Les adolescents prennent souvent la fuite par peur d'être expulsés | Photo: Picture-alliance/Ulli Deck/dpa
Les adolescents prennent souvent la fuite par peur d'être expulsés | Photo: Picture-alliance/Ulli Deck/dpa

Chaque année, les services de l'immigration allemands perdent la trace de milliers de migrants mineurs qui sont arrivés dans le pays non accompagnés.

Environ 8400 réfugiés mineurs étaient déclarés disparus en 2017 en Allemagne, selon les données avancés par la police. Ce chiffre était encore de 3200 personnes au début de cette année. "Les chiffres sont certes en baisse, explique Tobias Klaus, qui travaille pour le BumF, une association qui s’occupe de réfugiés mineurs non accompagnés. Mais cette baisse est liée au fait qu’il y a en même temps beaucoup moins d’arrivées d’enfants migrants dans le pays." le BumF a mené une enquête qui va même dans le sens d’une progression du phénomène d’enfants disparus qui disparaissent des radars des autorités. Plus de 700 spécialistes travaillant dans la protection de l’enfance ont été interrogés sur la question. "Leur réponse indique que la plupart des enfants disparaissent au début de leur séjour en Allemagne, c’est à dire lorsqu’ils sont provisoirement pris en charge", affirme M. Klaus. En 2017, environ 32 % de interrogés disaient que cela arrivait parfois ou souvent. En 2018, ils étaient 35 %."

Rejoindre des proches ou personnes de confiance

La raison principale de ces disparitions est, selon l’étude, la volonté des adolescents de rejoindre des proches ou des personnes qu’ils connaissent. S’ils ne dépassent pas les frontières allemandes et restent dans le pays, ils sont généralement rapidement retrouvés. "Si un adolescent est retrouvé à Munich alors que sa cousine vit à Hambourg, l’agence de protection de la jeunesse à Munich peut demander à celle de Hambourg de prendre le mineur en charge. Mais les services sociaux à Hambourg ne sont obligés de répondre favorablement à cette requête", explique Tobias Klaus. Selon l’association, les Etats allemands (Bundesländer) raisonnent trop souvent en termes de quotas, plutôt qu’en termes de besoins des jeunes réfugiés. Si un Etat ou une commune a déjà rempli son quota d’accueil de réfugiés mineurs comme le prévoit la répartition des migrants en Allemagne, alors les autorités peuvent s’opposer à un transfert de dossier.

La peur de l’expulsion.

La deuxième raison qui pousse les mineurs à quitter leur centre d’accueil est la crainte de ne pas voir sa demande d’asile aboutir. "Beaucoup ont peur de l’expulsion et ressentent un manque de perspective", selon M. Klaus.

Ainsi, le plus grand nombre de personnes signalées disparues sont d’après la police les Afghans, qui sont régulièrement confrontés aux scénarios d’expulsions. Les mineurs marocains et les algériens, qui font partie des nationalités qui ont peu de chances d’obtenir le droit de rester en Allemagne, sont également très représentés dans la liste des jeunes portés disparus.

"Quand des adolescents ne voient aucune issue dans un système qui leur transmet uniquement le sentiment qu’ils ne sont pas les bienvenus peu importe leurs efforts, alors il y a un grand risque que ces jeunes disparaissent, et pas seulement de façon temporaire, affirme Tobias Klaus. Ils risquent de basculer dans l’illégalité et des systèmes parallèles."

En effet, la police affiche un taux d’élucidation des disparitions d’environ 80 %. Ce qui veut dire qu’inversement, un mineur sur cinq n’est plus retrouvé. Il n’est pas exclu selon l’Office fédéral des migrations que certains de ces jeunes ont été victimes d’activités criminelles, se prostituent ou dorment dans la rue. Pour Tobais Klaus, "c’est ce qui devrait nous inquiéter le plus, le fait que l’on sait très peu sur les situations de dangerosité dans lesquelles ces jeunes peuvent se retrouver. L’Etat fédéral devrait tout simplement mettre la main au portefeuille, disposer davantage de travailleurs sociaux et proposer plus de programmes de soutien."


Auteur : Ines Eisele

Première publication : 28 janvier 2019 January 28, 2019

Copyright DW – All rights reserved

Source : dw.com

 

Et aussi