Une des frégates de la flotte de la mission Sophia. Crédit : UENAVFOR MED / Flickr
Une des frégates de la flotte de la mission Sophia. Crédit : UENAVFOR MED / Flickr

Sous commandement italien depuis 2015, la mission Sophia pourrait disparaître si les gouvernements européens ne parviennent pas à s'entendre sur la prise en charge des naufragés sauvés par leurs navires et systématiquement débarqués en Italie.

"Soit les règles changent, soit il est mis fin à la mission". Matteo Salvini est clair : Sophia, la mission militaire européenne mise en place en 2015 pour lutter contre les réseaux de passeurs en Méditerranée, est appelée à disparaître si les gouvernements ne parviennent pas à s'entendre sur la prise en charge des naufragés sauvés par leurs navires.

Le vice-président du Conseil et ministre de l'Intérieur italien qui a décrété depuis plusieurs mois la fermeture des ports aux navires humanitaires portant secours aux migrants en détresse, souhaite appliquer la même fermeté à cette flotte européenne méconnue. “Savez-vous quel pourcentage de migrants débarque en Italie via Sophia ? 100% [...] Cette mission ne fait que déverser des milliers d’immigrés clandestins en Italie. Elle n’a aucun sens”, a lancé le ministre du parti d'extrême-droite, la Ligue, dans une succession de tweets publiés ces dernières 48 heures.

Basée à Rome, la mission Sophia est sous commandement italien et la marine italienne est très impliquée dans les opérations menées au large de la Libye, pays d'où partent les embarcations chargées de demandeurs d'asile. Si l’objectif premier de Sophia est la lutte contre les passeurs, ses équipes n’hésitent pas à sauver des embarcations de migrants en détresse conformément au droit maritime.

Trois navires militaires sont actuellement déployés : la frégate espagnole Reina Sofia, l’italienne Luigi Rizzo et l'allemande Augsburg. La force est appuyée par des moyens aériens - hélicoptères et avions - mis à disposition par l'Espagne, l'Italie, la Pologne et le Luxembourg.

"Nous aurions pu secourir 500 000 migrants, pas 45 000" 

"Si l'Italie, qui est aux commandes, décide de mettre fin à Sophia, ce sera sa décision", a averti mercredi le commissaire aux Affaires intérieures de l’Union européenne (UE) Dimitris Avramopoulos en réponse aux menaces de Matteo Salvini. "Selon moi, l'opération Sophia est une réussite et elle doit continuer. Mais la décision finale revient aux États membres", a-t-il soutenu.

Chef de la mission Sophia, l'amiral Enrico Credendinoa a, lui aussi, tenu à afficher sa position sur la mission qu’il considère être un succès. "Nous avons rendu inopérationnelles 550 embarcations de passeurs, arrêté 150 passeurs et mené des opérations de contrôle contre le trafic d'armes et de pétrole", a-t-il énoncé.

Enrico Credendino, chef de la mission Sophia (à droite). Crédit : UENAVFOR MED / FlickrL’amiral explique également que les sauvetages n’étant pas la priorité de la mission, le nombre de migrants débarqués en Italie reste “limité” : "Depuis le début de l'opération Sophia en 2015, nous avons secouru 45 000 migrants dans les eaux internationales de la Méditerranée. Soit 9 % du total des migrants secourus en Méditerranée. Si Sophia avait eu le secours en mer dans son mandat, nous en aurions secouru 500 000, pas 45 000".

Mais l’Italie n’est pas la seule à prendre ses distances. L'Allemagne a annoncé le retrait sans remplacement d’ici le 6 février de l'Augsburg, la frégate allemande actuellement sur zone. "La décision a pour but de laisser la place à la discussion politique" sur la suite de l'opération, a expliqué mercredi un porte-parole du ministère de la Défense allemand.

L'Allemagne et la Belgique diminuent leur contribution à la mission Sophia

Berlin maintient tout de même la dizaine de militaires et de marins allemands en poste au Quartier Général de Sophia à Rome et "attend de voir si un accord est trouvé pour prolonger le mandat de la mission", a-t-il souligné.

La Belgique semble suivre le même chemin, soulignant qu’avec le retrait de l'Augsburg, Sophia allait se retrouver fortement affaiblie car elle sera "en sous-équipement pour accomplir sa mission", a commenté l'ambassadeur de la Belgique à l'Otan Pascal Heyman sur son compte Twitter. "L'Allemagne ne fournit plus de moyens navals à l'opération Sophia en Méditerranée. La Belgique a fait de même", a-t-il ajouté.

Le service d'action extérieure de l'UE dirigé par l'Italienne Federica Mogherini doit soumettre début février une série d'options aux représentants des États membres. Ils ont jusqu’au printemps pour négocier et décider du sort de Sophia qui a été prolongée en décembre jusqu'au 31 mars 2019.

 

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