidérés par cette décision. "C'est une décision gravissime", a estimé Michel Rousseau, porte-parole de l'association Tous Migrants. 

"Je suis un peu abasourdi face à une décision d’une telle sévérité, pour des faits qui sont pour le moins discutables", a déclaré de son côté, Christophe Deltombe, le président de la Cimade, une association d’aide aux migrants. "J’étais convaincu de la relaxe. Je ne voyais pas où étaient les éléments matériels et intentionnels de l’infraction pénale. On est en plein dans un délit de solidarité : par solidarité avec d’autres, ils sont condamnés", a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, plusieurs associations dont la Cimade ont dénoncé "un tournant dangereux dans la répression des personnes solidaires". 

Une centaine de militants s’étaient rassemblés jeudi après-midi sous les fenêtres du palais de justice pour soutenir ceux que l’on surnomme désormais les "sept de Briançon".

"On est tous déclarés coupable ! Nous saluons l’indépendance de la justice", a ironisé à la sortie du tribunal Lisa Malapert, 22 ans, condamnée à six mois de prison avec sursis. 

Au moment du procès, les accusés avaient contesté avoir sciemment aidé ces migrants à passer la frontière au cours de la manifestation. À la barre, ils avaient décrit une "manifestation spontanée" et souligné que leur intention était de réagir à une démonstration d’hostilité aux migrants menée la veille, par le groupuscule Génération Identitaire.

 

Et aussi