Mónica Frechaut, responsable de la communication du Conseil portugais pour les réfugiés, devant le nouveau centre d’accueil inauguré en décembre 2018. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants.
Mónica Frechaut, responsable de la communication du Conseil portugais pour les réfugiés, devant le nouveau centre d’accueil inauguré en décembre 2018. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants.

Face à sa démographie en déclin, et fort d'une volonté de se positionner comme un pays “humaniste”, le Portugal ne rechigne pas à attirer de nouveaux arrivants sur son territoire. En 2018, le gouvernement portugais s’est engagé à recevoir 1 010 réfugiés dans le cadre d’un programme européen de réinstallation. Après de premières expériences d’accueil marquées par des "échecs" - de nombreux départs vers d'autres pays européens - le Conseil Portugais pour les Réfugiés (CPR) s’est équipé d’un nouveau centre d’accueil, le CAR II, destiné à améliorer leur arrivée au Portugal. Situé à Loures, en banlieue de Lisbonne, il recevra un premier groupe de réfugiés d’ici à la fin du mois de janvier. InfoMigrants s’y est rendu.

À une vingtaine de minutes en voiture de Lisbonne, dans la ville de Loures, le CAR II, nouveau centre d’accueil du Conseil Portugais pour les Réfugiés (CPR), est prêt. Il vient s’ajouter à celui de Bobadela, situé non loin de là.

Dans le bâtiment, inauguré en décembre 2018, une équipe a commencé à travailler. "Nous attendons un premier groupe d’ici à la fin du mois de janvier", explique Mónica Frechaut, responsable de la communication du CPR, une ONG partenaire de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Portugal. 

Des canapés, une télévision et des bibliothèques ont été installés dans une grande pièce lumineuse qui fera office d’espace de convivialité. Un peu plus loin, une cuisine disposant d’une dizaine de plaques de cuisson permettra à chacun de préparer ses propres repas. Quant aux chambres, dont certaines seront réservées aux familles et d’autres partagées entre plusieurs résidents, elles sont déjà équipées de leurs literies. Le centre pourra au total héberger 90 personnes, ce qui en fait le plus grand du pays, pour l’heure.

Tout y sera centralisé pour favoriser l’arrivée des nouveaux venus. Les résidents auront ainsi la possibilité de prendre rendez-vous avec des assistances sociales présentes sur les lieux, d’accéder à un cabinet médical au sein des locaux, de bénéficier de cours de portugais ou encore d’être accompagnés dans leurs démarches administratives.

Le CAR II, nouveau centre d’accueil du CPR, est prêt à recevoir des réfugiés. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants.Des entretiens menés par le Portugal en Égypte

Le Conseil Portugais pour les Réfugiés disposait déjà depuis 2006 d’un centre situé à Bobadela, également en banlieue de Lisbonne. Ce dernier est réservé aux demandeurs d’asile "spontanés", c’est-à-dire aux personnes arrivées par leurs propres moyens au Portugal. Le CAR II sera lui destiné aux bénéficiaires de programmes européens, auxquels le Portugal participe activement.

>> Lire aussi sur InfoMigrants : Le centre de Bobadela, première étape des demandeurs d’asile au Portugal 

En juin 2018, le gouvernement portugais a annoncé sa volonté de recevoir 1010 réfugiés grâce à un programme volontaire de réinstallation en Europe proposé en 2017 par la Commission européenne. Il consiste à aller chercher les réfugiés directement dans des pays en dehors de l’Europe avant qu’ils entreprennent la traversée mortelle de la mer Méditerranée. Pour ce faire, dès la mi-juillet, une équipe du Service des étrangers et des frontières (SEF) s’est rendue en Égypte pour mener des entretiens avec les premiers demandeurs d’asile. 

Le 19 décembre, 33 réfugiés sud-soudanais et syriens sont arrivés. Avec l’aide du SEF et du Haut-commissariat pour les migrations au Portugal (ACM), ils ont été répartis dans quatre villes portugaises différentes. Un mois plus tard, le 15 janvier, 23 autres personnes bénéficiant du même programme, également originaires du Soudan du Sud et de Syrie, ont été prises en charge par la Croix-Rouge portugaise.

Après de nombreux départs, "un changement de stratégie"

Au CAR II, un groupe de 40 personnes venues également d’Égypte devrait arriver ce mois-ci. Et grâce à ses nouvelles infrastructures, le CPR espère bien corriger les "erreurs" des premiers accueils.

Entre 2015 et 2017, un précédent programme européen de "relocalisation" avait permis au Portugal de recevoir 1 552 réfugiés. Mais il s’était soldé par de nombreux départs. Seule une moitié d'entre eux se sont fixés au Portugal, les autres l'ayant aussitôt quitté pour rejoindre des pays offrant de meilleures perspectives économiques, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Sur cette même période, près de 40% des réfugiés accompagnés par le CPR sont partis.

Le nouveau centre d’accueil du CPR, le CAR II, attend l’arrivée d’un premier groupe de réfugiés d’ici à la fin du mois de janvier. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants. Jusqu’alors, l’ONG, qui ne disposait pas d’établissement dédié aux réfugiés bénéficiaires de programmes européens, avait scellé des partenariats avec une vingtaine de mairies. "Avant, très peu de personnes étaient au courant qu’il y avait des réfugiés dans notre pays et peu d’organisations étaient formées. Ce qui est normal : quand j’ai commencé à travailler au CPR en 2006, on parlait de 100 demandes d’asile sur l’année !", rappelle-t-elle. Toutefois c’est lors de la répartition que certains ont pu être déçus. Le CPR "ne disposait que de très peu d’informations sur les arrivants" et a agi de manière aléatoire. "Certains, venus de milieux très citadins ont été placés dans des campagnes un peu isolées, ou inversement. Il y a des personnes qui ne sortaient de chez eux que quand nous venions leur rendre visite ! La confrontation à une réalité parfois très différente de la leur, ou de ce à quoi ils s’attendaient, a été un obstacle pour beaucoup", reconnaît la responsable de communication du Conseil. 

L’idée du CAR II est donc "de changer de stratégie". "Ce que nous avons retenu, c’est qu’il faisait sens dans un premier temps de réunir les réfugiés bénéficiant de programme de réinstallation dans un centre provisoire, pour mieux les connaître et ajuster nos propositions d'accueil".

Des mouvements secondaires en Europe

Sur les 1 010 réfugiés que le Portugal entend recevoir, le Conseil Portugais pour les Réfugiés s’est engagé à en prendre en charge 250, qui arriveront par petits groupes tout au long de l’année. Chaque fois, la durée du séjour dans le CAR II sera de "deux ou trois mois". Dans un second temps, les réfugiés seront dirigés vers les villes partenaires du CPR.

Toutefois, le CPR est conscient que pour certains réfugiés, les programmes de réinstallation au Portugal restent encore un tremplin vers d'autres pays d'Europe. Même avec ce nouveau dispositif, Mónica Frechaut n’exclut donc pas de nouveaux départs. "Nous savons qu’il existe des 'mouvements secondaires' vers des pays plus attractifs, qui correspondent davantage à leurs attentes et où, souvent, les communautés de leur pays y sont plus présentes", explique-t-elle.

En 2019, 1,4 million de réfugiés auront besoin d’être réinstallés d’après le HCR, alors que le nombre de places de réinstallation en 2017 s’élevait seulement à 75 000. À ce rythme, il faudrait 18 ans pour que les réfugiés les plus vulnérables du monde soient tous réinstallés. 

 

Et aussi