Des gendarmes français patrouillent sur la plage de Wissant, dans le Pas-de-Calais, le 11 janvier 2019. Crédit : Reuters / Pascal Rossignol
Des gendarmes français patrouillent sur la plage de Wissant, dans le Pas-de-Calais, le 11 janvier 2019. Crédit : Reuters / Pascal Rossignol

Deux Afghans et un Britannique ont été condamnés lundi à Boulogne-sur-Mer à de la prison ferme pour avoir organisé des traversées de migrants vers l'Angleterre. Dans le même temps, un autre passeur, bulgare cette fois, a aussi écopé d’une peine similaire à Cherbourg après avoir été arrêté au volant d'une camionnette cachant des migrants.

Quatre passeurs ont été condamnés, dans deux affaires distinctes, à des peines de prison ferme, lundi 21 janvier, dans le nord de la France. Les trois premiers, deux Afghans et un Britannique, faisaient face au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, pour avoir organisé des traversées de migrants vers l'Angleterre à bord d'embarcations de fortune.

Les trois hommes ont été appréhendés après le sauvetage, dans la nuit du 21 au 22 novembre dernier, de 11 personnes en état d'hypothermie à bord d'un bateau pneumatique, sans moteur et à la dérive dans la Manche. Les migrants ont raconté aux autorités avoir été placés dans le petit bateau pneumatique puis tractés par une autre embarcation. Au bout d'une demi-heure, les personnes présentes dans le premier bateau ont "coupé la corde", les abandonnant en pleine mer avec quatre rames et sept gilets de sauvetage.

Trois ans de prison pour le cerveau des opérations

Grâce, entre autre, à des écoutes téléphoniques, l'enquête a permis d'identifier Jahid J. et Najeebullah R., Afghans de 30 et 26 ans, et Mustafa E., Britannique né à Kaboul en 1987. Malgré leurs versions divergentes, le parquet a retenu la circonstance aggravante de "bande organisée".

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"Ce sont des faits particulièrement graves car la traversée par la mer est extrêmement dangereuse. Après 23 tentatives en 2016 et 12 en 2017, on assiste à une explosion des tentatives en 2018, avec 71 passages ou tentatives de passages, soit 504 migrants", a rappelé la procureure Camille Gourlin.

Depuis le début de l'année 2019, la tendance se confirme avec déjà 20 traversées de 90 migrants vers la Grande-Bretagne. Sept d'entre elles ont réussi.

Le tribunal a finalement prononcé une peine de trois ans de prison ferme à l'encontre de Najeebullah R., considéré comme la tête du réseau. Jahid J. a été condamné à deux ans et demi et Mustafa E. à deux ans de prison ferme. Tous trois sont également interdits de territoire français pendant 10 ans.

Dix migrants entassés dans le camion d’un passeur bulgare

Une seconde affaire a vu une issue similaire, également lundi 21 janvier. Il s’agit d’un passeur bulgare de 30 ans, condamné et écroué en correctionnelle à Cherbourg, dans la Manche, à deux ans de prison ferme. Il avait été arrêté le 16 janvier au volant d'une camionnette cachant dix migrants.

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Les dix ressortissants vietnamiens étaient entassés au fond du fourgon dans une cachette de 2 mètres de long, 60 cm de large et 2,35 m de haut et équipée d'une table pour que les migrants puissent s'y loger au dessus et en dessous.

"Quelle honte que des individus puissent profiter de la vulnérabilité des migrants et se livrer à la traite d'être humains. Quelle honte", s'est exclamée la magistrate du parquet avant de requérir deux ans ferme et d'être suivie par le tribunal.

“500 euros c’est un mois de salaire. Je n'allais pas cracher dessus"

"J'ai participé à un acte révoltant sans le savoir", a soufflé de son côté à la barre le prévenu, qui avait une condamnation pour vol aggravé à son casier. "

Carrossier de profession, le passeur qui emploie deux personnes en Bulgarie a expliqué qu’une grosse somme d’argent lui avait été proposée dans son pays par un chauffeur de taxi pour convoyer ce camion de Manchester à Vernon en Normandie, où il devait subir "des réparations", avant de repartir vers l'Angleterre. “J'avais besoin d'argent pour payer des dettes. 500 euros, cela représente un bon mois de salaire. Je n'allais pas cracher dessus", a-t-il dit.

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La police aux frontière a expliqué avoir dû écarter une fausse cloison en bois montée grossièrement dans le camion pour découvrir les migrants entassés. Les policiers ont d'abord aperçu un pied et une bouteille d'eau, avant de découvrir les dix migrants, adultes, avec deux bouteilles d'eau. La cloison était percée pour leur permettre de respirer.

 

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