Des migrants se préparent à partir du campement de la Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Des migrants se préparent à partir du campement de la Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

Une opération d'évacuation d'un campement de migrants à la porte de la Chapelle, dans le nord de Paris, a eu lieu tôt mardi 29 janvier. Environ 300 personnes ont été prises en charge. Malgré les chutes de neige prévues, d’autres ont fait le choix de rester par peur ou par résignation. InfoMigrants était sur place.

“C’est aujourd’hui, ça y est. Juste avant la neige”. Depuis plusieurs jours, Ayman attend la venue des bus de la préfecture. Il n’est que 6h30 du matin, mais il est prêt à quitter le campement de la porte de la Chapelle, dans le nord de Paris. Comme beaucoup d’autres à ses côtés, il patiente dans le calme près d’un feu pour se réchauffer. Plusieurs centaines de personnes - entre 400 et 800 selon les estimations - vivent dans ce camp insalubre situé sous le périphérique parisien.

Prévenus par les associations d’aide aux migrants, les résidents du camp savent qu’ils vont être délogés et mis à l’abri en ce matin glacial aux températures négatives. Il n’a aucune idée d’où il sera conduit, pourtant Ayman est soulagé. “Il fait tellement froid, c’est sale et parfois des gens se battent”, raconte-t-il à InfoMigrants.

Des migrants se réchauffent autour d'un feu au campement de La Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants"Une opération de maraude, pas une évacuation"

Il fait encore nuit lorsque les premiers fourgons de CRS arrivent. Rapidement, les policiers se rassemblent au coin de la rue pour leur brief. Puis plusieurs d’entre eux viennent éteindre le feu de ce camp improvisé au milieu des tentes tandis que d’autres coupent la circulation aux abords du campement. Ce n’est qu’à 8h30 que les premiers migrants entrent dans le premier bus, pendant que les autres sont sommés par les officiers de police de rester assis par terre en attendant leur tour.

Après une heure, l’opération s’achève dans le calme. “Aujourd’hui on est à 299 personnes prises en charge. Elles vont maintenant aller [dans des gymnases] sur l’ensemble de l’île de France”, a commenté Bruno André, directeur de cabinet du préfet d’Ile-de-France, tenant à préciser qu’il s’agissait d’une opération de maraude, pas une évacuation. “On va désormais regarder leur situation sanitaire, puis administrative. En fonction de cette dernière, ils seront orientés vers des centres pérennes qui vont prendre en compte leurs droits”, a-t-il assuré.

Il s’agit de la troisième opération du genre en une semaine. Le 22 janvier dernier, quelque 200 migrants qui vivaient dans un campement porte de Clignancourt à Paris ont ainsi été mis à l’abri. Puis le 25 janvier, ce sont 300 autres personnes se trouvant au campement de l’avenue Wilson à Saint-Denis qui ont été prises en charge.

Cependant, comme à Saint-Denis la semaine dernière, plusieurs dizaines de migrants de la Chapelle étaient toujours sur place après le départ du dernier bus mardi vers 9h30. Bien que 400 places étaient disponibles, certains sont restés à l’écart. “C’est une mise à l’abri inconditionnelle donc tous ceux qui veulent venir sont pris. Mais certaines personnes ont choisi de ne pas monter à bord des bus et nous respectons cela. On ne les force pas, évidemment”, a déclaré Bruno André.

“Personne ne communique avec nous. Il faut qu’on monte dans un bus sans savoir où on va ?”

Omar fait partie de ceux qui ont regardé les bus partir. Les mises à l’abri, il n’y croit pas. “J’étais à Saint-Denis la semaine dernière (...). Après quelques nuits dans le gymnase on m'a mis dehors”, affirme ce Soudanais de 26 ans. Même son de cloche du côté de Yusuf. En France depuis 2014, ce Somalien de 27 ans est pourtant réfugié statutaire. Au chômage depuis quelques mois, il ne parvient pas à se loger et vit à la rue. “J’étais aussi à Saint-Denis. Une fois arrivé au gymnase, l'Ofii m’a dit que ce n’était que pour les sans-papiers ici, alors j’ai dû partir. Cela ne sert à rien”, témoigne-t-il, désabusé.

Les migrants ont dû attendre assis au sol avant de pouvoir monter tour à tour dans un bus de la préfecture pour leur mise à l'abri le 29 janvier 2019. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrantsPour d’autres, comme Ahmad, c’est la peur qui empêche de monter dans les bus de la préfecture. “Personne ne communique avec nous. Il faudrait qu’on monte dans un bus sans savoir où on va ? Ni pourquoi ? Moi j’ai donné mes empreintes en Suède, si j’y retourne, ils vont me renvoyer en Afghanistan. Plutôt mourir de froid ici…”, lâche-t-il.

Comme Ahmad, Omar et Yusuf, plusieurs dizaines de personnes étaient toujours au campement après le départ du dernier bus. Selon le collectif Solidarité Migrants Wilson qui est restée sur place aux côtés de ceux qui n’ont pas souhaité suivre la préfecture, la police est revenue sur place après le départ des médias “pour faire des contrôles d'identité, embarquer quelques migrants et disperser les autres”. Contactée par InfoMigrants, le collectif affirme que plusieurs bénévoles étaient en train de récupérer les tentes et du matériel lorsqu’ils ont été interrompus par la police. “Le périmètre est bouclé, ils vont détruire le matériel”, poursuit l’association.

 

Et aussi