Des migrants dans le désert algérien. crédit : InfoMigrants
Des migrants dans le désert algérien. crédit : InfoMigrants

Mahamat est un Tchadien de 22 ans qui rêve de rejoindre la France. En 2017, il prend contact avec la rédaction d’InfoMigrants alors qu’il est coincé à la frontière tchado-libyenne, avec son petit frère et deux amis. Depuis, la rédaction a suivi son parcours. Il est aujourd’hui en Algérie après plus d'un an sur la route. "Peu importe le temps qu’on mettra, on y arrivera", affirme-t-il. Voici son témoignage.

"J’ai quitté N’Djamena, au Tchad, à l'automne 2017 avec mon petit frère et deux amis dans l’espoir de rejoindre l’Europe. Mais dès le départ, les choses étaient plus compliquées que ce que je pensais.

On est restés coincés plus d’un mois à la frontière tchado-libyenne : c’était trop dangereux de passer en Libye à cause des milices libyennes qui se battaient entre elles, et il y avait aussi des milices tchadiennes. C’est le chaos total là-bas.

Mes amis, mon frère et moi avons donc pris la décision de rentrer au pays par nos propres moyens car nous avons eu trop peur pour nos vies. On est restés au Tchad une quinzaine de jours puis on est repartis tous les quatre en direction de l’Europe, mais en prenant un autre chemin.

Tenter de passer via la Turquie

Cette fois-ci, on a tenté la route vers le Soudan. Depuis ce pays, on a acheté un visa pour la Turquie. Au Soudan, quand on est Tchadiens c’est très facile d’obtenir un visa.

Arrivés à Ankara, on est allés dans une ville, Konya, qui se trouve à près de 300 km de la capitale. Là-bas, on a travaillé dans des restaurants comme plongeurs pendant deux mois pour réunir de l’argent afin de payer un passeur à Izmir [ville turque située au large de la mer Égée d’où sont partis de nombreuses embarcations de migrants en 2015 en direction de la Grèce, ndlr].

Mais là encore, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Depuis Izmir, les passeurs font payer le passage en bateau environ 1 500 / 2 000 euros. Par la route depuis le nord de la Turquie, en passant par la Bulgarie, les prix tournent autour de 2 500 euros. Nous n’avions pas assez d’argent pour payer cette somme et en plus les traversées sont de plus en plus rares. Des amis Tchadiens sont bloqués à Athènes depuis des mois alors qu’ils veulent aller en Italie. Ils nous ont déconseillé de prendre cette route.

Bloqués en Turquie, sans la possibilité de continuer notre chemin, on a une nouvelle fois décidé de retourner au Tchad. On a pris un avion depuis Istanbul vers N’Djamena.

Tenter de passer via l'Algérie

On est restés quelques jours chez nous. Nous n’avions qu’une idée en tête : retenter notre chance et poursuivre notre rêve. Nos familles nous disaient de rester au pays, que la route était trop dangereuse. Mais on n’a pas d’avenir ici, on n’a pas le choix.

Mes amis et mon frère ont repris la route avant moi. Ils ont tenté la route via l'Algérie. Je n’avais pas assez d’argent pour les suivre. Ce n’est que quelques semaines plus tard, que j’ai moi aussi, repris la route. Pour commencer, je suis allé à Arlit, au nord du Niger, par mes propres moyens. Pour traverser la frontière avec l’Algérie, les passeurs demandent environ 200 euros. 

Nous étions très nombreux dans la voiture, une trentaine de personnes : des Nigériens, des Tchadiens, des Sénégalais, des Maliens… Des hommes nous ont arrêtés dans le désert et nous ont forcés à descendre du véhicule. Ils ont braqué des armes sur nos têtes et nous ont dépouillés : ils ont pris tous nos biens comme nos téléphones et le peu d’argent qu’on avait sur nous.

Les passeurs nous ont déposés à Tamanrasset, au sud de l’Algérie. Là-bas, j’ai retrouvé mon frère et mes deux amis. J’étais très content car je n’avais pas de nouvelles d’eux et je ne savais pas où ils étaient.

On a travaillé un mois dans cette ville, sur des chantiers. Grâce à cet argent, on a loué une voiture tous les quatre et on est monté à Alger.

Tenter de passer en Espagne

Nous sommes aujourd'hui dans la capitale algérienne depuis neuf mois. On travaille dans le bâtiment en attendant d’avoir assez d’argent pour payer le passeur qui nous emmènera au Maroc.

Ensuite, on ira vers Tanger ou Rabat, et on tentera la traversée vers l’Espagne. Je préfère prendre la mer plutôt qu’escalader les grillages de Ceuta ou Melilla, je trouve que c’est beaucoup plus dangereux.

Mon rêve est d’aller en France et de reprendre mes études. J’aimerais étudier l’histoire.

Cela fait presque deux ans qu’on est sur la route, on est sacrifiés maintenant. On n’a plus le choix : on doit aller en Europe. Peu importe le temps qu’on mettra, on y arrivera. On sait que c’est dangereux mais on doit poursuivre notre rêve."

 

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