Carte bancaire de Ben, délivrée par le HCR en grèce, en octobre 2017. Crédit : InfoMigrants
Carte bancaire de Ben, délivrée par le HCR en grèce, en octobre 2017. Crédit : InfoMigrants

Beaucoup de rumeurs et fausses informations circulent autour d’une carte bleue distribuée aux migrants en Grèce. Cette carte existe bien mais elle est délivrée sous conditions strictes par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et ne peut être utilisée que sur le sol grec. Ben, un demandeur d'asile congolais, en a reçu une au mois d'octobre 2017. Explications.

"J’ai reçu ma carte bleue en octobre, je touche 90 euros par mois, je suis soulagé d’avoir cet argent, c’est mieux que rien". Originaire de la République démocratique du Congo, Ben* est demandeur d’asile en Grèce. Arrivé dans le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, au mois de septembre, il fait partie des 55 000 personnes détentrices d’une "carte bleue" délivrée par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Grèce.

Cette carte bleue, à l'origine de nombreuses fausses informations, n’est pas une carte de crédit mais une carte de débit, pré-créditée et utilisable uniquement en Grèce. Les bénéficiaires doivent être majeurs, arrivés en Grèce après le 1er janvier 2015 et ne pas toucher d’autres revenus.

Elle est uniquement financée par l’Union européenne et gérée par le HCR dans le cadre du programme "Greece Cash Alliance", ou GCA. Les montants de l'allocation varient en fonction de la situation du demandeur d’asile : de 90 euros à 550 euros pour des familles nombreuses (de 7 membres).

"Je peux m'acheter du savon et du dentifrice"

Ben est seul à Moria, il touche le minimum d’aide et vit dans un container avec d'autres personnes. "Avec cette carte bleue, je peux m’acheter du savon et du dentifrice. Je mets environ 40 euros pour de la nourriture. Je paye aussi internet parce qu’on a pas de connexion wifi dans notre abri. C'est environ 10 euros. Et le reste je le dépense pour les transports. C’est cher les transports, presque 20 euros par mois", détaille-t-il. "Ce n'est pas beaucoup, mais je remercie la Grèce et l'UNHCR de m'en faire bénéficier". 

La première fois qu'il a reçu sa carte bleue, Ben a utilisé la quasi intégralité de l'allocation pour payer un avocat. "Je voulais que quelqu'un puisse m'assister tout au long de ma procédure d'asile ici". 

Carte inutilisable hors de Grèce

Contrairement aux rumeurs véhiculées par l’extrême-droite, cet argent ne sert pas à "financer les voyages" des migrants à travers l’Europe. La carte bleue est inutilisable en dehors de Grèce, insiste le HCR.

L’allocation n’est pas cumulable avec celle du mois suivant. "Chaque mois, mon solde retombe à 0 même si je n’ai pas tout dépensé", déclare Ben. "Pour avoir droit à cet argent, il faut aussi s’enregistrer régulièrement. Si on rate l’enregistrement, on n’a droit à rien".

Selon le HCR, cette carte revêt surtout une fonction sociale importante. Non seulement cette allocation "rétablit la dignité" des demandeurs mais elle les responsabilise : "Les bénéficiaires peuvent choisir comment couvrir leurs besoins de base", peut-on lire sur le communiqué du HCR qui vante également les avantages pour l'économie locale.

En septembre 2018, un peu plus de 26 000 cartes de débit ont été ainsi distribués en Grèce à des demandeurs d’asile ou des réfugiés. Le coût est d’environ 5,4 millions d’euros. 81 % des bénéficiaires sont Syriens, Irakiens, Afghans et Iraniens.

*Le prénom a été modifié


 

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