Le nouveau numéro de téléphone de l'Ofii pour déposer une demande d'asile en Ile-de-France. Crédit : InfoMigrants
Le nouveau numéro de téléphone de l'Ofii pour déposer une demande d'asile en Ile-de-France. Crédit : InfoMigrants

Depuis l'été dernier, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis en place une plateforme téléphonique pour les personnes en région parisienne qui veulent déposer une demande d’asile. Or, selon plusieurs associations, la plateforme, payante, est très difficile à joindre. Elles dénoncent une "atteinte au droit d’asile" et ont saisi la justice.

Mise à jour du 15 février : le tribunal administratif a ordonné jeudi 14 février à l’État de muscler son dispositif d’accès la procédure d’asile en Ile-de-France, en augmentant les effectifs de sa plateforme téléphonique.

Plusieurs associations d’aide aux migrants, dont la Cimade et la Ligue des droits de l’Homme, ont saisi la justice pour "faire cesser l’atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile". En cause : la plateforme téléphonique mise en place par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) l’été dernier.

Depuis le mois d’août 2018, les personnes en région parisienne souhaitant obtenir un rendez-vous pour enregistrer leur demande d’asile doivent, en tout premier lieu, composer le numéro de téléphone de l’Ofii (01 42 500 900). À l’issue de la conversation téléphonique, le demandeur d’asile reçoit par texto ou courriel une date et un horaire de rendez-vous dans une Spada d’Ile-de-France.

Mais selon les associations, "il est aujourd’hui impossible pour une personne souhaitant déposer une demande d’asile en Ile-de-France d’accéder aux services de la préfecture sans attendre plusieurs semaines".

Une plateforme téléphonique difficile d’accès

En effet, la plateforme téléphonique de l’Ofii est très difficile à joindre. "Il faut appeler des dizaines de fois, et attendre plus d’une demi-heure, avant de pouvoir entendre un agent au bout du fil", écrivent les associations dans un communiqué.

La rédaction d’InfoMigrants a essayé à plusieurs reprises de joindre le numéro de l’Ofii, sans succès. Après 45 minutes d’attente, le serveur déclare : "Au vu du nombre importants d’appels, nous vous invitons à nous rappeler plus tard", puis la communication s’arrête automatiquement.

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"Certains appellent tous les jours pendant des mois mais c’est à chaque fois le même scénario : personne ne décroche", déclare à InfoMigrants Gérard Sadik, responsable de la commission Asile à la Cimade. "Combien de personnes restent sur le carreau et se retrouvent dans l’impossibilité de demander l’asile ?", s’interroge-t-il.

De son côté l’Ofii affirme que le temps moyen d’attente est de "16,3 minutes" et que "66,12% des appelants obtiennent un rendez-vous en moins de six appels". Les autres repérés par l’algorithme, sont rappelés après "10 à 15 appels" infructueux, ajoute l’Office.

Un numéro payant

Les associations s’élèvent également contre le fait que ce numéro soit payant, à savoir 6 centimes la minute. "Pour un seul appel de 45 minutes, le montant facturé par les principaux opérateurs utilisés par les exilés est équivalent à 6,75 euros", peut-on lire dans leur communiqué. "Un coût exorbitant pour des personnes sans ressources qui, pour beaucoup, sont obligées de dormir dans la rue tant qu’elles n’ont pas pu déposer leur demande d’asile", signalent encore les associations.

À l’Ofii, on explique que les opérateurs de cartes pré-payées, du type Lycamobile, très utilisées par les migrants, "bloquent l’accès aux numéros verts", et la plateforme ne peut prétendre à un numéro d’urgence gratuit.

La plateforme avait été lancée dans le but d’éviter les longues files d’attente devant les Spada, qui créaient "des difficultés d’ordre public" explique Didier Leschi, directeur général de l’Ofii.

Pour les associations, "les files d’attente ne sont plus devant les Spada, mais (…) au bout du fil", estimant que la plateforme a pour conséquence "de rendre invisibles les personnes en attente d’enregistrement de leur demande d’asile".

 

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