La police a lancé une campagne de recrutement de personnel issu de l'immigration.
La police a lancé une campagne de recrutement de personnel issu de l'immigration.

Que ce soit pour des postes d’enseignant, de comptable ou d’officier de police : les migrants à la recherche de travail sont demandés en Allemagne, notamment dans le secteur public. Pourtant, ils continuent à subir des discriminations sur le marché de l’emploi.

"Nous sommes Hambourg, voulez vous nous rejoindre ?" C’est le slogan de la campagne de recrutement de la ville de Hambourg pour attirer des migrants vers les emplois à pouvoir dans les services municipaux. La ville veut embaucher d’avantage de personnes issues de l’immigration. Il faut des enseignants, des médecins ou encore des gardiens de prison.

En 2011, un quart des jeunes migrants entre 18 et 25 ans ont décroché leur "Abitur", l’équivalent du baccalauréat. En 2015, cette part est passé à un tiers. Dans le même temps, le niveau de progression a été plus faible chez les jeunes Allemands.

De même, chez les plus âgés, près de 40 % des migrants de moins de 35 ans avaient suivi une formation professionnelle en 2015 et 16% ont obtenu un diplôme universitaire.

Servir d’exemple

"Il suffit de voir ce qu’ont fait nos parents", explique Cemile Ürük, qui enseigne les sciences sociales dans un lycée professionnel à Herne, dans l’ouest de l’Allemagne. "Ils ne sont pas venus en Allemagne pour rien, mais plutôt pour que l’on puisse accomplir quelque chose". 

Cemile Ürük fait partie d’un réseau d’enseignant issus de l’immigration. Elle servir d’exemple pour ses élèves mais aussi pour d’autres Germano-Turcs. Son réseau a été fondé par le ministère de l’éducation de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 2007 pour promouvoir la diversité dans les classes d’école. Ici, 26% des élèves viennent de familles non allemandes, alors qu’en face c’est le cas pour seulement 5% des enseignants.

Le marché de l'emploi manque de personnel qualifié et pourrait profiter des compétences des migrants

Dans le secteur public, 15% des fonctionnaires étaient issus de l’immigration en 2015, à en croire une enquête de l’Institut fédéral pour la recherche démographique (BIB). "Il est important d’ouvrir nos institutions", explique le chercheur en politiques de l’intégration Aladin El-Mafaalani dans une interview à l’hebdomadaire Spiegel. "C’est important pour les migrants de voir que le pays compte sur eux. Mais aussi pour tous les autres, parce qu’un enseignant issus de l’immigration ne change pas seulement une salle de classe, mais aussi la salle des profs".

Aladin El-Mafaalani est lui même né en Allemagne de parents venus de Syrie. Il estime que réussir l’intégration ne sera pas une tâche facile. Car la discrimination persiste en Allemagne. Le manque d’estime de soi, le sentiment de méfiance,  l’absence de qualification et les différences culturelles, les préjudices profondément ancrés, sont autant d’obstacles à l’accès au marché du travail.  

Le paradoxe 

Les chiffes du chômage sont au plus bas, et 60% des entreprises allemandes disent que le manque de main d’oeuvre est un menace pour leur croissance, selon la Chambre de commerce et d’industrie allemande.

Le secteur de la santé manque particulièrement de personnel

Et pourtant, comme le montre une étude du Centre des sciences sociales WZB de Berlin, les candidats issus de l’immigration subissent "une véritable discrimination", en débit d’un manque de main d’oeuvre qualifiée. "Pendant que des personnes avec un nom allemand ont 60% de retours positifs à leur candidature, c’est le cas pour à peine 50% des candidats issus de l’immigration." 

L’auteure de l’étude, Ruta Yemane, assure ainsi que "l’éducation à elle seule ne résout pas le problème. Les préjugés et les préférences culturelles ont plus d’influence sur les discriminations que les différences de niveaux d’éducation".


Première publication le 11.02.2019 sur dw.com

Auteure : Astrid Prange


 

Et aussi