Réfugié somalien à Vienne, Gault Ibrahim travaille dans les cuisine de l'hôtel Magdas depuis plusieurs mois. Crédit : Aasim Saleem/InfoMigrants
Réfugié somalien à Vienne, Gault Ibrahim travaille dans les cuisine de l'hôtel Magdas depuis plusieurs mois. Crédit : Aasim Saleem/InfoMigrants

Avec un taux de chômage très bas et quelque 160 000 postes vacants dans tous les domaines, les employeurs autrichiens font les yeux doux aux réfugiés. Pourtant régulièrement critiqué pour sa gestion de la question migratoire, le gouvernement autrichien a même organisé un salon professionnel pour 1 200 réfugiés.

Un salon dédié uniquement à l’emploi des réfugiés : dans une Autriche tenante d'une ligne dure sur l'immigration avec à sa tête une coalition droite-extrême droite, la démarche peut surprendre. Et pourtant, l'événement parrainé par le gouvernement a eu lieu cette semaine à Vienne. Quelque 1 200 réfugiés ont été conviés par l'agence pour l'emploi AMS, originaires pour la plupart de Syrie et d'Afghanistan et arrivés dans leur grande majorité lors de la grande vague de migrants de 2015.

Depuis 2016, plusieurs salons similaires ont été organisés en Autriche, mais c’est la première fois que le gouvernement y apporte son soutien officiel. Pour l’occasion, une cinquantaine de grandes entreprises ont fait le déplacement telles que la société des chemins de fer ÖBB, le géant du BTP Porr, la Poste et l'opérateur de téléphonie Telekom Austria. Et elles ne sont pas venues les mains vides, le nombre d'emplois proposés au salon est important : 500 par l'ÖBB, 400 par le discounter Hofer, 350 par le groupe de distribution allemand Rewe, plus de 200 par la société de gestion d'immeubles Simacek, pour ne citer que quelques exemples.

"Il y a un besoin criant de main-d'oeuvre dans quasiment toutes les branches, de la production au tourisme. Notre plus grand frein à la croissance actuellement, c'est le manque de main-d'oeuvre", confie à l'AFP Karlheinz Kopf, secrétaire général de l'organisation patronale WKÖ.

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160 000 emplois vacants et 30 000 réfugiés sans emploi

Quelque 160 000 postes restent en effet vacants dans ce pays de 8,7 millions d'habitants où la croissance était de 2,7% en 2018 et où le taux de chômage devrait descendre à 4,6% cette année, contre 4,9% l'an passé.

Dans le même temps, l'Autriche compte quelque 30 000 réfugiés statutaires sans emploi, dont 10 000 âgés de moins de 25 ans, selon les statistiques officielles. "Ce sont des gens qui peuvent être formés et qui représentent un énorme potentiel", estime Karlheinz Kopf.

Gabriela Sonnleitner, manager de l'hôtel Magdas à Vienne. Crédit : Aasim Saleem/InfoMigrantsGabriela Sonnleitner confirme. Manager de l'hôtel Magdas à Vienne, elle a fait le pari de ne recruter que des réfugiés. Ses apprentis sont formés par d’autres réfugiés ayant achevé leur formation. “C’est un système qui fonctionne très bien. Les réfugiés sont très motivés pour travailler, pour se construire une nouvelle vie ici, loin de la guerre et des persécutions. Nous sommes fiers d’avoir une équipe internationale pouvant s’exprimer dans plus de 20 langues différentes”, a-t-elle confié à InfoMigrants lors d’une visite de l’établissement il y a quelques mois.

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Des emplois qualifiés difficiles d’accès

Reste qu’il est difficile pour les réfugiés d’accéder à des emplois qualifiés. "J'étais professeure de mathématiques dans mon pays. Mais je ne peux pas faire valoir mon diplôme et je recherche du coup un travail administratif", a raconté à l’AFP Sherihan, une jeune femme originaire de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, présente au salon pour l’emploi à Vienne.

Depuis 2015, une cinquantaine de médecins originaires du Proche-Orient ont été recrutés dans des hôpitaux autrichiens après avoir fait valider leurs compétences, indique toutefois Johannes Kopf, le chef de l'agence pour l'emploi autrichienne AMS.

Pour espérer décrocher un emploi qualifié, l'acquisition d'un bon niveau d'allemand est déterminante, s'accordent à dire tous les acteurs du secteur. Or l'extrême droite au gouvernement a récemment supprimé les fonds destinés à l'apprentissage de la langue par les migrants et a interdit à ceux-ci de commencer une formation tant qu'ils n'ont pas obtenu l'asile, des dispositions critiquées par le patronat et jusque dans les rangs du parti conservateur.

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"On ne peut que saluer le fait (qu'avec ce salon) le gouvernement souhaite désormais faciliter l'intégration des réfugiés au monde du travail", ironise l'organisation de salariés Arbeiterkammer. "Mais il faut aussi revenir sur la suppression des subventions".

Dans l’équipe de Gabriela Sonnleitner, à l'hôtel Magdas, l’apprentissage de l’allemand se fait surtout sur le tas. Bien qu’elle mette un point d’honneur à traiter ses employés réfugiés comme n’importe quel autre Autrichien, la manager a dû effectuer certains ajustements. “La première difficulté est effectivement celle de la barrière de la langue et la barrière culturelle. C’est évident que nous fournissons plus d’efforts pour leur enseigner par exemple la gastronomie autrichienne,ou d’autres connaissances de base qu’un Autrichien aurait naturellement”, admet-elle. 

Un effort qui vaut la peine, poursuit-elle, estimant que la diversité culturelle apportée par ses employés est avant tout une force et une manière de se démarquer des autres hôtels viennois.

 

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