Des migrants se réchauffent autour d'un feu au campement de La Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Des migrants se réchauffent autour d'un feu au campement de La Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

À Paris, plusieurs associations d’aide aux migrants croisent de nombreux réfugiés statutaires vivant à la rue. Sans connaissance de l’accès au logement social, perdus dans le complexe parcours administratif français, beaucoup vivent dans les campements de migrants, en marge de la société.

Yusuf a obtenu le statut de réfugié en France en 2014. Depuis plusieurs années, il avait trouvé une certaine stabilité et travaillait comme homme de ménage dans la région de Strasbourg. “On m’a trouvé un logement dans l’est de la France alors je m’y suis installé, je n’ai pas eu le choix". Puis son contrat a pris fin. "J’ai alors décidé de venir à Paris car c’est plus simple d’y trouver du travail”, raconte-t-il à InfoMigrants.

Arrivé il y a un mois, le jeune Somalien de 27 ans vit à la rue, dans la capitale, malgré son statut et son allocation chômage. “Être réfugié, ça ne garantit pas grand-chose finalement. J’ai dormi quelques temps dans le campement de l’avenue Wilson à Saint-Denis. On a été évacué par la préfecture pour être mis à l’abri. Une fois arrivé au gymnase, l'Ofii m’a dit que ce n’était que pour les sans-papiers ici, alors j’ai dû partir”, affirme-t-il.

Réinstallé au campement de la porte de la Chapelle, Yusuf a de nouveau été évacué quelques jours plus tard. “Ça ne sert à rien de monter dans le bus [de la préfecture]. Je vais être de nouveau mis dehors, perdre ma place, ma tente, une partie de mes affaires”. Yusuf montera finalement dans un bus "pour avoir quelques heures ou au mieux quelques jours de répit, au chaud, pendant les chutes de neige”.

Accueil inconditionel ?

Malgré les dires de Yusuf - et de certaines associations -, la préfecture se défend de renvoyer des gens à la rue. "L’accueil en centre d’hébergement est inconditionnel", a expliqué la préfecture d'Ile-de-France à InfoMigrants. "Des réfugiés statutaires peuvent se retrouver [à la rue] s’ils ont de leur plein gré quitté le centre où ils étaient hébergés, ou parce qu’ils n’acceptaient pas les propositions de relogement en province. Ils retombent ainsi dans le droit commun”.

>> À relire : Être réfugié et accéder au logement : mode d’emploi

Qu’ils partent de leur propre gré ou non, de nombreux réfugiés statutaires comme Yusuf, perdus dans le système administratif français, peinent à se faire une place dans la société, à trouver un toit et un travail. Lors du démantèlement de la Chapelle, InfoMigrants en a rencontré au moins trois autres, tout aussi perdus.

Des migrants se préparent à partir du campement de La Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrantsSelon la Cimade, ce phénomène n’est pas nouveau. “Depuis plusieurs années, on trouve des réfugiés statutaires à la rue dans les campements du 18e arrondissement ou à l’époque dans celui d’Austerlitz par exemple”, confirme l’ONG à InfoMigrants. Difficile, cependant, d’avoir des chiffres, l’État "n’identifiant pas ceux qui arrivent dans les centres d’urgence[après les évacuations des camps], en raison de l’inconditionnalité de l’accueil".

Les associations ont le sentiment que leur nombre augmente. “Avant, on rencontrait surtout des réfugiés qui étaient à la rue parce qu’ils n’étaient pas encore rentrés dans le droit commun. La nouveauté, c’est qu’on rencontre désormais des migrants sans-abri qui sont réfugiés statutaires depuis longtemps, des années parfois”, explique à InfoMigrants Aurélie Radisson, directrice adjointe du Centre d'entraide du Secours Catholique pour les demandeurs d'asile et les réfugiés à Paris.

Une situation "ubuesque" et "catastrophique"

Pour elle, cette situation est "ubuesque", d’abord, car il s’agit d’un public qui a "particulièrement besoin de stabilité pour démarrer une nouvelle vie et accéder à l’emploi" ; “Catastrophique”, ensuite, car elle illustre “l’incapacité de la France à permettre l’accès au logement pour tous”.

“La solution est de mettre en place une vraie politique du ‘logement d’abord’, pas uniquement pour les réfugiés, qui n’ont finalement pas besoin d’un dispositif particulier, mais pour tous. À commencer par exemple par un accès plus facile aux logements sociaux”, conclut Aurélie Radisson.

 

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