À Calais, environ 500 migrants vivent dans des conditions précaires. Crédit : Mehdi Chebil
À Calais, environ 500 migrants vivent dans des conditions précaires. Crédit : Mehdi Chebil

Après la publication d'un rapport au vitriol du Défenseur des droits sur les conditions de vie des migrants à Calais, InfoMigrants a comparé la situation de 2015, à l'époque de la "jungle", à celle de 2018 où les migrants sont réduits à "l’invisibilité".

Trois ans après un premier rapport sur les conditions de vie des migrants à Calais, le Défenseur des droits a dressé mercredi 19 décembre un nouveau bilan très critique de la situation des migrants dans le nord de la France. Jacques Toubon estime que malgré quelques améliorations constatées depuis la période de la "jungle", "la situation s’est en réalité nettement dégradée".

"En lieu et place d'une véritable politique d'accueil, les pouvoirs publics ont préféré mettre en œuvre une politique essentiellement fondée sur la ‘police des étrangers’, reflétant une forme de ‘criminalisation des migrations’", déplore le Défenseur des droits.

InfoMigrants a comparé la situation de 2015 et celle de 2018.

1. L’invisibilité des campements

Malgré la disparition de la "jungle" de Calais, environ 500 migrants vivent toujours dans plusieurs endroits de Calais. Ils sont devenus "invisibles" car ils sont quotidiennement confrontés au démantèlement de leur camp de fortune par la police qui a ordre de ne pas laisser s’installer des "points de fixation".

"La police vient les déloger le matin toutes les 48 heures", précise à InfoMigrants François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants. Les associations ont d’ailleurs dénoncé à plusieurs reprises la confiscation par les forces de l’ordre des effets personnels des migrants lors de ces évacuations.

Selon le Défenseur des droits, la multiplication de ces opérations d’évacuation se font "parfois dans un cadre juridique flou". Jacques Toubon déplore des "stratégies de dissuasion et d’invisibilation (…) menées par les pouvoirs publics".

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En 2015, la "jungle" de Calais, dont les conditions de vie étaient dramatiques, bénéficiait d’une certaine bienveillance des forces de l’ordre. Les migrants n’y subissant pas d’assaut réguliers de la police. Le gigantesque bidonville où vivaient environ 4 000 personnes avait des airs de petite ville avec la présence de restaurants, d’épiceries, d’églises et de mosquées… Les migrants dormaient dans des tentes plus "correctes" que celles d’aujourd’hui, précise François Guennoc. "Ils vivaient sinon dans des cabanes en dur". "Même si la situation n’était pas idéale, elle permettait d’avoir une vie sociale", continue le vice-président de l’Auberge des migrants. "Aujourd'hui, ils vivent comme des bêtes sauvages".

2. Le difficile accès aux soins

"De telles conditions de vie conduisent à une détérioration sans précédent de la santé des exilés", écrit Jacques Toubon dans son nouveau rapport, ajoutant avoir constaté "un développement inquiétant des troubles psychiques".

Le constat est partagé par François Guennoc. "L’aspect psychologique et sanitaire est bien plus mauvais qu’avant", dit-il. Les cas de gale et d’infections pulmonaires ont considérablement augmenté ces dernières années.

Le phénomène peut être lié, selon lui, à l’absence de pompiers ou d’ambulanciers à proximité des campements. "Ils n’interviennent plus dans les camps car ils ont peur pour leur sécurité." Depuis le démantèlement de la "jungle", les campements se constituent dans les forêts alentours, dans des recoins "invisibles" et donc peu sécurisés.

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"À l’époque de la ‘jungle’, ils venaient récupérer les blessés ou les malades à l’entrée du bidonville", signale François Guennoc. Résultat : aujourd’hui, ce sont les humanitaires qui emmènent les migrants dans le besoin à l’hôpital.

Le vice-président de l’Auberge regrette également le manque de suivi pour les personnes atteintes de tuberculose et les dépressifs. De plus, l’absence d’interprètes à l’hôpital et à la PASS de Calais complique les consultations et les diagnostics.

3. Des points d’eau en périphérie de la ville

Depuis le mois de mars 2018, l’État a mis en place des distributions de nourriture, gérées par l’association La Vie active. Selon François Guennoc, les 2/3 des besoins alimentaires sont assurés par ces distributions, le reste est pris en charge par les associations.

Problème : "Certains migrants ne veulent pas aller aux repas donnés par l’État car c’est trop loin de leur lieu de vie" explique le vice-président de l’Auberge des migrants. "Certains ne viennent pas non plus pour protester contre les violences policières".

Depuis l’année dernière, la préfecture du Pas-de-Calais a installé des points d’eau, des latrines et des douches, suite à une action en justice menée par différentes associations. Mais s’y rendre reste complexe : en effet, les migrants ne peuvent pas s’y rendre à pied. Les latrines et douches se trouvent à la périphérie de Calais Des systèmes de navettes ont été mis en place mais ils ne fonctionnent pas le week-end.

Malgré les difficultés, les migrants de la "jungle" avaient accès à des points d’eau partout dans le campement, sans la nécessité de se déplacer à plusieurs kilomètres.

4. L’accès au droit d’asile : disparition de la Pada de Calais

Pour déposer une demande d’asile, les migrants doivent désormais se rendre à la Pada de Lille ou d’Arras, à plus de 100 km de Calais.

Les autorités ont fermé la Pada de Calais lors du démantèlement de la "jungle".

5. Les refus de l’hébergement d’urgence

Des maraudes orientent les migrants vers des centres d’accueil mais ils fonctionnent comme des "centres de tri" selon le Défenseur des droits. "Arrivés dans ces lieux, ils sont triés selon leur statut administratif [les "dublinés", les déboutés…] donc la plupart ne veut pas y aller", constate François Guennoc.

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Lieux et horaires des distributions de nourriture gérées par les associations : 

>> Rue des Verrotières de 16h30 à 19h.

>> Place de Norvège de 17h30 à 18h30.

>> Quartier Beau-Marais (sous le hall) de 19h30 à 20h30.

>> Rue Jacques Monot (parking BMX) de 17h30 à 18h30.

>> Boulevard des Justes (près de l’hôpital) de 19h30 à 20h30.

Lieux et horaires des distributions de repas gérées par l'État :

>> Rue des Huttes : le matin de 9h à 10h, puis le soir de 15h à 16h30 

 

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