Le camp de Tompa, à la frontière serbo-hongroise. Crédit : HCC /Attila Poth
Le camp de Tompa, à la frontière serbo-hongroise. Crédit : HCC /Attila Poth

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a une nouvelle fois épinglée la Hongrie, qui depuis l’été dernier a cessé d’apporter des repas aux demandeurs d’asile déboutés de leur demande, et retenus dans les centres de transit situés à la frontière serbo-hongroise.

La Hongrie est une nouvelle fois critiquée pour sa gestion des migrants présents sur son territoire, plus précisément dans les centres de transit situés à la frontière serbo-hongroise. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) qui épingle le pays dirigé par le conservateur Viktor Orban, demandant mercredi 13 février à Budapest d’améliorer les conditions de vie d’une famille de migrants dans le camp de transit Tompa.

Les centres de transit sont des lieux fermés où sont parqués les demandeurs d’asile en attendant le traitement de leur dossier d’asile et les personnes déboutées dans l’attente de leur expulsion. Lors d’une visite en Hongrie en septembre 2018, le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés (HCR), Filippo Grandi, avait déclaré : "Je n’appelle pas cela ‘transit’, j’appelle cela détention".

La CEDH avait été saisie en août 2018 par une famille irakienne, épaulée par l’ONG Comité Helsinki hongrois (HHC), dont la demande d’asile avait été rejetée et qui dénonçait les conditions de vie dans le camp, notamment de "ne pas recevoir suffisamment de nourriture".

La Cour a ainsi enjoint la Hongrie à "fournir aux requérants de la nourriture (…) et à prendre les mesures nécessaires, aussi vite que possible, pour s’assurer que l’environnement dans laquelle la famille se trouve répond aux conditions établies par l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme", a précisé son porte-parole. Cet article porte sur l’interdiction des traitements inhumains et dégradants.

"Ces lieux ressemblent à des prisons"

La Cour précise également qu’elle a reçu "plusieurs demandes similaires" concernant les camps de transit en Hongrie, sans en préciser le nombre.

L’été 2018, l’Office hongrois de l’immigration a décidé de cesser de distribuer de la nourriture aux personnes déboutées de leur demande d’asile et retenues dans les centres de transit, même si ces dernières ont fait appel de leur rejet.

L’ONG HCC, contactée par InfoMigrants, affirme cependant que malgré la décision de la CEDH intervenue mercredi, les migrants parqués dans ces centres n’ont pas reçu de collations mercredi soir, ni jeudi matin. "Les autorités ont apporté des repas le jeudi midi, soit 16 heures après la décision de justice", signale à InfoMigrants András Léderer, responsable du plaidoyer au HCC.

>> À lire sur InfoMigrants : Des experts de l’ONU quittent la Hongrie, faute d’accès "aux zones de transit"

Les conditions de vie dans les deux zones de transit en Hongrie –Tompa et Röszke – sont régulièrement critiquées par les ONG, les organisations internationales et l’Union européenne.

"Ces lieux ressemblent à des prisons : il y a des barreaux aux fenêtres, des clôtures pour empêcher les personnes de s’enfuir, des policiers et des militaires qui surveillent le centre" précise András Léderer. "Les migrants sont détenus de manière complètement arbitraire pour une durée indéterminée. Par exemple, je suis actuellement en contact avec un demandeur d’asile qui est retenu dans ce centre depuis plus de 16 mois", continue-t-elle.

Les migrants peuvent en sortir seulement sous conditions : s’ils arrivent à obtenir une protection, s’ils refusent finalement de demander l’asile ou d’attenter un recours au rejet de leur demande, ou enfin s’ils acceptent d’être renvoyés en Serbie, pays par lequel ils sont entrés en Hongrie.

 

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