Photo d'archive des migrants du Nivin, en novembre 2018. Crédit : DR
Photo d'archive des migrants du Nivin, en novembre 2018. Crédit : DR

Selon Alarm phone, une plateforme téléphonique d’aide aux migrants perdus en mer, certains navires commerciaux ayant porté assistance à des personnes en danger mentent sur leur destination de débarquement. Plusieurs bateaux auraient ainsi fait croire aux migrants qu’ils les déposeraient en Europe avant, finalement, de les ramener en Libye. Alarm phone dénonce un comportement "cynique".

Le 12 février, à 14h45, Alarm phoneune plateforme téléphonique gérée par des militants pour réceptionner les appels de détresse des migrants perdus en mer Méditerranée, poste un message singulier.

"Aujourd'hui, nous avons été appelés par des personnes qui avaient été renvoyées illégalement en Libye. Elles ont été interceptées par un navire marchand, on leur a dit qu’elles allaient être amenés en Europe. Au lieu de ça, elles se sont retrouvés à Tripoli. Ce ‘refoulement commercial’ est très préoccupant et viole les droits de l'homme."

Un des migrants concernés par le sauvetage en question, contacté par Alarm phone, raconte ce qu’il s’est passé. "Nous étions 62 personnes sur un canot. Un bateau s’est approché de nous et nous a fait monter à bord. Ils nous ont dits : ‘Nous allons vous conduire à Rome’. Puis ils nous ont donné des biscuits, des médicaments […] Nous nous sommes endormis, nous étions épuisés. À 8h45, quand nous nous sommes réveillés, nous étions à Tripoli".

"Nouvelle tactique pour éviter l'agitation à bord"

Ce n’est pas la première fois qu’Alarm phone est alerté par les migrants sur ce genre de pratiques. Plusieurs navires commerciaux – pas les bateaux humanitaires - mentiraient sur les ports de débarquement où déposer les migrants secourus en mer - et finalement les ramener en Libye. "On dirait que c’est une nouvelle tactique des équipages des navires commerciaux", explique Maurice Stierl, membre d’Alarm phone, contacté par InfoMigrants. "Nous pensons que c’est une stratégie pour éviter l’agitation à bord. C’est vraiment très cynique".

Fin janvier, la plateforme avait déjà communiqué sur le retour de 140 personnes, secourues par un navire commercial, le Lady Sham, vers la Libye. Là encore, sans en être informé.

InfoMigrants avait pu contacter Sara* qui était à bord. "Quand nous avons été récupérés en pleine mer [le 20 janvier] par le Lady Sham, les membres d’équipage nous ont dit que nous nous dirigions vers l’Allemagne. Mais le lendemain, on a compris qu’on avait été renvoyés en Libye."

Troisième exemple avec le Nivin, ce navire commercial venu au secours de 90 migrants au mois de novembre 2018. Certaines personnes à bord, comme Mohamed, ont raconté au journal Le Monde que le Nivin n’avait pas indiqué sa destination. "Au lieu de nous conduire à Malte, ils nous ont ramenés en Libye", a-t-il confié. Et de préciser que leur canot n’était pas en détresse quand le Nivin les a approchés.

>> À relire : Migrants du Nivin débarqués à Misrata : "Deux femmes enceintes ont fait des fausses couches après avoir été battues par les Libyens"

"Est-ce les compagnies qui briefent leurs navires ? Difficile de savoir"

Ces pratiques de "refoulement" vers la Libye, considérée comme un pays non-sûr, sont dénoncées par de nombreuses associations et ONG. Les centres de détention, où sont envoyés les migrants récupérés en mer, y sont considérés comme particulièrement terribles ; l’insalubrité et la violence y règnent en maître.

Qui est à l’origine de cette "tactique" ? Difficile de savoir. "Est-ce les compagnies qui briefent leurs navires commerciaux ? Est-ce les garde-côtes qui donnent des consignes ? Nous ne savons pas", reconnaît Maurice Stierl.

Les retours en Libye des navires du Lady Sham et du Nivin avaient donné lieu à des rébellions. Pendant douze jours, du 8 au 20 novembre, les migrants du Nivin avaient refusé de débarquer avant d’être finalement évacués par la force.

Alarm Phone alerte les autorits afin de dclencher des oprations de sauvetage Capture dcran

*Le prénom a été modifié

 

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