Des migrants attendent devant le hub humanitaire de Bruxelles. Crédit : MSF
Des migrants attendent devant le hub humanitaire de Bruxelles. Crédit : MSF

Anxiété, symptômes de dépression, perte d’autonomie … La vie à la rue, l’incertitude administrative, et les craintes vis-à-vis de la police accentuent les traumatismes des migrants rencontrés par Médecins Sans Frontières (MSF) à Bruxelles, d’après un rapport de l’ONG.

Pour la plupart des migrants interrogés par Médecins Sans Frontières (MSF), l’Europe n’est pas le paradis dont ils avaient rêvé. L’ONG se base sur 47 témoignages, recueillis en juillet 2018 autour du parc Maximilien et de la gare du Nord de Bruxelles - où vivaient de nombreux migrants. À ces paroles viennent s’ajouter, les données de la clinique mentale de MSF, située depuis septembre 2017 dans le hub humanitaire bruxellois*, un lieu dans lequel plusieurs organisations d’aide aux migrants ont rassemblé leurs services.

Si les migrants rencontrés sont déçus, c’est parce qu’ils ont l’impression que l’Europe "perpétue leur 'condition de migrant' à jamais", analyse le rapport de MSF. Celui-ci pointe la rudesse de leurs conditions de vie et l’incertitude administrative dans lesquelles ils se retrouvent.

"Nous vivons sans projet, ni direction, nous sommes sans espoir"

"Nous sommes venus à cause de la situation déplorable dans notre pays. Mais ici, en Europe, on dirait que c’est la même chose : où pouvons-nous aller ? Nous vivons sans projet, ni direction, nous sommes sans espoir", témoigne ainsi un Érythréen de 36 ans. "Toutes les procédures sont très longues, ce qui est très frustrant. Il faut des papiers pour survivre. Mais il faut passer par un processus extrêmement long, sans certitude d’une réponse positive", raconte un autre jeune Érythréen.

Tous les migrants interrogés sont déjà passés par plusieurs pays européens, d’où ils ont tous été exclus. Le règlement Dublin, auquel sont soumis 63% des personnes interrogées par MSF, apparaît comme une source de stress remarquable. Il rend leur expulsion possible à tout moment.

Selon les psychologues et les psychiatres du service de santé mentale de MSF au hub humanitaire, cet état de "transit" empêche les individus de se poser et donc de surmonter les expériences traumatiques qu’ils ont vécues. Anxiété, symptômes de dépression, perte de contrôle et d’autonomie peuvent en résulter et se manifester par des insomnies, des cauchemars et même des pensées suicidaires.

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"Parfois, ils mélangeaient de l’eau et du carburant et nous donnaient ça à boire"

À cela s’ajoute des conditions de vie très dures. Au moment de l’enquête, la majorité des personnes interrogées (71%) dorment à la rue, dans le parc Maximilien. Une épreuve que ces migrants ne s’attendaient pas à vivre en Europe.

La vie à la rue, les problèmes d’approvisionnement en eau potable et en nourriture, l’insalubrité et l’insécurité aggravent les traumatismes passés, d’après MSF. Or tous les migrants rencontrés par l’ONG ont subi des violences ou en ont été témoins dans leur pays, ou sur leur chemin jusqu’en Europe, en particulier en Libye. Ils ont connu la détention ou le kidnapping (28,5%), la torture (19,7%), ou encore la violence physique due au conflit (19,1%).

L’un d’entre eux, un Érythréen de 22 ans, raconte : "Il est difficile de me rappeler ce que j’ai enduré entre le Soudan et la Libye, c’était extrêmement dur. Nous étions harcelés. Parfois, ils [les gardiens de prison] mélangeaient de l’eau et du carburant et nous donnaient ça à boire. En Libye... encore pire...j’ai été harcelé et battu tous les jours. Je ne peux pas me rappeler..."

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Déçus par l’Europe, ils rêvent d’Angleterre

Certains patients soignés par MSF expliquent que les expériences vécues en Belgique et en Europe ont ravivé le souvenir des violences subies dans leur pays d’origine ou en Libye. C’est le cas de ce Soudanais de 42 ans : "Une nuit, je dormais quand la police est arrivée. Ils nous ont réveillés et nous ont forcés à partir. Je leur ai dit qu’on n’avait nulle part ailleurs où aller, mais ils n’en avaient rien à faire et nous ont chassés. Alors, nous avons erré dans les rues jusqu’au matin, puis nous sommes revenus au parc. La plupart des migrants qui dorment dans le parc ont connu ou fui la guerre, donc nous avons très peur quand nous voyons les autorités agir comme cela".

Découragés, de très nombreux migrants ont laissé tomber le rêve européen. Ils souhaitent désormais se rendre en Angleterre, révèle le rapport de MSF. La plupart ont changé d’avis en cour de chemin. Ils avaient quitté le Soudan, l’Érythrée, L'Ethiopie ou l’Afghanistan sans idée précise sur leur point de chute. La maîtrise de l’anglais plutôt que d’autres langues européennes, la présence de famille ou amis en Angleterre, les fantasmes sur un marché du travail plus accessible et une procédure d’asile plus "simple, rapide et juste" de l’autre côté de la Manche a fini de les convaincre.

Infos pratiques

*Le Hub humanitaire de Bruxelles est situé au premier étage de la gare de Bruxelles-Nord.

Il propose pour les migrants des soins médicaux, soins psychologiques, accompagnement social, juridique et administratif, distribution de vêtements, bornes Wi-Fi, recherche de téléphones et rétablissement des liens familiaux.

 

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