Les sauveteurs espagnols arrivent à Malaga après avoir porté secours à une embarcation de migrants. Crédit : Reuters
Les sauveteurs espagnols arrivent à Malaga après avoir porté secours à une embarcation de migrants. Crédit : Reuters

Malgré les mauvaises conditions météorologiques, les traversées de migrants entre l’Espagne et le Maroc continuent à un rythme soutenu. Les sauveteurs espagnols disent n'avoir "jamais connu un automne comme ça".

"Je n’avais jamais connu un automne comme ça : il continue d’arriver des embarcations avec des femmes enceintes, des enfants". Sur les hauteurs de Tarifa, dans le sud de l’Espagne, d’anciens marins expérimentés se relaient 24h/24 et 7j/7 derrière des écrans radars du centre de coordination des opérations de recherches et de sauvetages, surveillant les mouvements dans le détroit de Gibraltar où transitent 100 000 navires par an.

Malgré les mauvaises conditions météorologiques, les migrants continuent de prendre la mer depuis le Maroc en espérant atteindre les côtes espagnoles, qui ne se trouvent qu’à 14km du rivage marocain. "Mais avec une mer changeante, des courants forts, des brouillards qui peuvent surprendre, c’est une traversée dangereuse", explique à l’AFP Adolfo Serrano, le chef du centre.

Les petites embarcations de fortune utilisées par les migrants sont le plus souvent indétectables par les radars et difficiles à localiser quand les passagers eux-mêmes ne donnent pas l’alerte par téléphone.

Adolfo Serrano, le chef du sauvetage maritime de Tarifa dans la salle d'opération du centre de secours. Crédit : InfoMigrantsLes sauveteurs décrivent désormais deux types de migrants : des Africains d’origine subsaharienne chantant, heureux, à l’arrivée des secours qu’ils ont parfois eux-mêmes alertés, et des Marocains tentant coûte que coûte d’atteindre la côte sans être détectés pour éviter d’être renvoyés chez eux.

"Même les hommes pleuraient"

"Notre bateau a tangué, tellement on était en joie", raconte à l’AFP Abou, un Ivoirien de 18 ans secouru par les Espagnols. "Soixante-dix personnes dont quatre enfants et huit femmes" se serraient à bord de l’embarcation de fortune partie de Tanger. "Guinéens, Maliens, Ivoiriens… on s‘était perdu sur l’eau pendant deux jours", continue le jeune homme. Le bateau était percé et "même les hommes pleuraient".

Il n’est pas inhabituel que les sauveteurs espagnols secourent des centaines de personnes en une seule journée. Début décembre, plus de 500 personnes ont été sauvées par les secours espagnols en seulement deux jours.

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Bien qu’habitués, les sauveteurs se disent "psychologiquement très affectés" par la multiplication des alertes et l’impact des drames. "Il ne m’était jamais arrivé de voir une embarcation seulement emplie de 45 mineurs, de 14/15 ans. Même celui qui manœuvrait, dont on suppose qu’il travaille pour une mafia de passeurs, était mineur", raconte José Antonio Parro, mécanicien du service maritime de la Garde civile depuis 25 ans.

Les sauveteurs espagnols portent secours à des migrants, au large de l'Espagne. Crédit : Salvamento maritimoLa première photo d’un corps de migrant échoué sur une plage d’Andalousie a été publiée il y a 30 ans. "Mais on ne s’y fera jamais", assure Francisco Salvatierra, fossoyeur au cimetière de Tarifa, où les tombes s’alignent, d’une fosse commune creusée en 1988 jusqu’aux emplacements réservés aux "cadavres non identifiés" de 2018.

"Parfois on rencontre des migrants qui portent leur nom tatoué sur le bras en cas de décès : on assiste à une sorte de normalisation de la mort et c’est inacceptable", déplore José Villajos, président d’une association d’accueil des migrants fondée dès 1991 à Algésiras.

Du 1er janvier au 9 décembre, 687 personnes sont mortes en tentant de gagner l’Espagne par la mer, soit plus de trois plus qu’à la même période l’an dernier, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

 

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