Les migrants enfermés dans des centres de détention en Libye disent manquer de nourriture et d'eau. De nombreuses personnes sont également malades de la tuberculose. Crédit : Reuters
Les migrants enfermés dans des centres de détention en Libye disent manquer de nourriture et d'eau. De nombreuses personnes sont également malades de la tuberculose. Crédit : Reuters

Un rapport publié par la Mission d’appui des Nations Unies en Libye et le Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme détaille les sévices dont les migrants sont victimes en Libye. Le texte appelle aussi l’Union européenne (UE) à accentuer les sauvetages en Méditerranée et à faciliter le travail des navires humanitaires.

C’est un tableau effrayant de la Libye que dresse le rapport de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et du Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), publié le 18 décembre.

Réalisé sur la base de quelque 1 300 témoignages de migrants recueillis entre janvier 2017 et août 2018 en Libye - notamment lors des visites de 11 onze centres de détention – mais aussi au Nigeria et en Italie, le document d’une soixantaine de pages dépeint une situation où les migrants sont victimes des représentants de l'État libyen, des groupes armés, des passeurs et des trafiquants.

Homicides, tortures, détentions arbitraires, viols collectifs, esclavage, travaux forcés, extorsions, la liste des "inimaginables horreurs"  subies par les migrants en Libye est sans fin.

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Dans un pays sans État et où les membres de groupes armés ont infiltré des instances étatiques, les migrants sont "à la merci d'innombrables prédateurs qui les considèrent comme des marchandises à exploiter et à extorquer", affirme le rapport.

Le texte dénonce les conditions de détention indignes des migrants dans les centres gérés par les autorités libyennes. "Au cours de ses visites dans les centres de détention de la DCIM [département libyen de lutte contre la migration illégale NDLR] en 2017-2018, le personnel de la MANUL a constamment constaté une surpopulation, une ventilation et un éclairage insuffisants, un accès insuffisant aux installations de lavage et aux latrines, un confinement constant, un déni de contact avec le monde extérieur et la malnutrition", assure le rapport.

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"La très grande majorité des femmes et des adolescentes plus âgées interrogées par la MANUL ont déclaré avoir été violées par des passeurs ou des trafiquants ou avoir été témoins du fait que d'autres personnes avaient été emmenées hors des lieux d'hébergement collectif pour y être maltraitées", précise par ailleurs le texte.

"L'UE et ses États membres doivent reconsidérer le coût humain de leurs politiques"

Face à ces sévices, la MANUL et le HCDH dénoncent les politiques qui ont pour conséquences de priver les migrants de moyens de quitter le pays. Les autorités libyennes sont visées en premier chef.

"La loi libyenne criminalise l'entrée illégale dans le pays, le séjour dans le pays ou la sortie du pays, avec une peine d'emprisonnement dans l'attente de l'expulsion, sans aucune considération des circonstances individuelles ou des besoins de protection […] La Libye n'a pas de système d'asile, n'a pas ratifié la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et ne reconnaît pas officiellement le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) […]", peut-on lire dans le rapport.

L’Union européenne n’est pas non plus épargnée. En empêchant les ONG humanitaires de secourir des embarcations en mer et en déléguant cette tâche exclusivement aux garde-côtes libyens – qui ont pour consigne de ramener les migrants en Libye – les États membres de l’UE violent le principe de non refoulement, interdit par le droit international, soulignent la MANUL et le HCDH.

"L'Union européenne et ses États membres doivent également reconsidérer le coût humain de leurs politiques et efforts pour endiguer les migrations en Europe et veiller à ce que leur coopération et leur assistance aux autorités libyennes reposent sur les droits de l'homme […] et n'entraînent pas, directement ou indirectement, hommes, femmes et enfants, pris au piège dans des situations de violence avec peu d'espoir de protection et de recours", indique le rapport.

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À l’heure où l’Aquarius a renoncé à poursuivre ses activités et où les ports européens se montrent toujours fermés aux navires de sauvetage, l'Union européenne et ses États membres sont appelés à intensifier leurs opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée et à faciliter les opérations de sauvetage des navires de sauvetage conduits par des organisations humanitaires.

Mercredi, le Sea-Watch 3 attendait toujours au large de Malte qu’un port européen le laisse débarquer les 33 migrants qui se trouvent à son bord.

La MANUL et le HCDH appellent également les autorités libyennes à libérer les migrants détenus arbitrairement et à entamer une lutte efficace contre le trafic d’êtres humains. Au total, le rapport liste près d’une quarantaine de recommandations adressées à la Libye, à l’Union européenne, aux agences onusiennes et autres acteurs internationaux, ainsi qu’aux pays d’origine des migrants.


 

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