Moussa espère ouvrir le premier restaurant sénégalais d’Athènes | Photo: IRC / Elena Heatherwick
Moussa espère ouvrir le premier restaurant sénégalais d’Athènes | Photo: IRC / Elena Heatherwick

S’il n’est pas facile de trouver un travail pour un réfugié en Europe, la situation se complique encore davantage lorsque le pays d’accueil traverse une crise économique. C’est le cas de la Grèce, où il faut redoubler d’efforts et d’ingéniosité pour trouver un emploi.

"J’ai toujours rêvé d’être mon propre patron", assure Moussa, venu de de Côte d’Ivoire. Et ce rêve est sur le point de se réaliser. Moussa prévoit d’ouvrir le premier restaurant ivoirien d’Athènes, avec l’aide de la Fondation Citigroup et du Comité international de secours (IRC). Comme d’autres, ces deux organisations ont reconnu l’importance de créer ou de soutenir des emplois pour les réfugiés et les migrants vivant en Grèce. Car cette mission s’avère d’autant plus délicate pour les nouveaux arrivants que le taux de chômage a explosé dans la foulée de la crise financière de 2008 qui avait frappé le pays de plein fouet. 

"Le travail est certainement ce qu’il y a de plus important", selon David Cotton, directeur du Layali Project, une entreprise à but non lucratif qui assure des formations et des emplois pérennes aux réfugiés et migrants en Grèce. M. Cotton estime que le travail permet de mieux s’intégrer et montre à la population du pays d’accueil que les migrants ont eux aussi le souhait de faire partie de la société. Le Layali Project a été fondé en 2018 avec l’ouverture de plusieurs magasins à Athènes. On y trouve des objets artistiques et faits main fabriquées par une dizaine de réfugiés.

Des tudiants participent  un cours du Rseau Melissa  Athnes  Credit Melissa NetworkDébut janvier, le Layali Project a également ouvert un salon de beauté. Le salon est géré par Manassif Raza, un réfugié pakistanais qui a appris pendant deux ans le métier de coiffeur en Grèce.  "J’ai davantage confiance en moi maintenant que je travaille, je me dis que mon futur sera meilleur, explique M. Raza dans une interview à l’AFP. Ici en Grèce, il faut généralement se débrouiller soi-même. J’ai fait beaucoup de travail non déclaré, comme faire le ménage dans des maisons ou des hôtels ou comme faire la plonge dans des restaurants. Je ne pouvais même pas me payer un loyer donc j’ai été accueilli par des amis pendant un certain temps."

Aujourd’hui, Manassif Raza est coiffeur. Les efforts ont payé et le Layali Project espère creuser cette piste et compte offrir cette année quatre nouveaux apprentissages en coiffure à des migrants. 

Les barrières à l’emploi

En outre, d’après David Cotton, au delà de la mauvaise santé économique de la Grèce, la barrière de la langue est la plus grande difficulté à surmonter pour les migrants et réfugiés. 

En théorie, dès qu’un migrant a déposé sa demande d’asile, il est autorisé à travailler en Grèce. Mais dans a pratique, le marché de l’emploi n’est pas très ouvert, à en croire le Conseil grec pour les réfugiés (GRC).

De jeunes migrants apprennent  dvelopper des programmes informatiques  la Social Hackers Academy dAthnes  Photo Imago  Marios LolosEn 2017, le GRC et plus d’une vingtaine d’ONG ont démontré que les centres des impôts pouvaient se montrer réticent à délivrer un numéro d’identification fiscal à des demandeurs d’asile. Par ailleurs, rapporte le GRC, avoir un centre d’accueil comme seule adresse valable rend également l’obtention d’un numéro de sécurité social difficile. Enfin, bien que les migrants et réfugiés ont les mêmes droits que les Grecs pour accéder à des formations, leur candidature est souvent refusée parce qu’ils ne disposent pas de tous les documents exigés.

Se rassembler atour d'une table

Alors l’une des solutions est de créer son propre emploi, comme l'ambitionne Moussa. Il explique que ses parents et son frère cadet ont été tués juste avant qu’il ne quitte son pays pour rejoindre l’Europe. C’est lorsqu’il parle de cuisine, que son visage s’illumine à nouveau. "L’idée d’un restaurant m’est venue parce que tout le monde me disait que ma cuisine était très bonne. Il me demandaient quand je cuisinerai à nouveau, et où se trouvait un restaurant ivoirien", raconte le jeune homme, qui claque des doigts pour rejouer ce moment où l’idée a fait tilt dans sa tête.

Ce qui plaît à Moussa dans la cuisine ce sont les faits de "manger ensemble et d'être heureux ensemble" est ce qui lui plaît dans la cuisine.D'ailleurs, il confie timidement tout en préparant plat de bananes plantains et du poulet grillé, que la sensation de cuisiner avec ses parents quand il était enfant lui manque. "Mon restaurant s’appelle 'Notre maison'. La cuisine peut connecter, rassembler des personnes de différentes nationalités, de différentes religions, permettre d’échanger des idées à table sans dispute". 

Faire son calcul 

La santé économique de la Grèce reste fragile. Même si le marché de l’emploi reprend un peu de couleurs, le taux de chômage était encore de 21,5 % en 2018 de la population active selon les chiffres de l’OCDE. Celui-ci est particulièrement élevé chez les jeunes, autour de 37 %, d’après les calculs de la Fondation Citigroup et de l’IRC. Ce phénomène s’est accentué avec la vague migratoire de ces dernières années. La Grèce compte ainsi 70.000 migrants et réfugiés sur une population d’à peine 11 millions d’habitants. 

Pour Moussa un repas autour dune table peut effacer beaucoup de diffrences  Photo IRC  Elena HeatherwickFace à cette situation dans un pays où les caisses sont vides, les ONG cherchent à attirer des investisseurs privés pour financer leurs actions. A l’image de l’IRC qui peut compter sur le soutien de la fondation de la banque américaine Citigroup. En un peu moins d’un an, le Layali Project a ainsi formé 150 personnes de 25 nationalités, mais aussi une quinzaine de jeunes Grecs. L’IRC espère doubler ce chiffre d’ici le printemps prochain. Les participants au cours, sont formé à présenter leurs idées d’entreprises, d’acquérir le savoir-faire en nouvelles technologies, en management du temps et en communication. Ensuite, ils portent leur projet devant un panel d’experts du secteur privé et des responsables d’ONGs. Ceux dont les idées sont retenues et jugées viables peuvent bénéficier du suivi d’un mentor et d’un capital de départ de 1000 euros.


Cet article a été réalisé avec l'aide d'informations de l'Agence France Presse



 

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