Soeur Marie-Jo accompagne notamment les migrants dans leurs démarches administratives. Crédit : InfoMigrants
Soeur Marie-Jo accompagne notamment les migrants dans leurs démarches administratives. Crédit : InfoMigrants

Trois fois par semaine, le sous-sol de l’église Notre-Dame des Foyers, dans le 19e arrondissement de Paris, se transforme en permanence pour migrants. C’est dans ces locaux que les exilés viennent récupérer des vêtements et de la nourriture, qu’ils viennent chercher de l’aide juridique et psychologique. "On tente de leur redonner un peu d’humanité", assure la responsable des lieux, sœur Marie-Jo. Reportage.

"Faites la queue et ne doublez pas. On doit vous inscrire sur la liste avant de vous laisser entrer". Il est 14h et les portes de la permanence de sœur Marie-Jo viennent de s’ouvrir. Comme chaque lundi, des dizaines de personnes se pressent dans le local situé au sous-sol de l’église Notre-Dame des Foyers, dans le 19e arrondissement de Paris.

C’est ici que depuis 2015, la religieuse camerounaise reçoit des migrants dans le besoin. Ce jour-là, environ 130 personnes se sont présentées à la permanence qui ne fermera qu’en début de soirée. "C’est la folie aujourd’hui", souffle Marie-Jo qui jongle entre les multiples sollicitations des bénévoles et des migrants qui la surnomme affectueusement "Mama". Cet après-midi le local grouille de monde amassé jusque dans les couloirs. Parmi les adultes, de nombreux enfants venus avec leurs parents, patientent tant bien que mal. "En général le lundi, on reçoit maximum 90 personnes. Je ne sais pas pourquoi il y a autant de monde aujourd’hui".

Sur Marie-Jo est bien connue des migrants qui la surnomment Mama Crdit  InfoMigrants"Je n’ai pas assez d’argent pour nourrir mes enfants"

Tout l’après-midi, Marie-Jo et la dizaine de bénévoles de l’association Notre-Dame de Tanger - qui se consacre à aider les exilés démunis - vont tenter de "redonner un peu d’humanité" à des migrants "de plus en plus désemparés et désespérés". La plupart sont originaires d’Érythrée, d’Afghanistan, du Nigeria, du Soudan, d’Ethiopie, de Somalie et d’Afrique de l’ouest. "On les aide à se reconstruire", dit la religieuse.

Au fond d’un couloir, dans un coin, un groupe de jeunes soudanais s’est installé par terre et joue sur leur téléphone portable. "On joue car on n’a rien d’autre à faire de la journée", précise l’un d’eux. "On vient pour récupérer des vêtements chauds et recharger nos téléphones", disent-ils sans détourner le regard de leurs écrans.

D’autres viennent à la permanence pour recevoir de la nourriture. C’est le cas de Safiollah, un demandeur d’asile afghan de 52 ans qui dit être menacé dans son pays par les Taliban en raison de son travail au sein du croissant rouge afghan. Avec ses deux enfants de 11 et 13 ans, il dit avoir du mal à subvenir à leurs besoins. "Je reçois environ 400 euros par mois mais qu’est-ce que je peux faire avec cet argent ? Je n’ai pas assez pour nourrir mes enfants", se plaint cet homme logé dans un hôtel de la région parisienne, qui vient ici pour la deuxième fois.

Prendre soin des femmes

Quelques chaises plus loin, dans un brouhaha de pleurs de plusieurs enfants en bas âge, un groupe de femmes originaires d’Afrique subsaharienne attend son tour en buvant un café offert par l’association. Elles sont nombreuses à venir à la permanence pour des produits de première nécessité : couches, serviettes hygiéniques, vêtements pour enfants, savon, lait en poudre… sont les biens les plus prisés par les mères de famille.

De nombreuses femmes se prsentent  la permanence pour des produits de premire ncessit Crdit  InfoMigrants"Nombre de ces femmes sont tombées enceintes après avoir subi un viol sur la route de l’exil", précise une bénévole qui assure que si certaines d’entre elles sont hébergées à l’hôtel ou dans des centres, d’autres dorment dans la rue avec leurs enfants. "On essaie de faire face à chaque situation mais ce n’est pas tout le temps évident".

L’association tente également de scolariser les mineurs. Un cours de préscolarisation est organisé chaque matin pour les enfants mais également les jeunes adultes. "Certains ne savent ni lire et écrire. Ils doivent tout apprendre", signale Marie-Jo.

Détresse psychologique

Si au départ, ce local était pensé comme un lieu d’accueil et d’écoute, "le volet administratif a pris de l’ampleur", note la religieuse qui aide les demandeurs d’asile dans leur démarches devant l’Ofpra.

Dans son bureau, elle voit défiler toute la journée des "dublinés". "Je ne comprends pas ce règlement Dublin, il met les gens dans une détresse atroce", déplore la Camerounaise. "Beaucoup pleurent dans mes bras car ils ont peur d’être renvoyés en Italie ou dans un autre pays où ils ont déposé leurs empreintes et en attendant ils sont exclus de la procédure classique et sont livrés à eux-mêmes. Certains en deviennent fous".

En cas de grande détresse, la religieuse accompagne ces personnes dans le bureau d’à côté, tenu par une psychiatre. "Les migrants vivent dans des conditions abominables et développent des syndromes post-traumatiques : ils ont souvent de grandes difficultés à dormir, des flashs d’expériences douloureuses leur reviennent régulièrement… Ils sont dans un grand désespoir", observe quotidiennement le docteur Dorré. "Ils déchantent quand ils comprennent que la France n’est pas le pays des droits de l’Homme qu’ils avaient imaginé", conclut-elle.

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La permanence de l’association Notre-Dame de Tanger est ouverte le lundi de 10h à 12h et de 14h à 18h, le mercredi et jeudi de 14h à 18h.

Elle est située au sous-sol de l’église Notre Dame des Foyers, 18 rue de Tanger – 75019 Paris (Métro Stalingrad).

 

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