Des migrants arrêtés par les autorités libyennes à Zaouïa, au nord de la Libye. Crédit : Ansa
Des migrants arrêtés par les autorités libyennes à Zaouïa, au nord de la Libye. Crédit : Ansa

Alors qu’un nouveau rapport de Human Rights Watch dénonce la complicité de l’Union européenne dans les conditions de vie "cauchemardesques" des migrants détenus dans les centres officiels de Libye, les autorités libyennes ont annoncé avoir intercepté et renvoyé en centre de détention près de 500 personnes ces trois derniers jours.

Au cours des dernières 72 heures, 473 migrants ont été interceptés en mer par les garde-côtes libyens lors de quatre opérations distinctes. Selon le général Ayoub Kacem, porte-parole de la marine, ces personnes sont originaires d’Afrique, de Syrie et du Bangladesh.

Dimanche, deux migrants ont été retrouvés sur leur embarcation "morts de froid", tandis que plus de 140 autres ont été interceptés après avoir passé 24 heures en mer, a ajouté Ayoub Kacem.

Deux navires de commerce ont porté assistance à deux embarcations de migrants au large de la Libye au cours des trois derniers jours "à la demande de la marine libyenne". Un cargo battant pavillon de Sierra Leone a ainsi secouru dimanche 141 personnes, dont 25 femmes et deux enfants, qui avaient alerté Alarm Phone, système d’assistance téléphonique pour les personnes en détresse en Méditerranée.

Toutes ces personnes ont été renvoyées dans les centres de détention libyens, où les conditions de vie des migrants sont "cauchemardesques", selon le dernier rapport de Human Rights Watch (HRW) publié lundi 21 janvier et intitulé "Un enfer sans issue : les politiques européennes contribuent aux abus envers les migrants en Libye".

"Ils nous obligent à nous asseoir et à regarder le soleil"

L’ONG internationale a visité en juillet 2018 quatre centres de détention situés à l’ouest de la Libye – celui d’Aïn Zara et Tajoura à Tripoli, celui de Kararim à Misrata et le celui de Zuwara dans la ville du même nom – et interrogé plus de 100 migrants et demandeurs d’asile détenus.

Les auteurs du rapport y décrivent "une surpopulation extrême, des conditions insalubres, une malnutrition et un manque de soins médicaux adéquats". HRW a également constaté des violences commises par les gardes qui frappent et fouettent les migrants détenus.

"Ils m’ont battu à trois reprises quand je suis allé chercher de la nourriture", témoigne un migrant originaire de Sierra Leone. "Ils nous obligent à nous asseoir et à regarder le soleil. On a protesté alors ils nous ont battu", continue-t-il. Une migrante nigériane enceinte affirme, elle, avoir été frappée avec un tuyau alors qu’elle descendait l’escalier pour aller chercher de l’eau. Un autre migrant égyptien explique, quant à lui, que "des tiques et des poux sont collés à [ses] vêtements". "On nous autorise à aller nous doucher que tous les 10 jours environ", précise-t-il.

"Complicité" des États européens

Dans son rapport, HRW dénonce aussi "la complicité" des États européens. "La politique migratoire de l’Union européenne contribue au cycle d’abus subis par les migrants en Libye", insiste l’ONG. Pire, elle a contribué à la "surpopulation et à la détérioration des conditions dans les centres de détention", selon les auteurs.

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En effet, depuis 2016, l’UE a déboursé des millions d’euros "dans des programmes visant à muscler la capacité des garde-côtes libyens". L’Italie participe également à la formation des garde-côtes et leur apporte une aide matérielle et technique, afin d’empêcher toutes arrivées de migrants sur ses côtes.

Pourtant, note HRW, les États européens sont parfaitement au courant de la situation des migrants en Libye, "mais [ils] continuent d’apporter leur appui politique et matériel pour étayer un système pourri", déplore Judith Sunderland, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à HRW. "S’ils veulent éviter d’être complices de graves atteintes aux droits humains, l’Italie et ses partenaires européens devraient repenser leur stratégie pour pousser réellement vers des réformes de fond et mettre fin à la détention automatique", conclut-elle.

 

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